Les Mots Z’Arts Voyageurs (Voyagination)

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 F.(fiction) épisode 7

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nessim



Date d'inscription : 21/01/2016

02112016
MessageF.(fiction) épisode 7

Le texte, comme l'image, peut révéler une surface dans laquelle on plonge.


11 décembre.
 
Il était tôt. Ange dormait d’un sommeil profond.  
Levé doucement, préparé sans bruit, il me fallait prendre des habitudes de couple. Je n’avais jamais vécu très longtemps « installé » en tandem. Peu de femmes supportent la vie d’artiste. Oui, je sais, en théorie beaucoup diraient « mais si, mais si… », en pratique ça devient très vite compliqué. Nous sommes vraiment en marge, notre empathie nous rapproche plus de la vie de ce qu’il s’y passe "dans" le temps. Nos arrêts sur images semblent plus nombreux. Pour le profane, bien qu'il marche à la même vitesse, les décors défilent beaucoup plus vite.
J’étais sorti de la chambre sur la pointe des pieds et y étais resté jusqu'en bas. Il n’y avait pas un bruit dans la maison. A la cuisine, la table était toujours encombrée de paquets. A qui Rose pouvait-elle bien destiner tout ça ? Café aux doigts, je pris la direction du bureau.
 
Sur mon sous-main, le cadeau de Rose et le stylo d’argent laqué m'attirèrent l'œil. Je m’assis pour fumer ma première cigarette. Ma main profita de l’un de ses retours de cendrier pour se saisir du stylo. Machinalement, j’ouvris le carnet de voyage. Il était vraiment beau. Je faillis y inscrire un mot, me retins. La plume resta à fleur de papier pendant quelques instants. Lorsque l’on emprunte une surface vierge on donne une destinée au support. Il s’agit d’une naissance, je n’ai jamais recouvert un tableau pour repeindre par dessus. Une création ne peut pas naître sur les traits du passé. Sur le papier dont je n’avais pas l’habitude, on ne pouvait de toute façon rien recouvrir...
Après tout, pourquoi ne pas se laisser aller… Une banalité, il me fallait une banalité. Voilà, le contact se faisait, la plume caressait le papier laissant dans son sillage une trace, traîne bleutée, d’une superbe platitude.
« Il peut faire beau aujourd’hui si le temps le permet ».
Ce stylo était fait pour moi, sa plume me correspondait comme un pinceau, très fin, souple, gardant sa forme. Je tirai un trait sous le cliché et…tournai la page. Pratique l’écriture, en deux secondes, on laisse trainer une grosse banalité et on passe à une autre feuille ! Trop facile, un effort allez ! Retour à la première page, laisser sa main errer, confiance…les mots s’enfilaient paresseusement le long d’une ligne imaginaire.
 
Un jour, tu auras en main ces pensées de papier…
Tu liras dans ces mots, à la plume gravés,
Moi, j’aurai levé l’ancre, j’aurai levé le pied…
J’aurai hissé les voiles, sur le vent du passé.
 
 
Hola ! Je relus ce que je venais d’écrire, ahuri, que m’arrivait-il ? ... Un quatrain d’un coup de stylo ! Je refermai le carnet avec le sentiment étrange de m’être étranger. Le texte s’inscrivait dans ma tête comme si je l'avais devant les yeux. C'était une sensation extraordinaire pour un artiste qui ne maitrise pas les mots de réussir à les ordonner pour qu’il en tombe forme et sens, de leur donner un trait, un rythme, une musicalité qui crée une ambiance. Comme l'image, le texte, pouvait donc être une surface, dans laquelle on plongerait pour chercher un nombre infini de sources d'émotion. La magie de cette maison m'enchantait vraiment complètement. Depuis F. l'émotion était beaucoup plus palpable de tous, pour tous, ce n'était pas du tout "ordinaire".
- J’ai du café tout chaud et très envie de le partager !
Ange était derrière la porte, vêtue de ma robe de chambre et tenant un plateau garni.
 L'enchantement de la matinée continuait, café, baiser, cigarette, baisers.
- Cela sent fort le tabac dans cette pièce.
- Viens allons au salon.
 
Posés sur le canapé, chacun d’un côté du plateau comme deux invités, le constat étrange que nous étions « encombrés » s’imposa… Oui, c'était curieux. Toute situation commune était nouvelle…Il restait des traces de nos relations professionnelles, des questions apparaissaient furtivement : comment fait-on ? …j'ai envie de toi…et de café…toi avant, te contempler, là, superbe de féminité matinale… te toucher…
- Georges, attends…
- Oui ?
- Il faut que je te parle. A propos de ta peinture, je ne t’ai pas répondu lorsque tu m’as demandé de te raconter ce qui se passait quand tu peins. Il faut que tu le saches avant d’aller voir Églantine pour les enfants.
 
Je ne m’attendais pas à ça. C’était vrai, j’avais posé la question, oubliée en souffrance je ne sais plus où d'ailleurs. Là, je n’en voyais pas l’urgence.

- Lorsque tu peins… Georges… Tu… Attends deux secondes, je ne suis pas très bien réveillée, je vais tenter d’être claire autant que faire se peut, compte tenu de la situation.
 
Ne rien dire. Quoi quand je peins ? Ange me regarda rapidement pour tourner ses yeux vers l’entrée du salon et revenir vers moi, me dévisageant en silence.
 
- Georges, lorsque tu peins…écoute …voilà, tu deviens transparent.
Elle le dit dans un souffle qui demandait à sortir d'urgence.
- Quoi ?
- Oui… Transparent ! Tu disparais, petit à petit. Au fur et à mesure que tu montes ta composition et déposes tes couleurs, tu t’effaces.
- Comment ça je m'efface ?
- Quand tu peins, tu n’es plus là ! C'est ce que j’ai vu.
- Et mon étourdissement ?
- Tu as disparu pour réapparaître dans le fauteuil.
Il n’y avait plus de cesses à cette histoire. Transparent…? Les enfants ! Comme les enfants ! Les premières secondes passées, je ne fus finalement pas plus étonné que ça. Quand nous baignons dans l’extraordinaire l’incroyable peut relativement bien couler. Depuis peu, le départ de Rose, ajouté à tout le reste, m’avait situé dans une espèce de brume, flottant dans une mer chaude, je me laissais porter par le courant.
- Transparent comme les enfants…
- Oui, tu t’effaces pendant que ta toile apparaît. Je suis restée pétrifiée, un moment, j’ai vu le tableau avancer, ce ne pouvait être que toi. Tant que le trait naissait, je ne m’inquiétais pas, c’était un spectacle incroyable...féérique.
- Ce doit être dû à la force d'émotion que je couche dessus, attends ! Quelque chose ne va pas. Rose est venue me voir peindre « La vie en RoseS », elle m’a dit…  
- Que s’est-il passé ?
Je ne pouvais pas rapporter ce que Rose m'avait confié.
- Non, rien d'autre que ce qu’elle t’a dit au téléphone, si ce n'est qu'elle ne se sentait pas seule, elle est restée sous les arbres, sans entrer. 
- Georges, tu sais… Je n’arrête pas d’y penser, vois-tu… ces derniers événements… Tout cela est compliqué et déstabilisant. C'est une situation absolument fantastique, toi tu baignes dedans, tu vulgarises tout qui se passe. Je ne t'en fais aucun reproche évidemment. Tout change, toi, moi et nous aussi, tout bouge, le monde se réinvente. Si tu fais un pas de côté, la vision que tu as des évènements est assurément digne de science-fiction.
- Je comprendrais très bien que tu veuilles te protéger de tout ça. Si c’est mieux pour toi, fais-le. Prends de la distance. On ne se perd pas on se donne rendez-vous…
- Non…non, il n’est pas question que je m’en aille… sous l’effet du réveil, tout revient en bloc, il me faut encore du temps pour admettre tout ça et puis il fallait que je t’en parle avant que tu n'ailles voir Églantine.
- Alex ! Comment fais-tu pour toujours arriver quand on ne t’attend pas ?
- Ah mais, c’est ça le talent, vieux. Bonjour, Madame mon agent. Jolie la robe de chambre, on se prévoit une soirée pyjama ? Allez Georges à cheval.
 
Ben voilà, Alex, avec son gros pull de grand-mère, pas troué, étiqueté ! Des badges, le jean raccordé avec des épingles à nourrices et, bien sûr, les grosses chaussures noires, histoire de ne pas traîner les pieds.
- Alex, tu me fais plaisir, pas de patch aujourd’hui.
- Rien, parole, sérieux.
 
Mon ami me poussait dans le dos en sortant. Ange, derrière la fenêtre, comme la châtelaine du domaine, nous regardait quitter le parc en voiture, je préférais ne pas conduire, j’avais besoin de réfléchir. Je me sentais déjà de plus en plus proche des enfants. Ange avait évidemment raison, je banalisais le présent quel qu’il fût, au fur et à mesure de ses virages.
 
Mon ami, au volant, avait besoin de parler !
- Dis-donc vieux, c’est joli toute cette neige, il n’y aurait pas un trou noir dans cette montagne ?
- Trou noir ?
- Une porte vers une autre dimension, un univers parallèle…
- Alex, on avait dit pas de « patch »…
- Je n’en ai pas. Je crains que la situation ne t’échappe, tu es encore perdu dans ta vallée, il faut redescendre, tu ne t’alertes pas du tout sur ce qui se passe : je viens te rejoindre, histoire de ne pas te laisser seul, je me retrouve en plein film de fiction, plutôt bon. Toi, ton seul dialogue dans le scénario, c’est « on avait dit pas de patch ». C’est l’hôpital qui se moque de la charité franchement vieux. Tu planes complètement je sais pas où.
-Tu as raison. Ce qui fait que je ne réagis pas plus à tout ce qui se passe, c’est que Rose commence à nous quitter, cette absence en route occupe tout mon esprit. Je suis anesthésié, j’ai du mal à saisir le présent.
- Tu penses que tout est lié au départ de Rose ?
- Je ne sais pas,.. et tu ne sais pas tout.
- Ah bon ? Y'a des trucs cachés dans le même genre ?
- Oui, en plus de ce que je ne sais pas moi-même et que je sens.
- Tu parles d’un foutoir !! D’où ça vient tout ca ? Je prends à droite ?
- De F.. Non à gauche.
- Ton jardinier des mers ?  Dis donc, ça te fait quoi de te faire accompagner à l’école en voiture, à ton âge ?
- Il n' y a pas d'autre explication. Ça me souvient.
- T’es là ou endormi, toi ?
- Entre les deux, si tu suis la route, tu arriveras direct en ville.
 
L’esprit perdu dans le paysage à peine changé depuis mon enfance, tous les repères auxquels mes yeux s’accrochaient sur la route de l'école se tenaient là. La grange, le pylône au bas des pistes, la belle pente à luge… En descendant la vitre, un vent de nostalgie pénétra l’habitacle, l’air avait la même force, la même fraîcheur… La même vitesse. Cartable sur les genoux, parfum de Rose au volant … l’école, une balade en montagne… Nous étions montés les uns derrière les autres. Notre institutrice un peu devant, moi derrière comme d’habitude. Nous avions trouvé un piège à animaux dans la forêt. Il y avait du sang autour. Une patte sanguinolente coincée dans les mâchoires en acier tachait la neige. Notre institutrice nous expliqua que la bête s’était elle-même rongée l’os pour s’échapper. L’animal n’avait pas eu le choix, l’amputation ou la captivité. Mes camarades trouvaient ça horrible, moi pas. Cela relevait d’un grand courage. J’avais gardé cette image. Se couper un membre plutôt que de rester enchaîné.
 
La voiture d’Églantine était garée devant l’école. Tant mieux, nous n’avions pas appelé pour la prévenir.
Son regard s’éclaira en ouvrant la porte. Visiblement, elle réunissait ses affaires, elle avait le temps, mais il faudrait bientôt qu’elle quitte la petite maison. Elle me proposa de retourner en salle de classe. Dans le chalet, une grande pièce, un poêle au milieu, des rangées de pupitres de bois et un petit tableau noir qui avait dû être changé, l’autre était beaucoup plus grand. Églantine s’assit à son bureau, moi sur un pupitre, Alex, comme un élève, au premier rang. Il renifla les encriers, farfouilla dans la case à la recherche de je ne sais quoi, lui non plus sûrement. Je me disais qu’il allait se faire remonter les bretelles par Églantine, ce qui n’a pas loupé, elle ignorait qu’il n’en portait pas.
- Alors les enfants, ce n’est pas pour des cours de rattrapage que vous êtes venus jusqu’ici ?
- Madame Églantine, Georges et moi nous voudrions que vous nous parliez des enfants.
 Comme à son habitude, avec beaucoup de diplomatie Alex avait pris l’initiative.
 - Les enfants ? Pas ceux qui remplissent cette classe. Églantine, Monsieur Alex, pas « Madame ».
- Non, « Églantine », les enfants qui sont en sous-sol de l’hôpital de V.
 
 Mon institutrice nous raconta ce que je savais déjà avec peu d’autres détails
-… Cinq enfants, trois garçons deux filles. Entre six et huit ans, aveugles. Personne ne sait d’où ils viennent. Ils ne parlaient pas, lorsque tous ensemble, ils ont rejoint, seuls, l’hôpital à pieds. On ignore tout d'eux, leurs noms, leurs liens de parenté. Il y a eu des annonces passées et des demandes envoyées à tous les commissariats, aucun écho en retour.  Ils ne bougent presque pas, restent assis, étrangers à tout ce qui les entoure. Une seule chose certaine : ils n’ont plus d’émotion, les mots sont vides à leur esprit. Ils ne collent aucune image dessus, aucun sens. On a même analysé la réaction de leur petit cerveau en leur faisant répéter des mots, toucher des formes, rien. Aucune réaction. Tout le matériel et le savoir médical de l'établissement ont été mis à contribution. C'est une situation impressionnante et ils n'ont aucun signe d’autres pathologies. On m’a demandé d’essayer de développer leurs émotions, pour qu’ils relient leurs intérieurs au monde. Rien n’y fait, ils passent leur temps dans une pièce unique sans bouger, enfermés dans leur mutisme et fait extraordinaire ils deviennent petit à petit transparents. Pour l'instant ce n'est qu'intermittent. A la vitesse où cela a progressé jusqu'à présent, on ne va pas tarder à ne plus les voir. Voilà vous savez le principal.
- C’est tout ?            
- Pardon ?
Églantine avait l’air de vouloir mettre le bonnet d’âne au lémurien. Lui me regardait étonné.
- Enfin, Georges, à notre âge, on est assis sur des bancs d’école, à écouter une histoire comme celle-là sans plus d’explication, et je suis le seul à trouver ça insuffisant ?
- L’important, c’est les enfants, vieux, on pourra toujours essayer de comprendre après.
- Voilà jeune homme, on voit ceux qui n'ont pas séché.
- Moi, c’est Alex, madame Églantine, pas « jeune homme » …,Et vous savez quoi ? Je sens qu’il me faut mes patchs.
- Il vous faut quoi ?
- Églantine, nous voudrions participer à l’expérience, nous pourrions voir ces enfants ?
- Avec l’aide de Louise, je pense que oui.
Je me doutais que le docteur serait de l’opération.
- Louise ?
- Un médecin, vieux.
- Vous voudriez faire quoi avec eux, les garçons ?
- Monter un atelier d’art plastique, Alex en sculpture, moi en peinture. Ils sont en manque d'émotion, on va leur faire ressentir ce que nos arts expriment.
- Mais Georges, tu es peintre, ces enfants sont aveugles
- C’est une expérience Églantine, on n’a rien à perdre, Alex est sculpteur.
Je sentais à ses airs que le lémurien allait prendre sa revanche
- Dites Églantine, ça ne vous dérange pas le moins du monde que des gamins deviennent transparents et ça vous étonne que l’on apprenne à peindre et à sculpter à des aveugles ? Tout va bien dans ce pays !
Il se leva, coincé, remua dans tous les sens pour s’en sortir.
- Bon, j’en parle à Louise, cela devrait pouvoir s’arranger. Je ne suis pas convaincue de l’intérêt de ce que vous proposez, mais ces enfants ont besoin d’attention. Je vous appelle dès que j’ai joint le docteur.
Églantine avait été contente de nous voir, elle aimait bien Alex. Elle l’a embrassé, il a hésité à se laisser faire. D’ordinaire, nous serions descendus marcher un peu dans la vieille ville, le cœur n’y était pas. Je pris le chemin de la Villa des Roses. Alex ne disait rien. Il ne s’était pas endormi, il avait endormi son présent. Il l'a réveillé tout d’un coup plus loin sur la route.
- Dis, t’es devenu expert en baratin mon Jojo. L’apôtre de la vérité, pourfendeur du plus petit mensonge qui nous invente un atelier en deux coups de pinceaux sans prévenir. Franchement vieux… apprendre à peindre à des aveugles ! Sculpter, encore, je veux bien ! Tu trouves que c’est une bonne idée ton truc pour des gens qui vivent pas sur la lune ?
- C'est ce qui est venu !
 
Le reste du trajet se poursuivit en silence, je conduisais en vitesse automatique, l'esprit complètement ailleurs. Un peu comme en vacances, la tête suit entre les cils, de temps en temps on ouvre les yeux, on roule. Alex était en pleine réflexion. La mienne s’étendait vers Rose, je me demandais si elle était réveillée, il était près de midi. Les enfants ? Oui, bien sûr j’y pensais. J’avais le sentiment que nous arriverions à les sortir de là, ça ne faisait pas l’ombre d’un doute. Je n’avais aucune idée du comment. Normal, vu le cours des événements. De toute façon, à présent, j’avais changé d’adresse. Je me sentais en errance, sans domicile fixe.  Je me promenais dans mon temps et dans celui de Rose, d’Ange et d’Alex. J'avais hâte de revoir Marie-Ange. Il fallait avant tout que je termine La vallée. Ce qu’Ange m’avait raconté devait rester entre nous. Je ne savais pas comment Alex réagirait.
Arrivés à la Villa des Roses aux alentours de treize heures, Rose était debout, Ange lui avait dit où nous nous étions rendus. La table dressée dans la cuisine, nous attendait. Grand-Mère avait l’air de bien se porter, elle avait toujours le foulard rouge autour du cou. Ange n’était pas au mieux de sa forme, un petit pli au-dessus de la racine du nez.
 
- Alors les garçons, qu’avez-vous appris ?
Je pris l’initiative de répondre, profitant qu'Alex avait la bouche pleine.- Il y a cinq enfants à l’hôpital où tu étais Rose. Ils sont cantonnés dans une aile spéciale pour maladies infectieuses. Alex et moi allons essayer de colorer leur quotidien en les faisant participer à un atelier d’art plastique. Je ne sais pas ce que cela va donner, mais le sort de ces gamins nous touche et nous voudrions tenter d’égayer leur hospitalisation.
- Cela ne m’étonne pas de vous. Ils ont quoi, exactement, ces enfants ?
- On sait qu’ils ne sont pas contagieux. Par contre, on ne sait pas ce qu’ils ont, ils sont extrêmement tristes et ne communiquent plus, une sorte d'apathie permanente.
- Ce qui les rend transparents, Georges, n’est-ce pas ?
Grand-mère savait. Évidemment ! Elle avait passé l’après-midi avec Ange et Églantine.
- Oui Rose. Mais ce n’est sûrement qu’une conséquence. Si nous leur rendons leur émotion, il y a des chances pour que leur vie reprenne en opacité. Offrir des émotions, c’est ce à quoi nous nous passons notre temps avec Alex, nous devrions y parvenir pour ces enfants.
J’étais en position assez instable. Alex et Ange préféraient ne rien dire me laissant distiller l’information. Le reste du repas fut consacré à des suppositions diverses sur l’origine et le futur des enfants aveugles. Ange se retira dans le bureau avant que le café ne soit servi. Elle avait des coups de téléphone à donner, je n’étais pas rassuré et la rejoignis assez vite.
 
Assise à ma place, son agenda ouvert, elle avait le téléphone dans une main, un crayon dans l’autre. Elle traitait de tableaux pour une exposition à laquelle je ne participais pas. Elle sourit en me faisant signe, « elle n’en avait pas pour longtemps ».  Je la dévisageais sans pudeur, sans parvenir à la voir. Ange me dégageait tant d'émotion que les sens se mêlent pour se confondre. Je la touchais des yeux, je l'entendais des lèvres, je me surpris à penser que c’était mon ex-agent qui était assise là. Elle raccrocha rapidement me fixa droit dans les yeux, les deux bras posés sur le bureau.
 
- Soucis de travail ?
- Non pas du tout, voilà : je viens de prendre une décision importante nous concernant.
 
Ne rien dire. Se taire, attendre, faire que rien ne s’accélère. Trouver la formule qui redonne de l'élasticité au temps.
 
- J’ai décidé de rester à la Villa des Roses, si tu le veux bien.
Me calmer.
Relire ces mots dans ma tête, lentement, confirmer le sens...répondre avant d'avoir fini !
- Bien sûr que je veux ! Mais pour être franc, je ne maîtrise pas ce qui peut se passer dans les jours à venir.
- Je m’en doute, néanmoins je fais confiance aux évènements. Et je veux être avec toi pour accompagner Rose dans son avenir. Être avec elle jusqu'à ce qu’elle prenne son dernier navire, je veux la saluer du quai quand les flots la porteront ailleurs. Et… il y a les enfants.
 
Nous étions si proches que bientôt il y aurait risque de confusion. Je fis le tour du bureau pour la prendre dans mes bras à confession de tendresse… jusqu'à ce qu’un bruit sourd se fasse entendre au carreau. Le lémurien avait lancé une boule de neige à notre intention, il allait dans sa grange.
- Il faut que je continue la vallée, mais si je deviens transparent et qu’Alex entre dans l’atelier…
- Il n’y a pas que ça, Georges, tu peux avoir un autre malaise, tu ne dois pas être seul. Je t'accompagne.
Pas le moment de me laisser électrifier. J’étais obnubilé par l’idée de peindre, d’aboutir le tableau.
 
Rose était au salon, dans le canapé. Ses yeux se perdaient par la fenêtre donnant sur le parc. Elle avait le regard du voyageur étranger au paysage défilant devant lui. Un passager hypnotisé par la vitesse de ce qui défile le long des rails derrière la vitre.  Elle nous entendit arriver comme des compagnons de route qui entrent dans un compartiment occupé.
- Alors, qu’allez-vous faire de votre après-midi ?
- Nous sommes à l’atelier Rose.
Ange se pencha par-dessus le canapé pour s’approcher de Grand-Mère.
- Ça va Rose ?
- Très bien Marie-Ange, ne vous souciez pas de moi, tout va bien.
Elle reçut un baiser sur chacune de ses joues, en même temps. Rose retenait nos visages contre le sien. J’eus un bleu à l’âme. Envie de rester avec Grand-Mère, « nous ne sommes pas assis face à face, mais côte à côte. Je vois ce que tu vois, nous partageons le même horizon. » Je ne pouvais pas, j’avais rendez-vous dans la vallée.
 
A l’atelier, je m’installai aussitôt devant mon tableau. C’est une expérience incroyable que de franchir le pas d’une pièce et de se retrouver en pleine montagne. Alex avait raison, il y avait bien une porte vers une quatrième dimension. Elle était là, devant mes yeux. Ange était saisie, il y avait la beauté du paysage, bien sûr, surtout l’exploit artistique, l'extraordinaire perception de réalisme.
 
Je me lançai sans retenue, laissant l’émotion parcourir mon corps et jaillir par les pinceaux. J’aperçus vaguement des flammèches bleues à fleur de peau avant de sombrer dans l’absence. Il n’y avait plus rien autour, j’avais les yeux fixés, je ne voyais plus mes mains, la vallée se précisait de plus en plus. J’étais assis en pleine nature, à regarder le brouillard se dissiper. Le paysage s’étendait devant moi, avec précision. L’hôpital d’abord, et plus haut la Villa des Roses, la forêt… Je sentis tout à coup que l’on me tirait en arrière, comme si la terre sur laquelle j’étais assis m’aspirait violement Impression déjà vécue !
Comme la dernière fois, je me réveillai petit à petit dans mon atelier. Ange me tenait par la taille.
- Georges, tu es là ?
- Oui Ange, tout va bien.
Je mis du temps à redescendre. C’était comme me remplir de présent à partir des pieds, le niveau montait et me donnait consistance, je retrouvais mes esprits.
- C’était comme la dernière fois ?
- Oui, j’ai eu du mal à te saisir, j’ai eu peur.
Elle se serrait contre moi. Me retournant doucement vers la toile sans lâcher mon oiseau, la vue m’apparut époustouflante. Nous étions au sommet de la montagne.
- C’est absolument… incroyablement magnifique Georges.
- …
J’étais prêt à adhérer à tout ce que j’entendais. Je n’avais pas de mots à ma disposition. Alors que depuis je ne sais plus quand, je travaillais à interpréter mes émotions pour essayer de les faire passer dans ma peinture, là, devant moi, il y avait tout. Tout ce que j’avais ressenti sur la montagne. La paix, la beauté de la nature, la quiétude, la pureté de l’air, tout était là. Je pris conscience que j’étais à nouveau en absence. Quand je rouvris les yeux, j’étais assis dans le fauteuil. Ange me regardait avec inquiétude.
- Que s’est-il passé ?
- Tu t’es assis dans le fauteuil sans rien dire et tu ne m’entendais plus.
- Longtemps ?
- Assez.
Je pris mon oiseau par la main pour l’entraîner sur mes genoux.
- Ça va mon ange, maintenant je me sens bien.
Sa chaleur me réchauffait le corps, j’avais froid en dedans. Je sentais que je reprenais ma place doucement, je réinvestissais mon espace corporel.
- Georges, F. est revenu.
- Il est entré dans l’atelier ?
- Non, il m’a fait signe de derrière les carreaux.
- Cela fait longtemps ?
- Il y a une heure à peu près. Quand tu t’es arrêté de peindre.
Il faisait nuit. J’avais commencé aux environs de quatorze heures, il en était vingt.  J’avais disparu pendant six heures. De cette disparition j’avais rapporté sur la toile toutes les palpitations de l’air, de la terre, de l’eau et du feu. La nature m’avait fait don de sa vie pour que je" la couche" sur un tableau. Il fallait que je vois F.. Je venais de comprendre la raison de tout ce qui se passait. Il devait récupérer ces enfants, et nous allions le faire pour lui. Il avait dû penser que c’était le moment pour moi de le savoir. Il a profité de ma balade en montagne pour me raconter cette histoire, me l’inscrire à l’intérieur.
Je lui devais beaucoup plus qu’un tableau, aussi vrai soit-il, je lui devais même au-delà du risque que nous prenions à organiser la fuite de ces enfants. Cela fait, je lui serais encore redevable de ce qu’il nous aura apporté à Rose, aux autres et à moi-même.
- À quoi tu penses Georges ?
- Je commence à comprendre…
- Vraiment ?
- Oui, pas tout, mais ce qui est arrivé dernièrement est en train de prendre perspective.
- Tu m'en dis plus ?
Je regardais Ange dans les yeux. Je n’avais pas les mots. Je préférais me taire. Trop de lumière aveugle. Sortir les enfants de ce sous-sol ! Seule cette certitude prenait place.
- Écoute, je ne sais pas comment te dire ça, il faudrait que l’on parle à F., ensemble.
- Nous deux?
- Avec Alex.
- Et Rose ?
- Non, il vaut mieux laisser Rose en dehors.
- Mais qui est F.?
- Je n’en ai aucune idée. Comme tu le disais à Alex, tout ce que l’on sait, c’est que F. ne nous apporte que du bonheur. Grâce à lui, Rose se laisse partir avec légèreté, grâce à la situation que nous vivons, nous nous sommes trouvés toi et moi. Alex et moi nous nous touchons encore plus, alors savoir qui est F., d’où il vient, et où il va ne regarde que lui. Le fait que son chemin ait croisé le nôtre est une chance. Faut rien demander d’autre à la chance quand elle nous offre sa présence, faut pas la déranger.
J’ai recouvert la toile, nous sommes sortis.
 
Alex était en train de rejoindre la villa, les mains encombrées. Nous nous sommes retrouvés au pied de l’escalier gardé par la rose rouge.
Trois pétales tachaient la neige.
Mon ami les prit et les mit en poche, il faillit laisser choir son chat de gouttière.
- Georges, c’est pour Rose.
- Je n’ai rien dit vieux.
- Tu as la mine très fatiguée, tu as descendu ta vallée ?
- Oui, je crois que je n’y toucherai plus.
- Je peux la voir ?
- Demain je te la montre, ce soir il faut que l’on parle à F..
- Ha ça y’est tu te décides.
- Oui il est temps !
- Et si on entrait les garçons ?
 
Rose était à la même place, il faisait noir dans le salon. Alex alluma et se rendit tout de suite auprès d’elle. Grand-Mère devait avoir traversé pas mal de gares, combien de paysages avait-t-elle contemplés ? Elle n’avait pas bougé.
 - Voilà de quoi vous tenir compagnie pendant que le petit-fils indigne fait des tâches de couleurs dans son atelier.
 Il posa le chat sur la table basse, Grand-mère n’était pas endormie.
 - Il est très beau cet animal mon garçon. J’aime beaucoup les chats, je n’en ai jamais eu depuis la naissance de Georges. Il ne les aime pas. Je crois qu’ils lui font peur. Tu lui as donné un nom ?
 -Heu …non Rose, je vais laisser d’autres le faire.
 - Les enfants ?
 - …Ce serait bien les enfants.
 - Bonsoir, Rose.
 - Bonsoir, mon Georges, qu’as tu fais de Marie-Ange ?
 - Elle prépare un repas rapide, je vais demander à F. de se joindre à nous.
 - Bonne idée mon garçon.
 Je retournai dans la cuisine et y entrai en même temps que F.
 - Bonsoir, F.
 - Bonsoir, Georges, bonsoir Marie-Ange.
 Ange lui rendit son salut sans détourner les yeux de sa tâche.
 -F., nous serions heureux de t’avoir à dîner ce soir.
 - Avec plaisir Georges.
 - C’est prêt dans cinq minutes allez vous asseoir, je vous rejoins.
 F. se rendit au salon, je n’avais pas le temps de prendre un bain, ma deuxième peau me gênait.
 - Ça va mon ange ?
 - Ça va aller. Et toi comment te sens-tu ?
 - J’ai besoin de prendre un bain, de me changer. Je suis fatigué, ivre d’air pur.
 Elle se retourna et posa des plats sur la table de la cuisine. Je luis tendis les bras.
 - Viens, je vais te mettre de la couleur partout.
 - Tu m’en as déjà mis plein dedans.
 J’étais bien, mon oiseau sentait bon, il se serrait fort contre moi, comme s’il avait peur de tomber. En fait c’est moi qui commençais à vaciller. Je me ressaisis très vite d'un long baiser, les yeux ouverts. J'avais l'impression de l'embrasser dans son sommeil, une ligne électrique me parcourait l’épine dorsale.
Nous sommes allés rejoindre les autres.
 
F. avait allumé un feu, il savait que j’avais froid.
Alex était en pleine forme son chat était fini, demain il attaquerait le Lémurien. Il nous dit qu’il ne savait pas qui allait gagner, s’il allait réussir ou pas à l’extraire de la glaise. Rose avait l’air lasse sans vouloir le laisser paraître. Ses tours de poignets étaient complets. Elle tirait sur ses manches quand elle s’apercevait que les bracelets sombres captaient mon regard. Elle me fit un sourire que je ne voulus pas traduire. Il fallait que je m’efforce de ne pas poser mes yeux sur les pétales de Rose, ce sombre me rappelait le compte à rebours …Nous avons diné tranquillement, arrosés le moment de bonheur de l'instant et attendu que Grand-mère aille se coucher.
Installés sur les canapés près du feu, Alex mouillait son doigt et peaufinait son chat posé sur la petite table, Ange assise à côté de moi, la tête posée sur mon épaule, me tenait la main dans les siennes. F. était face à moi dans le fauteuil.
 - Tu voulais que l’on parle Georges ?
 Alex et Ange tournèrent leur regard vers le mien, ils s’attendaient à ce que l’on amène le sujet doucement, ils savaient que je n’avais pu prévenir F.
 - Oui F.… par où commencer ?
 - Manque de mots ?
 J’allais répondre oui, comme d’habitude, ce n’était pas le cas. Cela faisait longtemps que je n’avais rien mis à la poubelle. Ma guerre des mots commencée aux alentours de mes cinq ans serait-elle finie ?
 - Que voudriez-vous savoir ?
 Ce « vous » bienveillant s’adressait à tous. Ange se lança.
 - Qui êtes-vous F. ?
 - Comment répondre Marie-Ange. Je ne le sais pas, comme je vous l’ai dit au pavillon des Friches, sans mémoire je ne peux pas raconter d'histoire, je sais que je dois suivre mon chemin, c'est tout.
 - Vous êtes né sur…Cette terre ?
 Alex avait lâché son chat, Ange avait lâché ma main, personne ne lâchait F. du regard.
 - Le « F. » que vous voyez devant vous oui, il est né comme vous, l’autre « dedans » je ne sais pas d’où il vient, mais vous, pour vous, vous le savez ?
 C’est compliqué d’échanger avec une personne prête à tout dire mais qui ne dit pas ce qu'on attend.  Visiblement F. ne nous mentait pas. Je dis visiblement par ce qu’intérieurement j’en avais la conviction profonde.
 - Si vous n’avez ni mémoire ni histoire F., vous savez pourquoi vous êtes là ?
 - Alex, je crains de vous décevoir, je suis de passage, seulement de passage, sur mon chemin
- Vous allez où F.?
- Il faut que je trouve les lettres.
- F. dis-moi, les enfants, ils ont un rapport avec toi ?
- Tu le sais, Georges, ils sont sur le chemin.
 
F. était entré dans notre vie à Rose et moi parce qu’il devait arriver jusqu’aux enfants pour aller je ne sais où. Depuis le premier jour où je l’avais vu à l’hôpital rien n’avait été dû au hasard. Ni sa présence dans la chambre de Rose la nuit ou sa voisine de lit s’était éteinte, ni le fait que Rose l’ait embauché, ni celui que j’aie été peintre. Tout cela devait se trouver sur le chemin de F.
 
- Et la bouée de la Providence F. ?
- Elle était dans mon appartement Marie-Ange, il faut d’ailleurs que je vous la rende, je pense qu’elle est destinée à Rose.
Inutile d’aller plus loin.
- F., excuse-nous pour ces questions, je voudrais t’en poser une dernière.
- Ne t’excuse pas Georges, je dois répondre tout haut n’est ce pas ?
- Oui s'il te plait. Pourquoi ne peux-tu pas aller en sous-sol ?
- Je suis coupé de ma source sous la terre Georges, je ne vibre que par l’émotion, l’origine de ces vibrations est au-dessus des étoiles, il me faut être sur la surface de la terre pour y être toujours relié. Si je coupe ce fil, je ne pourrai plus poursuivre mon chemin. Il est très important que je le poursuive.
- Important pour qui F. ?
- Pour tout le monde Georges…
Cette réponse nous plongea tous dans un silence abyssal.
 
F. s’en retourna au pavillon des Friches. Je le raccompagnai jusqu'à la porte échangeant deux mots avant qu’il ne sorte.
-F., toi et moi, nous ne faisons presque qu’un ?
- Depuis peu Georges, tu le sais.
- Quand nous aurons récupéré les enfants, que se passera-t-il ? Et les lettres, elles sont où ?
- Pose-toi les questions, tu sauras.
Évidemment !
- Bonne nuit F.
- Bonne nuit Georges, il neige sur la vallée.
Il sortit, un regard dehors me fit constater qu’il ne neigeait pas du tout !
 
De retour au salon, Alex venait de servir trois alcools dans de grands verres.
- Bon, on a tous besoin de boire un coup.
- Tu n’as pas dit grand chose Alex, toi non plus Ange.
- Ha ben si on m’avait dit que j’allais dîner avec le père d' E.T. j’en aurais préparé une liste. Là j’étais pris de cour. Santé ! Ça va peut-être me réveiller l’esprit.
Ça risquait plutôt de le noyer, il avait vidé son verre d’un trait. Ange elle, trempait ses lèvres à fleur de verre. Elle avait les yeux perdus au loin.
- Ça se trouve, il y en a d’autres des F., ils sont peut-être en train de nous coloniser en douce, c'est sûrement ça les lettres qu'il cherche, peut-être même que les enfants sont des F. en puissance et qu’on va les aider à envahir la Terre sans le savoir. Ça se trouve…Vous en dites quoi vous ? Georges tu en sais beaucoup plus que nous.
- Il faut que je me pose les questions Alex, et je suis trop fatigué pour ça.
- Les garçons, et si on en reparlait demain ?
Alex était dubitatif, perdu, ce n'était pas dans ses habitudes. Il attendait des réponses. N'importe lesquelles, mais de quoi rattacher des causes à des effets.
- Bon ben en tout cas l’origine du surnaturel on la connaît maintenant pour le reste.... Je vais aller travailler un peu moi, je n'arriverai pas à dormir tout de suite je vous laisse à tout ça. Bonne nuit vous deux, restez sages on a assez à faire ici.
 
Nous sommes montés pendant qu'Alex sortait. J’étais extrêmement las, mon ami dût le ressentir. À peine arrivée dans la chambre, Ange fit couler un bain. Nous l’avons partagé. Dès que la vapeur se mit à emplir l’espace, elle s’infiltra dans ma tête. Des mains s’occupaient de mon corps avec douceur et amour, à se laisser aller, ma conscience se perdait.
 
Sur le lit, Ange à côté de moi la tête appuyée sur sa main, me regardait dans le noir. Le contour de son visage s’inscrivait en droite ligne de la fenêtre, je pouvais voir la lune pleine derrière, plus haut.
- Georges, tu as des petites lumières dans les yeux.
- Tu es superbe, tu m'apportes un bonheur infini, viens-là.
A peine le corps à corps prononcé, je m’enfonçai dans la nuit.
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F.(fiction) épisode 7 :: Commentaires

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Re: F.(fiction) épisode 7
Message le 05.11.16 15:28 par EPONINE52
Very Happy Very Happy Toujours scotchée par ton récit ! là encore il y a de belles perles "quand nous baignons dans l'extraordinaire, l'incroyable peut relativement bien couler" " se couper un membre plutôt que de rester enchaîné. J'aime beaucoup ce nouveau chapitre qui commence à nous révéler le pourquoi du comment ! Au tout début, j'aime le regard de Georges sur les artistes, je le trouve très pertinent "pour le profane, les décors défilent toujours plus vite" c'est si vrai ! Puis aussi je me retrouve complètement lorsque Georges découvre qu'il est capable d'écrire un superbe quatrain alors qu'il ne sait pas utiliser les mots car c'est exactement mon cas, autant je suis à l'aise à l'écrit qu'à l'oral, c'est la cata, je bafouille, m'emberlificote, bref, c'est vraiment super !! J'adoooore cette idée aussi que Georges devient transparent lorsqu'il peint, ainsi ce sont bien les émotions qui sont en centre du problème des enfants ! J'ai adoooré ce chapitre aux ressentis si forts aussi la conclusion s'impose d'elle-même CHAPEAU A RAS DE TERRE pour ce chef-d'oeuvre poétique à souhait Nessim ! superbissime !! merciii pour la sérénité qu'apportent tes mots ! En te lisant, on entre nous aussi dans ce cocon de bienveillance et c'est super ! j'serais intarissable ! Faut le faire publier !!! Il ferait un tabac ! c'est obligé ! bisous et douce fin de journée loin de ce monde enténébré ! à bientôt !  flower geek king jocolor cheers cheers cheers
Re: F.(fiction) épisode 7
Message le 10.12.16 19:48 par nessim
merci de ton enthousiasme Christine, et comme d'hab je te répond quand je publie le suivant:-) suis un peu out et très en retard. J'aime beaucoup l'idée du lecteur dans le cocon du livre c'est un plaisir de savoir que F rende ça. et je vais essayer de le publier dans tous les cas , plus que 3 épisodes. Merci beaucoup de ton suivi, Bises
Re: F.(fiction) épisode 7
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F.(fiction) épisode 7

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