Les Mots Z’Arts Voyageurs (Voyagination)

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 F. (fiction) episode 3

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nessim



Date d'inscription : 21/01/2016

23072016
MessageF. (fiction) episode 3

Juste un très léger battement d'ailes…un oiseau se pose. 






Le lendemain, lorsque j’ouvris les yeux, la journée était très avancée. La neige continuait de tomber, la lumière était belle, par la fenêtre, je regardais le parc que deux traces parallèles traversaient depuis le portail. Marie-Ange ! Des images commençaient à remonter. Le tableau de Rose, F., mon rêve, les lettres… J’avais l’impression d'avoir ouvert un robinet d'où un flot d'actualités jaillissait…dans ma tête.
Bon dans l'ordre :  j'ai fait le plus beau tableau de ma carrière, ça il y a de quoi bien démarrer la journée, quoique…trop parfait, évidemment ; cette nuit F. m'a demandé…non stop. Il sera toujours temps de penser, les mots sont toujours à disposition, on verra plus tard.
J’avais grand faim, ça sentait bon le pain grillé. Je me suis préparé rapidement, je suis descendu tranquillement. Marie-Ange et Rose étaient toutes deux dans la cuisine. En ouvrant la porte, j’ai entendu Grand-Mère.

- Il va très bien en ce moment.
- Qu’est-ce que cela veut dire aller très bien Rose ?
En disant cela, je me suis dirigé vers Marie-Ange pour la saluer.
- Tu n'as pas eu trop de mal à venir jusqu'ici ?
- Cela n'a pas été évident, mais je suis là comme tu l'as demandé.

Je ne savais pas quoi dire, Rose était de dos à verser du café dans une grande tasse. Je lui ai ôté la cafetière des mains avant de la prendre dans mes bras pour lui faire une franche bise sonore, elle sentait bon la rose.

- J’ai envie d’un grand petit-déjeuner. Marie-Ange, ça te dit ?
- Nous venons de finir de déjeuner, Georges.
- Bon ... « Je grand-petit-déj » tout seul.

Je lui fis un sourire alors qu'elle me regardait comme si quelque chose avait changé en moi. Elle se leva, regarda le parc par la fenêtre et dit sans se retourner :

- Je te croyais dans ton atelier, la cheminée fumait, j’y suis entrée en arrivant.

Le tableau !!!! Je sondai le fond du bol. Elle continua :

- J’ai l’impression qu’un animal y est entré !

Je me remplis la bouche, Rose n’arrêtait pas de garnir la table de tout le nécessaire au grand petit-déjeuner. Marie-Ange se retourna vers nous. J’en profitai pour la regarder comme si j’attendais plus de commentaires. Mes yeux partirent de ses yeux pour finir à ses pieds et remonter. Je n'avais jamais vu mon agent ainsi « en tenue des champs ». Elle portait un pantalon de velours noir, des bottines à lacets, un grand pull-over rouge lui descendait très bas, elle avait ses longs cheveux noirs détachés qui lui retombaient sur les épaules. Elle était très belle, très fine, gracieuse, elle me fit penser à un petit oiseau.
C’était une autre Marie-Ange. Nous nous étions vus il y a peu pour mon exposition, pourtant depuis cette dernière nuit, le monde entier devenait différent dès qu’il franchissait la porte de la Villa des Roses…

- Tu es très belle Marie-Ange.
- Merci.

Rose sourit en posant le pain grillé sur la table.

- Marie-Ange, vous passez quelques jours avec nous ?

Sans attendre la réponse, elle se dirigea vers le salon. Marie-Ange répondit en me regardant, elle avait un petit pli au milieu du front.

- Avec plaisir, j’ai des choses à voir avec Georges, et il ne décroche plus son portable.

Cette fois, j’avais le nez dans la confiture. J’avais oublié mon portable, il était forcément dans mon atelier. Je ne l’avais pas entendu sonner.

- Il y a longtemps que tu es là ?
-  Trois heures, j’ai eu de la chance, les routes sont dégagées, sinon je n’aurais pas pu arriver jusqu’ici. Je ne sais pas si ton jardinier pourra revenir avec cette neige qui tombe de plus en plus fort.

Marie-Ange avait vu F., évidemment… Il avait dû sortir au moment où elle arrivait, il continuait de neiger fort dehors, effectivement. Pas grave, je savais que F. reviendrait quel que soit le temps.

- Georges…
- Oui ?

Quatrième tartine grillée

- Ça va ?
- Je t’ai entendu le demander à Rose en entrant tout à l’heure, je vais très bien.
- Qu’est-ce que ça veut dire aller très bien, Georges ?

Mais que je n’aime pas ça ! Voilà que Marie-Ange me renvoie mes propres répliques. Je n’ai déjà pas beaucoup de vocabulaire, si je me fais dépouiller, je finirai muet.
- Ça veut dire que Rose va bien, que je suis en train de peindre un tableau comme je n’en ai jamais fait auparavant et que… Je suis très content que tu sois là.
- Tu as peint un tableau comme tu n’en as jamais fait ?
- Oui, il faut que je te le montre.

Le couteau était en suspension au-dessus de la tartine. Marie-Ange s’assit face à moi. Heureusement que les portes et les fenêtres étaient fermées, elle aurait pu s’envoler.

- Dis, quand t’ai-je appelée ?
- Il y a deux jours, tu as laissé un message d’une drôle de voix. Pourquoi ?
- Je t’ai dit quoi sur ce message ?
- Qu’il fallait que je vienne te voir, que tu n’avais pas le temps d’expliquer pourquoi à mon répondeur, que je devais absolument te rejoindre. Tu ne t’en souviens pas ? Que se passe-t-il ?

Je n’avais aucun souvenir de ce coup de fil.

- C’est tout ?
- J’ai essayé de te rappeler sans résultat ; j’ai appelé ici à la Villa, Rose m’a dit que tu étais dans ton atelier depuis deux jours, qu’elle est allée te voir sans entrer et qu’elle t’a aperçu peindre comme si le monde n’existait plus. Je lui ai demandé si je pouvais venir, elle m’y a invité… Alors, raconte.

Marie-Ange tendait la tête vers moi, un cou très mince se dégageait de son pull. Pourquoi n’avais-je jamais vu à quel point elle était belle ?  Cela dura un moment, quelque chose passait entre nous. Elle releva un peu la tête, se passa la main dans les cheveux, troublée. J’eus l’impression que le rouge de son pull était devenu vermillon. Nous sommes restés sans bouger, comme ça, chacun d’un côté de la table, à portée de bras.
Elle rompit le silence.

- Et ce tableau comme tu n’en as jamais fait ?
- Viens, je vais te le montrer.

Je me dirigeai vers la porte et l’ouvris, elle enfila son blouson sans un mot et sortit. Au bas des marches, elle tendit un doigt ganté vers la rose plantée comme un étendard dans la neige. Sans rien dire, je l’invitai à me suivre d'un signe de tête. En me dirigeant vers mon atelier, j’essayai sans y parvenir d’anticiper sa réaction, elle ne pouvait imaginer ce qu’elle allait voir.

Jamais je ne laissais mon atelier dans cet état… En le quittant, j’étais tellement absorbé que je n’avais pas vu l’étendue du chantier. Ce n'était pas un chat, il devait y en avoir quatre ou cinq. Mon agent me regardait, je l’ai invitée, de la main, à contourner mon chevalet, moi je suis resté où j’étais, anxieux. Je voyais le chevalet de dos, Marie-Ange se mit sur la pointe des pieds pour retourner le linge qui protégeait mon travail, j’aperçus une petite main fragile comme une patte d’oiseau laisser tomber le tissu blanc de mon côté. Je ne pouvais rien dire ni bouger. Attendre en silence, sans savoir ce que mon agent allait voir sur la toile, Rose ou une simple image de Grand-Mère ?

- Georges.

Il y avait, je ne sais quoi dans ce « Georges » … Comme une invitation pleine de questions au bout des lèvres. Je fis deux pas de côté pour la voir, elle avait la main droite sur l’estomac, l'autre devant la bouche, je voyais Rose dans ses yeux.

- Comment as-tu fait ça ?

Elle ne bougeait pas, les yeux fixés sur la toile.

Je ne comprenais pas la question.

- Ce n’est pas possible Georges, jamais personne, aucun peintre n’a réussi un tableau d’une telle intensité.

Elle parlait doucement, toujours la main devant la bouche, comme si elle voulait garder les mots qui peinaient à me parvenir. Je fis les deux pas nécessaires à combler le mètre qui nous séparait, Marie-Ange n’avait pas l’air bien. Je mis mon bras autour de ses épaules, elle laissa retomber sa main sans parvenir à reprendre son souffle.

- Même les plus grands n’ont jamais touché l’émotion de si près…

Nous étions face à Rose. Sur la toile, Grand-Mère avait l’air ravie. Marie-Ange tendit la main, effleura la surface, ressentit les ondes de vie qui parcouraient les teintes. Seul son trouble pouvait expliquer ce geste, elle n'aurait jamais posé ses doigts sur un tableau auparavant. Sa main poursuivit jusqu'à la rose, à hauteur du cou de Grand-mère. Elle manqua d'en caresser un pétale et remit la main devant sa bouche.

- Mais…La rose…Elle sent la rose !
- Oui, la rose sent la rose et Rose sent Rose !
- Mais Georges, ce n’est pas possible !
- Tu sens que Rose est là ?
- Je l'entends presque…
- Ce que tu ressens est vrai, toujours.

J’avais dit cela en recouvrant la toile, je pris Marie-Ange par les épaules pour la faire reculer et s’installer dans le fauteuil face au chevalet. Elle se laissa faire sans quitter le voile des yeux. Je n’avais pas rêvé : Rose était bien dans le tableau autant que dans la cuisine tout à l’heure.
Marie-Ange semblait toute petite, effrayée, ses yeux ne quittaient mon chevalet que pour y revenir immédiatement, je n’avais jamais remarqué à quel point le bleu de ses yeux était si proche du bleu de ceux de Rose. Je me mis à genoux près d’elle, sa main était froide.

- Retire ton blouson, je ravive le feu.

A la deuxième bûche, elle me rejoignit et s’assit à même le sol près de moi, le dos contre la cheminée, sa tête reposant sur une main dont les doigts fins disparaissaient dans des cheveux jais. Ses yeux allaient de mon chevalet à mes yeux, de mes yeux à mes mains puis s’en retournaient à mes yeux, pour repartir…. Les oiseaux ont souvent ce mouvement oculaire qui leur donne l’impression de vouloir regarder partout en même temps.

Le feu commençait à prendre dans l’âtre.

- Ça va ?
- Pas du tout.
- Je n’aurais pas dû te le montrer.
- Tu n’aurais pas pu et si tu avais pu, je t’en aurais voulu.

Comment l’aurait-elle su ? Elle était très déstabilisée, ses yeux continuaient leur gymnastique pour s'arrêter sur la porte d'entrée.

- Il faut que je prenne l’air !

Je n'eus pas le temps de répondre. En une suite de mouvements enchaînés, elle enfila son blouson et se dirigea vers la sortie. Il ne neigeait plus.
Marie-Ange se tenait à quelques pas, dehors, regardant le sol et le ciel à tour de rôle, ses yeux recherchaient des nuages pour s’y accrocher puis se posaient sur la neige qui tapissait le parc. Elle releva la tête vers la Villa avant de la diriger vers l’atelier, me regarda, puis posa les yeux sur mon chevalet qu’elle voyait de dos. Moi je la suivais dans toutes ses directions.
J’avais envie de la rejoindre. Sans dire un mot, je lui relevai la tête par le menton.

- Viens…

Je lui pris la main en nous engageant vers la Villa. Elle avait l’air hypnotisée. Nous sommes allés directement à mon bureau. Nous étions assis chacun d’un côté, comme si je recevais une cliente.
Marie-Ange, les coudes posés, la tête soutenue par les mains, regardait en silence un cadre derrière moi. Je tournai le regard et vis la photo prise lors d’un vernissage. J’y étais debout, Marie-Ange à mes côtés, belle des villes, ensemble noir et chic, quelques touches d’or, un rouge lumineux aux lèvres. Il y avait du monde autour et des toiles aux murs.

- J’ai l’impression que cette photo date d’une autre vie.
- C’est une autre vie Georges. Tu m’offres à boire ?
- Bien sûr, excuse-moi.

Le verre à la main, nous nous sommes installés sur le canapé, chacun à une extrémité.

- Raconte moi, que se passe-t-il ici ? Que t’arrive-t-il ?
- Nous étions ensemble il y a à peine quinze jours, tu trouves que j’ai changé ?
- Non... enfin si… tu es différent, mais ce tableau, comment as-tu peint ça ? Et cette rose, au bas de l’escalier, je l’ai touchée, elle est vraie, il se passe quoi dans cette villa ?
- Tu as vu quelqu’un à ton arrivée ce matin ?
- Oui, votre jardinier, il ouvrait le portail pour sortir au moment où j’allais sonner.
- Cela devient une habitude !
- De sonner ?
- Non… Mais tout est arrivé par celui que tu as vu partir.
- Ce jardinier qui ressemble à un marin ?
- Oui, ce matelot entre mer et terre, je me demande s’il ne vient pas d’ailleurs.
-  Qu’est-ce que tu me racontes ?
- Comment… trouves-tu Rose ? Cela fait longtemps que tu ne l’as pas vue.
- Georges…

Elle pensait que je détournais la conversation.

- Réponds-moi, j’essaye de trouver un fil à suivre pour tout t’expliquer.
- OK. Rose a l’air très en forme, elle a une sorte de lumière dans les yeux qui illumine son visage, sa maladie a cessé de progresser ?
- Non, elle en est à trois pétales dans le cou.

Ce disant, je finis mon verre d’un trait. Marie-Ange me l’ôta des mains et le posa au sol, attendant mes explications.

- Bon voilà : ce jardinier est aide-soignant, il s’appelle F., Rose l’a embauché...
 
Je lui racontai tout, l’hôpital, le parking, notre arrivée à la Villa des Roses, mes jours passés à peindre, la rose dehors qui perdait ses pétales et Rose qui en gagnait. Je livrais tout, sauf ma cabane dans le bois.

- Quand revient-il ?

Je venais à peine de m’arrêter.

- Ce soir ou demain, nous l’avons invité à s’installer au pavillon des Friches. Il est parti prendre ses affaires.

Il y eut un long moment de silence…

- Georges, il faut que je digère cette histoire, je monte dans ma chambre. Dis-moi… tu as pris le tableau de Rose en photo ?

Je me levai pour l’accompagner.

- Non, pourquoi ?
- Je ne sais pas, comme ça.

En nous dirigeant vers l’escalier, nous vîmes Rose qui venait de rentrer. Elle proposa à Marie-Ange de monter avec elle. Je les vis toutes deux, bras-dessus bras dessous. 

Sans se retourner, Grand-Mère s’adressa alors à moi.

- Je suis allée mettre un peu d’ordre dans ton atelier. Ton portable est sur son chargeur, il était enfoui sous un tas de livres.

Le tableau !!!

- C’est tout ?
- Hé bien, mon grand, si c’est ce que cela t’inspire !

Rose avait passé sa tête par-dessus la rampe en disant cela. Elle me souriait.

- Non Rose… merci …
- De rien, mais il y a juste un peu moins de désordre, tout est loin d'être rangé !

Il fallait absolument que je place ce tableau ailleurs, je ne voulais pas que Rose le découvre.
Je ne revis plus Marie-Ange jusqu'à la soirée. Rose resta longtemps avec elle. J’étais retourné dans mon atelier. Grand-Mère, comme a son habitude, avait " mis de l’ordre ".  Je n’avais aucun doute sur le fait qu’elle n’ait pas soulevé le voile tout à l’heure… L’absence de doute ne supprime pas la crainte. Je ne mesurais pas l’incidence de ce tableau sur Rose. Il fallait que je déplace cette toile. J’effleurai le voile de protection, tout doucement, ce n’était pas une simple image, il me fallait tenir compte de sa réalité. Malgré cette précaution j’avais l’impression d’ouvrir les volets d’une fenêtre derrière laquelle Grand-Mère se tenait. A peine le voile soulevé, quelque chose tomba en pluie comme une poignée de flocons. Des pétales. Leur effluve envahit l'espace. Ce tableau débordait de plus en plus de son cadre ! Je venais de réaliser le tableau le plus important de ma carrière, un reflet de vie au-delà des mots, il y figurait deux roses qui embaumaient l'air… dont l'une, sans se dévêtir laissait couler en cascade un lit de pétales. Singulièrement, l'extraordinaire me devenait extraordinairement familier.

Je me sentais en connexion avec ce portrait. Même s'il y manquait l’éclair de lumière dans les yeux, même sans cela, Rose vivait devant moi. J'étais à nouveau tenté d’apposer la dernière touche mais… pas maintenant. D’abord, il me fallait expliquer à Rose pourquoi la déménager, pourquoi je ne pouvais pas la laisser dans mon atelier sur mon chevalet. Je craignais cette rencontre de Grand-Mère avec son double sur toile qui contenait tout l’amour que l’on se portait.
Je fis cela sans un mot, pas plus au bord des lèvres qu’au bord de l'esprit. L’émotion passe sans se soucier des contraintes. J’étais en communion avec Rose, en harmonie, je savais qu’elle me comprenait. La toile recouverte, je m’assis à même le sol, contre la cheminée, là où Marie-Ange avait repris son souffle. J’y restai longtemps, à ne pas bouger, ne pas penser, à me remplir de la présence de Rose, à m’enivrer du parfum qui s’échappait des pétales répandus à terre. A ce moment, j’eus la certitude que jamais Rose ne me laisserait, elle ne partirait jamais sur je ne sais quelle mer pour y disparaitre, pas plus qu'elle ne descendrait du train, au pire elle changerait de compartiment, et je saurais la retrouver.

Pour la plupart des hommes, il y a un apprentissage de la solitude. Au premier des départs, on a bruyamment conscience de la brièveté de la vie, au second, on se conforte par l’idée que le premier l’attend peut-être, qu’il saura l’accueillir dans cet ailleurs des yeux. Ensuite, la mort devient une logique inéluctable, et l’on accepte l’absence de tous ceux qui descendent en marche, de plus en plus facilement, on fait son deuil comme on dit.
Les causes offertes par la raison pour justifier de la vérité des choses ne m’intéressent pas. Seul m’importait que Rose soit toujours là pour moi.
Il est rare que toute une famille disparaisse en même temps. Dans mon cas, il avait suffi d’une vague trop forte pour que tous mes appuis s’écroulent et coulent en remplissant mon être d’un vague à l’âme qui, par marées successives inonde encore mon présent. Ma seule bouée, c’est Rose, sans elle je n’aurais même pas essayé de faire la planche, de lutter contre le froid et l’humidité du monde. C’est elle qui a développé mon sens artistique comme un exutoire me permettant d’affronter les réponses alors que je ne parvenais pas à formuler les questions. C’est à ce moment, que le titre de mon tableau est apparu.
Le titre est très important pour moi, c’est une question en "suspens". Il ne s'agit pas de combiner des mots, il s'agit de trouver la seule combinaison qui soit une couleur de plus en harmonie avec la toile. Cet assemblage qui fait que l'image ne pourrait pas exister sans le texte, pour que les deux fusionnent et deviennent inséparable. Voir ou entendre, l'un ou autre isolé, n'apporte pas la dimension de sens que l'on peut approcher en ayant le titre et l'œuvre sous les yeux et dans la tête, en même temps. 

Une ombre se rapprochant de mon atelier coupa court à ma réflexion. La nuit était tombée. Je me réjouis du retour de F.. Ce n’était pas lui.

Marie-Ange entra, elle s’était changée. Elle portait une jupe courte d’où émergeaient deux jambes fines gainées de collants opaques. Elle avait conservé ses bottines à lacets et son blouson. Elle porta directement son regard vers le chevalet.

- Tu ne comptes plus travailler dessus ?

Enfin des mots à ma portée. Marie-Ange ne m’avait pas demandé si je l’avais " fini ".

- Il me reste à donner vie aux yeux, je ne sais pas quand je le ferai.

Elle répéta comme si j’avais répondu une absurdité.

- Donner vie…

Silence.

- Georges, les pétales par terre...
- Oui, ils viennent du tableau.
- Comment ça ils viennent du tableau, la rose perd ses pétales ?
- Je ne crois pas, elle est telle que je l’ai peinte, j’ai découvert cela en arrivant, en soulevant le linge.
- C’est une histoire incroyable Georges, ce tableau, ces pétales… tout !

Incroyable ? Cela veut dire quoi ? … Poubelle.

- Te rends-tu compte du succès que vont avoir tes tableaux ?
- Je ne suis pas sûr de pouvoir renouveler ça.
- Il n’y a pas de raison, tu as trouvé le chemin. Personne n’a réussi avant toi.
- Et si je ne voulais pas que cela se sache ?
- Tu ne voudrais pas ?

Il n’y avait pas de déception dans le ton de mon agent, juste une question.

- Je ne sais pas, c’est trop neuf tout ça.
- Oui… et trop invraisemblable ! Ne tarde pas à faire un autre tableau.
- Dès que je le pourrai…oui…dis, je peux te demander quelque chose ?
- Demande.
- Demain, je déplace ce tableau, je ne veux pas que Rose le voie, tu peux m’accompagner ?
- Bien sûr.
- Merci.

Pour la première fois, depuis que nous nous connaissions mon agent et moi, j’eus à ce moment-là, une très forte envie de prendre Marie-Ange dans mes bras.

- Et le titre, tu l’as trouvé ?
- Oui,  « la Vie en RoseS »
- C’est exactement ça !! incroyable… ! TU es incroyable.

Nous repartîmes en marchant doucement, Marie-Ange me prit le bras. Au pavillon des Friches, il n’y avait aucune lumière. Au bas des marches de la villa, la rose était toujours aussi belle, trois pétales tachaient la neige. Elle paraissait pourtant n’en avoir perdu aucun. Marie-Ange les ramassa, les mis dans un mouchoir en papier qu’elle garda en main.

- Georges, c’est comme pour ton tableau, les pétales repoussent sur la rose aussi vite qu’ils en tombent.
- Tu as raison… je suis content que tu sois là… 
- Viens, entrons.

Rose était dans la cuisine, son sourire nous accueillit à la volée.

- Vous voilà, les enfants, F. a téléphoné.
- Il rentre ce soir ?
- Non, il devait passer à l’hôpital et, finalement, il y sera retenu jusqu'à demain. Il a l’air de te manquer Georges.
- Je voulais le présenter à Marie-Ange.

Celle-ci s’éclipsa pour réapparaître. Elle levait en trophée un agenda épais comme un bottin.

- Georges, je peux téléphoner ? Il faut que je me libère si je veux rester un peu.
- Le bureau est à toi, tu peux t’y installer.
- Merci, j’y vais. Rose si vous avez besoin, n’hésitez pas !
- Merci, Marie-Ange...

Nous étions, Rose et moi, dans la cuisine qui sentait de plus en plus bon. De toute façon on finit par aimer toutes les odeurs pour peu qu’on les partage souvent avec des êtres chers.

- Rose, cela ne te fait pas trop de travail tout ce monde ?
- « Tout ce monde » ? Georges, mon garçon, il n’y a que Marie-Ange et F.
- Ca fait du monde. Tu ne prends plus tes médicaments ?
- Non mon grand, ne me demande pas pourquoi, tu sais que ni toi ni moi n’aimons les raisons et puis ne passons pas notre temps à parler de ma santé.

Triste. Il y a des frontières de l’âme où les mots qui s’aventurent disparaissent, je n’en avais pas d’autres… J’étais triste de voir Grand-Mère se laisser partir, partir n’est pas le bon mot, mais il n’y en a pas de bon, même dans ma poubelle, je pensais à elle en même temps qu’à mon tableau, les images fusionnaient.

- Tu voulais me dire quelque chose Rose ?
- Oui mon grand ! Tout ce monde, comme tu dis, me donne l’envie de fêter mon anniversaire cette année.

Rose avait décidé à ses quarante ans de ne plus fêter son anniversaire. Depuis, elle défendait l’idée que le temps ne fait rien à l’affaire !

- Ca, c’est une très bonne idée.
- Merci et, dis-moi, est-ce que tu m’autorises à te suggérer une idée de cadeau à mon intention.
- Ce que tu voudras.
- Voilà, pour mon anniversaire, je voudrais… que tu m’offres... un poème !
- Mais Rose…

Je ne sais pas utiliser les lettres, mon vocabulaire est très limité, les mots qui reflètent mes sens ne sont pas de ce monde. Le silence est le seul vocable de l’amour à la souffrance. Rose a dit « un poème » ? Mais ils se sont passés le mot avec F. ! des lettres d’un côté un poème de l’autre, je vais devoir quitter mon monde de silence. Les mots sont bruyants, agités.

- Georges, je ne cherche pas à te mettre mal. Dis, douterais-tu de l’amour que je te porte ?
- Non, bien sûr que non.
- Et… tu aimes l’entendre?
- Toujours.
- Alors, pour mon anniversaire, je voudrais que tu me dises combien tu m’aimes.

Si Rose me le demande c’est que je peux le faire mais clairement il me semble impossible de dire « combien » on aime !!! Tout ce que l’on met derrière le réduit. Petit, Rose me l’avait demandé, j’avais écarté les bras, elle m’avait dit « c’est tout ? » alors j’ai tiré sur le bout de mes doigts pour allonger mes bras et je les ai écarté tant que j’ai pu, mais pas assez… pas assez, je pouvais pas ! Rose m’a volé au sol en me prenant dans les siens et on s’est fait un énorme câlin.
Je n’avais pas de mot. Pas l’ombre d’un seul, le mot "poème" peut bénéficier d’une grande inspiration, mais il restait dans ma poitrine sans pouvoir expirer. Le regard que Grand-Mère me porta supprimait toutes les excuses que je pouvais apporter. Quand on aime au-delà du mot, au delà de toute raison et qu’on lit cet amour dans les yeux de l'autre, il est impossible de dire non.

- Je te ferai ce poème Rose.
- Je le savais mon grand mais…Rien que des mots Georges, pas un rébus, on est d’accord.

Nous avons ri ensemble et sommes restés dans le silence de cet écho. Nous avions un mois pour préparer l’anniversaire de la plus belle plante de mon jardin. Mes journées devenaient trop courtes. Je m’étais levé en début d’après-midi, la nuit prenait déjà sa place. J’avais le regret de tout ce temps volé au présent !

Lors du repas, nous avons projeté l’anniversaire de Rose. Il y aurait Alex, artiste sculpteur, un ami, sûrement le meilleur si cela a un sens. Marie-Ange le représentait, Rose le connaissait très bien. Alex avait passé de nombreux moment avec nous, plusieurs vacances et week-end. Églantine serait également des nôtres. Elle était l’institutrice du village et s’était liée d’amitié avec Rose tellement elle se lamentait de ne pas parvenir à me faire prononcer une parole. Grand-Mère désirait que Sarah nous rejoigne, elles étaient restées complices depuis l’hôpital ainsi que Louise, un médecin qui avait pris l’habitude de venir discuter un peu chaque jour avec elles dans leur chambre. Marie-Ange allait mieux. Elle semblait avoir dépassé le choc que mon tableau lui avait causé. Elle s’était toujours très bien entendue avec Rose. C’est au dessert que je me suis aperçu combien il y avait de ressemblances entre ces deux femmes. De toutes deux émanait une douce mais rayonnante capacité à aimer et à accueillir l'amour de l'autre. Marie-Ange était la seule personne en dehors de Grand-Mère à qui je n’avais pas besoin de fabriquer des phrases pour expliquer mes maux. Elle sentait mes états, m’avait appris à me donner sans me vendre, à garder en moi ce qui me permettait de grandir. Avec elle j’étais moi. Cela a l'air aussi idiot que simple à lire. Pourtant c'est rare, on n'est jamais soi face à l'autre sauf dans des cas exceptionnels quand l'autre vous lit sans le moindre jugement, avec en a priori le respect, l'intérêt, l'affection… J’ai préféré laisser ces dames entres elles et m’éloigner le temps de fumer une cigarette.

Dans la cuisine, tout seul je pouvais penser plus fort sans gêner personne, question après question : pourquoi mon agent intervenait-elle dans mon présent ? Je ne me souvenais pas l’avoir appelée, je n’étais pas obligé de lui montrer mon tableau, il n’était pas à vendre. Alors ? Je voulais qu’elle le voie et j’étais heureux qu’elle participe à mon aventure artistique, et…oui, j’aurais dû la prendre dans mes bras tout à l’heure ! J’en avais très envie. Rien que cette idée me fit l'effet d'un champ électrique le long de la colonne vertébrale. Des signaux se mirent à clignoter partout dans ma tête, il ne fallait pas que je me dise ça, « les mots sont dangereux », penser des mots donne un signal de départ. J’ai toujours tenté d’inscrire ma vie dans le « fais et tu sauras », penser les mots inverse cette dynamique. Cela revient à faire ce que l’on sait alors que l’on est bien plus grand que ce que l’on sait de soi. Oui c'est vrai mais bon, en tout cas j'avais envie de la prendre dans mes bras. Mon attitude avec les femmes, jusqu'à présent, avait suivi ma règle de vie, je m’étais rarement trompé en me laissant guider par mes émotions. Mes erreurs m’avaient servi à mieux comprendre mes élans dans leurs intensités parfois passagères. Il y avait un moment que l'émotion nous reliait mon agent et moi, accompagner un artiste c'est entrer dans son monde, forcement cela entraine une certaine intimité. Pourquoi cela m'avait-il semblé si naturel ? Je l'avais appelée je ne savais pas pourquoi et elle était venue sans le savoir non plus. J’avais l’impression que c’était le printemps en novembre, la floraison se préparait, il y avait une vraie force de marée montante dans ce que je commençais à ressentir pour elle. Mais… je n’avais pas envie d’y mettre les mots, pas de mots, surtout pas de mots.

A mon retour, Marie-Ange avait la main posée sur l’épaule de Grand-Mère. Il y avait deux boîtes en bois sur la table, elles étaient en train de regarder des photos. J’avais déjà aperçu ces boîtes, je savais ce qu’elles contenaient, je les avais rarement ouvertes. Je n’aime pas les souvenirs qui restent glacés sur papier. "Le rideau de l’histoire qui cache la mémoire, surtout, il ne faut pas toucher quand il y a du soleil, on peut se perdre seul, se retrouver dans le noir, endormir son présent dans un mauvais sommeil." j'avais lu ça quelque part, c'est très vrai. J’ai préféré occuper le canapé, laissant les femmes feuilleter le passé, J’entendais les commentaires...elles tournaient les pages du temps d’avant.

- Celle-ci, c’est juste après la naissance de Georges, il devait avoir deux jours… Celle-là, c’est l’arrivée à la Villa des Roses en sortant de la maternité… Là, c’est le départ en croisière, j’avais donné l’appareil à un matelot pour qu’il nous prenne tous ensemble, je préférais rester à quai avec le petit, il n’allait pas bien, l’air de la mer sûrement…
Mes pensés m’emportaient ailleurs, loin, je n’entendais plus rien, une douce caresse sur la joue me fit ouvrir les yeux. J’avais dû m’endormir.

- Je vais me coucher Georges.

J’ai embrassé la main qui traînait sur mon cou, elle sentait bon, elle est partit lentement.

Marie-Ange s’assit à côté de moi faisant un signe à Grand-Mère.

- Tu es fatigué Georges ?
- Oui, je ne sais pas ce qui me prend, je dors beaucoup plus qu’à l’habitude. Ma dernière peinture m’a demandé beaucoup d’énergie.
- Rien d’étonnant.

J’avais du mal à parler, pas bien éveillé.

- Rose t’a parlé de sa maladie ?
- Oui. Elle n’a plus aucune douleur. Elle m’a confié que sa métamorphose s’accélérait mais, curieusement, elle n’en ressent plus aucun symptôme. Elle se sent apaisée, rassurée.

Marie-Ange, en disant cela, avait posé sa main sur ma tempe, je fermai les yeux. Elle me prit dans ses bras… Ce soir-là, cette petite femme vêtue de rouge et de noir m’avait enveloppé de sa tendresse. Je m’accrochai à ses ailes pour me laisser porter. Je ne sais pas combien de temps nous sommes restés là, l’un dans les bras de l’autre, moi plus. Nous sommes montés et nous sommes quittés devant sa chambre, elle s’est mise sur la pointe des pieds pour prendre mon visage entre ses mains et y déposer un baiser confidence, une bise tendre et douce au coin des lèvres…

- Dors bien Georges.
- Toi aussi, à demain.

Je suis resté un peu derrière la porte fermée pour profiter du vent de tendresse qui venait de passer. La chambre de Rose était éteinte, le silence de la nuit bien avancée avait fini par s’infiltrer sous les portes pour occuper l’espace de la villa. Je me souviens m’être immédiatement endormi à peine couché. J'ai rêvé. Un voyage confus et brumeux au travers de scènes successives, j’étais avec F., j'ai vu défiler des lettres, j'ai entendu la vie en rose, toutes les paroles, je ne les connaissais pas. Je me suis baigné à une cascade de pétales…écroulés de fatigue sur un nuage. Et tout cela tournait avec ce marin à bord. Qui est-il ? Que veut-il ? Il n'a pas de mémoire, quel est son chemin ? Comment a-t-il fait pour donner cette vie à ma peinture ? Pourquoi ? Des lettres, il veut que je lui donne des lettres et il est là planté devant moi, la tête vers les pieds surement pour les suivre des fois qu'ils décident de partir. Hôpital, il est à l'hôpital. Sur le parking, au bord du bâtiment principal. Il veut les lettres… Nuit noire…



Dernière édition par nessim le 26.09.16 20:17, édité 1 fois
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F. (fiction) episode 3 :: Commentaires

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Re: F. (fiction) episode 3
Message le 30.07.16 1:07 par EPONINE52
Very Happy Very Happy Je me suis absentée trois jours et aussitôt en rentrant j'ai regardé si tu avais posté le troisième chapitre alors je m'y suis mise aussitôt avec délectation, je l'ai lu en deux fois car il est vraiment mais vraiment..... j'suis comme Georges, les mots sont absents pour décrire ce qu'il est; il est émaillé de superbes perles comme "je n'ai déjà pas beaucoup de vocabulaire, si je me fais dépouiller, je finirai muet" ou encore " l'extraordinaire me devenait extraordinairement familier", j'adore vraiment l'ambiance qui émane de ce presque huis-clos, j'ai parfois la sensation de faire du voyeurisme en pénétrant dans l'univers feutré de Rose et de Georges, comme si j'avais peur de déranger leur quiétude. J'aime beaucoup le ressenti de Marie-Ange, au final, il n'y a qu'elle, qui est étrangère à la maison qui trouve anormal ce qui se passe. Et puis j'adoooore aussi quand Rose lui demande de lui écrire un poème, c'est si pertinent ce que Georges en dit, rien que d'écrire l'amour, c'est déjà presque l'affaiblir en le décrivant au final, c'est pour ça aussi que j'invente des mots. En te lisant j'ai pensé aussi à Oscar Wilde et au "portrait de Dorian Gray" sauf que là c'est le contraire qui arrive, Georges a mis tout l'amour dans ce portrait de Rose et non la noirceur de l'homme ! C'est toujours aussi subtilement écrit et je suis comblée d'aller dans les bras de Morphée après une si belle lecture, qui sait si des pétales ne vont pas venir virevolter dans ma nuit ! En tous cas foi d'Epo CASQUETTE A RAS MAIS A RAS DE TERRE ! Bravooo pour ton écriture fluide, sensible, intelligente, intrigante, et j'en passe, j'suis vraiment enthousiasmée de lire de si grands talents ! si, si c'est vrai, tu es vraiment talentueux !! mercii pour ce partage fabuleux ! bisous et douce nuit loin de ce monde de pluie ! à bientôt !  jocolor king geek
Re: F. (fiction) episode 3
Message le 11.08.16 22:33 par nessim
tu me fais vraiment très plaisir Chritine. Je suis désolé je te répond tardivement j'ai un train de vie un peu compliqué. à te lire je me suis dit qu'il fallait que j'enchaîne alors je vais publier le 4 derrière:-)
le portrait de Dorian Gray j'y avais pensé c'est une histoire qui m'avait marqué mais c'est vrai que c'est le contraire, La vie en Roses est comme un miroir qui aurait gardé le reflet de celle qui s'y est regardé.
merci Christine ton échos est un cadeau bise
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Re: F. (fiction) episode 3
Message le 26.09.16 9:20 par Sortilège
Je laisse un trace ici, et je continue
Re: F. (fiction) episode 3
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F. (fiction) episode 3

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