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 F.(fiction) épisode 10

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nessim



Date d'inscription : 21/01/2016

27022017
MessageF.(fiction) épisode 10




26 décembre : J-3 :  72 heures.
 
C’est quoi ce boucan ?
 
Claquements de portières, bruits de pas, sons de voix, je ne comprends pas. Ange soulève une paupière!
Murmure à son oreille.
- Je descends voir, ne bouge pas.
- Georges … attends-moi.
Ho mon oiseau a du mal à déplier ses ailes, ce n’est pas une chose à faire lever un homme amoureux ça, trop abandonnée. … On décolle plutôt vite par contre, saut de nid énergique ! Tant mieux parce que ça bouge en bas. On va y aller ? Oui c’est bon la deuxième basket est sur le pied de départ.
- Georges attend.
- Oui ?
- Bonjour mon mari.
-  Mmmm bonjour ma femme.
Nous nous sommes jetés dans les bras l'un de l'autre tendrement.
 
En bas, tout le monde était au salon. Trois militaires, Rose, Alex, une catastrophe Alex ! Pas coiffé, pas rasé, je ne sais pas si je peux dire habillé, se grattant la tête en regardant ses pieds nus.
- Bonjour Messieurs.
- Monsieur Georges H ?
- Oui Capitaine … mon épouse.
- Madame H ?
- Non pas H, N.
- Comment N ?
- H, c’est pour bientôt Capitaine. Il nous reste à passer devant Monsieur le Maire.
- Vous avez juste publié les bans ?
- Pas encore, asseyez-vous.
 
Que ce petit monde ne commence pas à me compliquer le réveil, le lendemain de mes noces, je peux quand même dire bonjour à toute la famille.
 
- Un café messieurs ?
- Volontiers, madame, merci.
- Et les autres, Capitaine, ils sont punis de café ?
Alex vieux, même si ça fait rire Rose, tais-toi et dors.
- J’en veux bien Marie-Ange, s’il te plait.
Raté, il va être en pleine forme l’animal.
- Bon, tout le monde prend du café ! Cela ne vous ennuie pas si on déjeune en même temps n’est-ce pas ? Vous voulez me donner un coup de main pour tout préparer Rose ?
- Bien sûr! Je suis la seule à savoir griller les tartines dans cette maison.
 
 Ç​​a nous arrange… Rose est occupée, et on déjeune ! Nous avions quasiment refusé de parler avant de pouvoir manger. Nous sommes partis sur des banalités et en sommes revenus, au fur et à mesure de l'ingestion du lait, des tartines et du reste. Les moqueries de mon ami étaient contagieuses. Je finissais par me prendre d’autant plus au jeu que je n’avais pas un souvenir mémorable de mon service militaire.
 
- Si vous le permettez nous allons prendre des notes. Bien, donc, vous vous êtes occupés à l’hôpital de V, à faire pratiquer la sculpture et la peinture à des enfants aveugles … La peinture, c’est bien ça ?
- Vouai mon Capitaine (Alex en avait plein la bouche) pour la peinture c’est son idée. Je l’avais prévenu, ça risquerait de faire tache.
- Tâches ?
Je pris le relais,
- Oui Capitaine, des taches de toutes les couleurs, je peux vous montrer mes vêtements, trois pantalons foutus, pulls et même les chaussures.
- Les enfants n’arrivaient pas à viser la toile ?
- Non, mon capitaine, il peut vous montrer son atelier, il est plein de toiles vierges.
Le militaire posa tout sur la table, stylo et calepin, bras croisés, sourire aux lèvres, ses yeux faisaient des allers-retours d’Alex à moi.
- Vous êtes sérieux ? Vous allez quatre fois à l’hôpital, vous faites le chemin par tous les temps et tout ça pour faire peindre des aveugles ?
- Capitaine, franchement, je ne vois pas où est le problème. Je suis agent et représente une dizaine d’artistes de toute discipline. Il y a des peintres à la bouche, d’autres au pied…
- À votre dernière visite messieurs, comment étaient-ils ?
- Ils ne bougeaient pas. Pas du tout. Autant avant, ils avaient eu quelques gestes, ce soir-là aucun. Mon ami leur a parlé de ses sculptures, cela n’a pas eu d’effet.
- Vous ne les avez pas touchés ?
- Ha non capitaine jamais. Vous ne trouvez pas ça bizarre vous, des gamins transparents ? Ils étaient complètement amorphes. Alors comme nous étions soir de réveillon nous  préférions rentrer. Dites donc à propos d’entrée, vous n’auriez pas dû téléphoner avant de venir ?
Alex tu pousses.
- Nous vous avons appelé sans succès hier.
- Ha ben oui, mais hier, c’était réveillon, justement.
- Et alors ?
- À​​​ réveillon, on ne décroche pas dans cette maison.
- Ha bon !
- Oui ! À votre avis mon capitaine, ils sont passés où les gosses ?
-  C'est ce que nous cherchons à savoir.
- Eh ben vous voilà avec un hôpital hanté sur les bras. Vous voulez goûter à la confiture de pétales de rose ?
- Merci, non. Je ne vais pas vous déranger plus ; avant de partir on va jeter un petit coup d’œil si vous le permettez.
- Je vous en prie.
- N’oubliez pas que ces évènements sont classés secret défense. Vous n’avez l’autorisation ni d’en parler ni de mentionner ces faits à personne. Vous n’auriez d’ailleurs jamais dû en avoir connaissance.
 
À​​ peine dehors, ils firent le tour de la girafe en la regardant de haut en bas. Un quatrième soldat les rejoignit. Il devait être resté près du véhicule. Je ne sais pas pourquoi les militaires font toujours garder leur jeep. Ils se dirigèrent vers mon atelier,  regardèrent à travers les carreaux, sans y entrer. Ils se rendirent ensuite vers la grange, elle était grande ouverte.
 
- J’y vais, je n’aime pas trop l’idée qu’une patrouille armée mette les pieds dans ma glaise.
- Attends-moi Alex.
Nous allâmes directement à la grange, il neigeait beaucoup et ce, visiblement depuis la nuit dernière. Celle-ci avait dû commencer à tomber dès notre retour. Dans la grange, il y avait deux militaires à l’étage et deux autres en bas. Ils regardaient partout. L’un d’eux s’arrêta devant l’établi où mon ami avait posé son zoo en file indienne. Le lémurien courait après le chat qui regardait la baleine. Alex lui, regardait le soldat.
- Quelque chose vous intrigue soldat ?
- Je me demandais ce qu’était cette drôle de bête, là.
Le Lémurien était visé par le canon.
Avant qu’Alex n’ait pu répondre, le capitaine avait rappelé ses hommes. Du pas de la porte nous les suivions du regard.
- Il ne sait pas reconnaître un Lémurien ! Dis, s’ils entrent dans la forêt, on est mal.
- Attendons de voir. Tu ne voulais pas me parler toi ?
 Mon ami eut l’air gêné. Cela ne lui arrivait pas souvent !
- C’est à propos de tout ce qui se passe. Georges, je crains qu’avec tout ça tu te perdes, tu parles de ne plus peindre, tu vas changer de vie, n’oublie pas qui tu es mon ami. C'est important de s'en rappeler. Tu te souviens de nos discussions sur le grandir sans vieillir.
- Tu t’inquiètes pour moi...
- Oui.
- Merci, vieux, la question de qui je suis se pose à moi de plus en plus. Cela doit vouloir dire que je suis bien vivant.
- Tu l’es et nous le savons mieux depuis les derniers événements, on continue de grandir.
 
 Alex avait raison. Nous, nous ne vieillissons pas, nous grandissons. Nous ne laissons pas se rider nos certitudes, nous en avons peu, très peu dans notre stock de savoir, nous nous remplissons à chaque instant, de doutes, d'espoirs, de rêves desquels nous faisons des instantanés, à plat ou en relief.
Les militaires longeaient la lisière de la forêt. Ils essayaient sûrement de trouver un passage ou des traces à l’intérieur, visiblement elles avaient été effacées. Ils retournèrent vers leur jeep. Toujours en file indienne, le capitaine devant. Ils firent un signe de tête à une fenêtre de la villa. Il devait y avoir mes femmes derrière.
 
- Voilà, c’est tout bon. Ils s’en vont.
- Nous verrons bien, avec les militaires, on ne sait jamais, mais qu’est-ce qu’ils leur veulent à ces enfants ?
- Va savoir ! Une arme ? Des supers agents ou un truc comme ça. T’as pas envie d’aller rejoindre ta tendre et douce toi ?
- Tu me chasses ?
- Fais comme tu le sens, moi à ta place, le lendemain de mes noces, je ne serais déjà plus là.
- Tu sais faut vraiment que je te …
Avant-même de terminer ma phrase, je me retrouvai dehors.
- Laisse les célibataires savourer leur privilège de silence. On se revoit t’à l’heure.
Ange était dans la cuisine, Rose y entra en même temps que moi.
- Ils sont partis et ne se sont doutés de rien n’est-ce pas ?
- Oui Rose, mais je me méfie, ils sont capables de revenir plus nombreux pour investir le bois. Je me demande si F. et les enfants ne devraient pas continuer leur chemin tout de suite.
- Ne t’inquiète pas pour lui, il sait ce qu’il fait, viens là plutôt.
Grand-mère me prit la main et me conduisit près d'Ange, elle lui saisit également la main et la mis à côté de la mienne. Elle regardait nos alliances, son regard remonta vers nous. Elle nous prit dans ses bras.
 
Rose avait franchi une étape. Elle n’était déjà presque plus là, les réactions qu’elle avait eues tout à l’heure face aux soldats n’étaient pas de son habitude. Elle s’était presque amusée de la situation. Elle planait entre deux mondes passant beaucoup de temps sur cette frontière qui n'appartient à aucun des deux. Ange l’attirait souvent vers notre présent faute de pouvoir le faire pour notre futur. Je m’aperçus ne m’être jamais inquiété du manque que Rose devait ressentir, je m’étais épanoui sans mes parents, elle avait pris leur place. Mais personne n’avait pris celle de la fille ou du mari! Il était probable que mon ange lui rappelait maman. Quel bonheur de penser ce mot. Maman comme tu es belle. Que veut dire mourir quand l’amour est toujours là ? Le cœur ne cesse de parler que dans l’oubli, quand l’amour est présent il n’y a pas d’oubli. Nous avions passé les jours suivants en présence de Rose, sans insistance, presque naturellement. Grand-mère glissait petit à petit dans un état d'absence que son détachement des petites choses signalait. Comme on se trouve quand on commence à entendre le sifflement des freins. On se sent bête debout la valise en main. On sait que l'on va déranger en sortant. Le petit désordre que l'on laisse n'a plus la moindre importance finalement. On est secoué par le changement de vitesse, on pose une main sur une cloison pour se retenir de tomber. Grand-mère me prenait la main et la serrait doucement dès que nous étions proches. Mon ami et mon ange nous accompagnaient avec amour, de présences en retraits. Des images me hantaient, une chaise vide à table, un canapé inoccupé, une chambre dans l'obscurité. Un phare qui s'éteint… Un bateau qui disparait de la tempête.
 
Dernier jour,
Je n’avais pas dormi de la nuit,
 
Le soleil qui se levait, découpait l’atmosphère de la chambre. Assis, dans mon lit, j’avais l’impression d’assister au dernier lever sur le monde. « Demain sera un autre jour », c’est Rose qui dit toujours  ça. L’autre jour c’est maintenant ! Demain il fera nuit. Demain le monde ne sera plus le monde. Les aiguilles de toutes les horloges tournent à la même vitesse. Il n’y a rien à faire pour les arrêter. Quand bien même, si je brise tous ces appareils, le temps continuera à me toiser de haut, à avancer tout droit, inexorablement. Personne ne peut arrêter le train de la vie. F. me l’avait dit, c’est le temps qui nous traverse. Ce qu’il n’a pas dit c’est que le temps de ceux qu'on aime laisse des traces moins visibles mais profondes. Ces deux derniers jours, Rose s’était affaiblie. La Villa avait rarement subi une telle animation, je savais que Grand-mère n’avait jamais espéré tant sentir battre le cœur de la vie avant que le sien ne s’arrête. Mon cœur à moi battait d’impuissance.
 
Depuis mon mariage, mes parents reprenaient leur place à l'étalage du sentiment, je me sentais rempli d'un amour parental oublié, étouffé. Pour autant je n’enlevais rien à Rose de l'amour que je lui portais. Comment peut-on aimer plusieurs personnes sans rien ôter de l'amour que l'on porte à chacune d'elle? Sur la cheminée, la rose rouge donnée à Ange le soir de notre mariage ne perdait plus aucun pétale. Elle n’en dépérissait pas pour autant. Ce soir ou demain, je ne sais pas, Rose ne serait plus là. J’appréhendais chaque minute à venir, j’avais du mal à réfléchir, je subissais une forte pression à l’intérieur de ma tête. Comment cette journée allait-elle se passer?
Dans un battement d’ailes silencieux,  mon oiseau se posa sur moi.
- Bonjour mon mari !
- Bonjour mon ange.
- Tu n’as pas dormi n’est-ce pas ?
- Non.
- Viens, descendons.
 
La cuisine était froide et silencieuse, à peine éclairée par le jour naissant. Il y régnait l’ambiance des départs, celle des matins inhabituels où notre horloge interne a du mal à comprendre que l’on a changé l’heure du réveil pour prendre le premier train. Nous sommes allés au salon boire un café. Le canapé était occupé, Alex s’y trouvait, assoupi, il avait dû se lever avant nous. Il ouvrit les yeux tout de suite.
- Salut, j’avais un peu de mal à dormir, trop de café hier soir, il en reste Marie-Ange ?
- Ne bouge pas.
- Ça ne va pas vieux, hein ?
- Non.
Nous sommes restés en silence, le bruit du café en préparation nous parvenait de la cuisine. Alex parlait tout bas.
- Y’a une coutume qui dit que, si on a trop de peine, trop de larmes pour le départ d’un être, on l’empêche de partir. Il faut qu’il se libère pour être en sérénité.
- Tu y crois ?
- Ç​a veut dire quoi croire Georges ?
- Je ne sais pas vieux. Ma raison perd le sens des mots.
 
Nous restâmes en silence un long moment à boire du café.  Je partis fumer dans la cuisine, mes yeux faisaient le tour des ustensiles que grand-mère utilisait. Les objets nous racontent des moments, des gestes, des lumières, ils mettent en scène le théâtre de nos souvenirs. J’avais l’impression de voir des traces luminescentes sur tout ce que Rose avait touché. Cette maison entière était à son image. Un bruit à l’étage... Grand-mère …
Marie-Ange était déjà dans l’escalier.
 
- Je monte, je pense que ce serait mieux pour Rose, à son réveil.
- Oui vas-y…
Dès qu'elle redescendit, Alex et moi allâmes à sa rencontre.
- Ça va, Rose voudrait se préparer, je vais l’aider, je lui monte un café. Elle m’a dit être étonnée de ne pas sentir le pain brûlé quand je lui ai dit que vous étiez debout.
Ange prépara un plateau et remonta vite. Alex et moi attendions au salon, chacun dans notre absence. Même le feu était ailleurs, il ne réchauffait rien.
- Georges… Dieu ?
C'était une question venue de nulle part, Alex regardait dans le vide, il était comme fatigué dans toutes ses envies.
- Je ne sais pas…
J’avais le souffle court. Je repris, le temps d’un soupir plus tard.
- Dieu, la foi, c’est comme l’amour, ça ne veut rien dire. Ce qui veut dire quelque chose ce sont les preuves. Pour Dieu ou pour l’homme, sans preuve, ça reste du concept, de la peinture abstraite. L’amour, j’en ai eu des preuves.
- Tous ici nous en avons eues.
Nous sommes restés silencieux plongés dans notre fosse mentale. F. entra au moment où Ange revenait poser le  plateau de Rose. Il nous salua en groupe et resta debout près de la porte.
- Georges, aujourd’hui nous partons, tout est en ordre. Nous allons continuer notre chemin.
- Quand ?
- Limite de jour avant la nuit Georges.
Je ne pouvais quitter F. du regard, il me laissa planter mes yeux dans les siens. Il n'était plus le même, il était rempli, entier, complet. J'avais ressenti le manque qu'il portait auparavant. Là, il se tenait tête droite. Il ressortit doucement à reculons, sans bruit en ancrant son regard dans le mien,  je reçus le temps de ces quelques pas une vague d'images assourdissantes. Trop en trop peu de temps, aussitôt apparues que disparues. Le flot se rompit quand F. se retourna. Je n'avais toujours pas bougé, Alex regardait la porte fermée, Ange remontait. À cause du vide, il y avait de moins en moins de place dans ma tête. Nulle part où poser les mots pour comprendre ce qui venait de se passer. J’avais envie de voir Rose. Je savais que cela ne supprimerait pas le manque, mais j’avais besoin d’être près d’elle.
- Georges, tu devrais te faire une  toilette, tu as triste mine.
- J’y vais, je me dépêche.
- Oui vieux.
 
Je montai rapidement, me préparai, évitant les couleurs sombres. Je pris la rose sur la cheminée et redescendis dans la cuisine en même temps qu’Alex qui revenait du salon. Il avait été encore plus rapide que moi. Il était lui-même. Non ! Pas de coiffure bizarre, pas d’étiquette sur le pull, pas de trou au pantalon. C’était le Alex d’en dessous tout ça qui était là, celui qui avait de la peine au point qu'il avait effacé toutes les traces de ses mondes. J’ai posé la rose sur la table entre mon ami et moi. Elle paraissait fraîche et embaumait l’air.
Nous en étions là, dans la cuisine, assis silencieux. Ange réapparut, Rose préférait rester dans sa chambre. Je montai avec mon ange jusqu'à la porte. Elle me prit la tête dans ses mains, me dit doucement en me regardant dans les yeux : Rose se sent bien, c’est le plus important, il faut l'accompagner.
 
- Entre Georges !
 
Rose était assise à son secrétaire, le regard à la fenêtre. Elle était très belle, coiffée et maquillée avec légèreté, elle portait sa robe blanche à volants de dentelle. Pas de foulard rouge aujourd'hui.
- Bonjour Rose.
Je lui fis une bise sur la joue, elle ne bougea pas. Je me sentais mal, en décalage avec l'actualité, mon être intérieur refusait la fatalité du temps qui s'écoulait. Il n’y a rien à faire pour ralentir son cours. Je ne voulais pas perdre ces derniers instants dans la recherche d’une impossible rupture du métronome. L’impuissance dans ces moments nous rappelle notre dimension face aux forces de l’univers. Nous sommes petits. Là, le petit Georges voit partir sa Grand-mère pour la dernière fois. Celle qui fait corps avec toute sa vie, son pilier, son arbre indéracinable. Le petit Georges voit la tempête à laquelle il n’a jamais voulu penser. La tornade qui va mettre Rose dans son centre, la faire tourner, monter et la porter jusqu'au ciel. 
 
Je pris une chaise pour m’asseoir contre le mur, face à Rose. La lumière la caressait, elle était très belle. Je pouvais l’observer sans pudeur, elle regardait toujours dehors. Il y a de la peine, au dessus de la peine, qui fait barrage à tout, qui retient les larmes. Elles ne peuvent pas couler. Rien de ce qui remplissait ma douleur ne pouvait sortir. Grand-mère était à moins d’un mètre de moi, bientôt nous ne pourrions plus avoir cette courte distance entre nous.
- Sais-tu combien d’épaisseur a une vitre Georges ?
- Non Rose, je n’en ai aucune idée.
- Pas plus d’un centimètre?
- Guère plus, je pense.
- C’est peu un centimètre ! Tu ne trouves pas curieux qu’un simple centimètre fasse la différence entre le dehors et le dedans ? Dehors il fait frais, ici il fait bon, de ce côté c’est ici, un centimètre plus loin c’est ailleurs. Le temps est comme l’espace. Un instant nous sommes là, un bref instant plus tard nous ne sommes plus là, nous sommes plus loin, pas très loin mais ailleurs… Non, Georges, s’il te plait ne pleure pas… faut pas pleurer. Je suis gâtée… Allez, écoute mon garçon, il faut que je te dise… J’ai pris un certain nombre de dispositions…
 
Le barrage, mon barrage ne tenait pas. Il fallait que je colmate les brèches. Respirer lentement, bloquer l’émotion débordante. Grand-Mère parlait sans me regarder, elle ne quittait pas le parc des yeux.
- Quelle heure est-il Georges ?
- Il est 11 h Rose.
- Quel temps fait-il ?
- Rose…
- Tu sais Georges, depuis cette nuit, je ne vois plus le temps passer.
Elle tourna sa tête vers moi, le bleu de ses yeux était devenu presque transparent.
Lentement les larmes coulèrent en silence sur mes joues. Dans l’iris de Rose, il n’y avait plus cette lumière qui donne vie. Je suis resté en lui tenant la main, cherchant dans ce visage tant aimé le moyen d'entrer pour lui dire combien je l'aimais. Aucun mot de toutes les langues du monde ne contient ça. Je n’ai pu que lui dire doucement :
- Il fait beau Rose, la nature a décidé de se faire belle pour toi…Ce matin le ciel est bleu, il n’y a pas un nuage…le parc scintille, il doit faire bon dehors …
J’ouvris la fenêtre, un air frais et sec me sauta au visage en s’engouffrant dans la pièce.
- Cela fait du bien Georges, j’ai l’impression d’être sur les marches du train.
- Oui Rose, je te vois…
- Nous avons partagé de très beaux paysages, n’est-ce pas mon Georges ?
- …Magnifiques…les plus beaux.
- Pas trop de tunnels, mais de toute façon, il n’y a pas de voie sans tunnel et on finit toujours par en sortir.
- Rose je vais te laisser à quai…
- Oui mon Georges, nous nous sommes préparés à ça.
- Rose, je n’ai pas les mots.
- … nous savons toi et moi mon grand que ce ne sont pas les mots qui racontent tout ce que l'on s'aime
.…
 
- Dis moi, F. va venir ?
- Tout à l’heure.
- Pourrais-tu avoir la gentillesse de fermer la fenêtre et de me conduire au lit ?
Grand-mère s’allongea. Je m’assis à son chevet et lui pris la main, elle ferma les yeux.
- Tu souffres Rose ?
- Pas du tout Georges… Rassure-toi, il faut que tu me pardonnes, je suis désolée mon grand… Je suis heureuse de partir. Tout le monde devrait avoir droit de mourir comme ça, en prenant rendez-vous chez lui, avec lui-même et tous ceux qui l’aiment…
 
J’étais décidé à respecter le rendez-vous que Grand-mère avait fixé, je n’ai pas pu, en entendant ça,… j’ai craqué. Encore cette culpabilité et ce manque déjà là. Je pris Rose dans mes bras, je pleurais sur son épaule, elle, me caressait les cheveux doucement. J’avais envie de lui dire que je l’aimais, qu’elle allait cruellement me manquer, que je ne savais pas comment demain serait sans elle, qu’à chaque fois que je reviendrai à la Villa des Roses, je m’attendrai à ce qu’elle m’accueille sur le pas de la porte. Je ne dis rien. Rose murmura à mon oreille.
- Georges, mon petit, le portrait que tu as fait de moi est magnifique.
Le portrait …
- C’est ton plus beau tableau. Je serai toujours là pour toi, il n’y aura que l’épaisseur d’une toile entre nous, bien moins d’un centimètre je serai simplement de l’autre côté.
- Oui Rose, beaucoup moins d'un centimètre.
Je n'ai plus bougé, Rose ne dit plus mot, nous étions en silence confidence. Je peux attester que l'on peut se passer des mots pour échanger en silence, beaucoup plus, beaucoup plus fort.
Longtemps après, je ne sais pas combien, Grand-mère me tapota l'épaule avec tendresse.
- Alex est là ?
- À la cuisine.
- Tu peux lui demander de monter ?
- Bien sur, j’y vais.
J’ai embrassé Rose sur le front, elle était fraîche. Je descendis appeler Alex. Il était content, il avait les yeux rouges, je sortis m’asseoir sur les marches de l’escalier pour fumer cigarette sur cigarette.
Je n’étais plus chez moi. J’étais étranger. Étranger en terre étrangère. Je n’avais plus aucun repère. Des formes aux couleurs, le parc que je connaissais par cœur ne ressemblait plus à ce que ma mémoire avait enregistré. Même le ciel bleu et le soleil rebondissant sur toute la glace ne m’étaient pas familiers. Je ressentais ce sentiment étrange de n’être ni nulle part ni ailleurs. J’avais maintenant conscience du temps qui s’écoulait, j’étais embarqué, comme tous, dans ce train qui s’arrêtait. Rose quittait mon compartiment, elle ouvrait la porte du wagon et se préparait à descendre. Moi j’étais assis, plus aucun paysage ne défilait devant mes yeux, plus de bruit de tout ce qui fait la vie. Je ne pouvais rien faire pour empêcher ça. Le signal d'alarme était intérieur aux passagers dans ce train. Je n’étais rien dans cet univers,  invisible à l’échelle des destinés. Rose acceptait. Je ne pouvais que l’accompagner. Le mot est mal choisi. F. allait se joindre à Rose jusque sur le quai. Moi je continuais seul.
 
Ange  vint me rejoindre, elle s’assit à côté de moi sur la marche, me prit la main, nous sommes restés un long moment sans mot dire ni bouger. La cloche à l’entrée du portail nous fit sursauter. C’était Sarah, la compagne de chambre de Rose, elle avait l'air d'être très en forme, je l’accueillis avec la civilité dont j’étais capable. Elles avaient convenu de ce rendez-vous, je n’étais pas au courant. Elle me demanda à voir Rose dans sa chambre. Ange l’y accompagna, je partis rejoindre Alex au salon.
 
Assis la tête dans les mains, il m’entendit à peine arriver. Il se reprit lorsque je lui touchai l’épaule en passant.
- C’est aussi un parent à moi qui quitte ton compartiment Georges.
- Je sais, Alex nous partageons le même voyage.
Le train était toujours à l’arrêt, nous restions silencieux.
Sarah redescendit longtemps après.
- Georges, Rose m’a confié un certain nombre de tâches.
- Faites comme elle le désire.
- Merci mon garçon, vous devriez rejoindre votre grand-mère, maintenant.
Ange me suivit. Je pris la rose sur la table de la cuisine.
 
Sur le seuil de la chambre, Marie-Ange me demanda si elle pouvait voir Rose toute seule, "pas longtemps". Je restai derrière la porte, la rose à la main, en suspension au-dessus de ma vie et de son actualité. Ange ressortit très peu de temps après en se contenant de montrer sa peine, sans y parvenir vraiment. Je suis entré, Grand-mère était toujours étendue sur le lit. Elle semblait paisible, je vins m’asseoir près d’elle , lui caressai la joue, elle me sourit.
- Tu m’apportes des roses, Georges?
- Une seule.
Je lui tendis la petite fleur qu’elle prit de sa main droite. La rose se posa tout en douceur au creux de son cou à gauche. Le cercle était bouclé. Rose m'offrait le spectacle de La vie en RoseS. Elle allait rejoindre mon tableau pour m'y attendre.
 
Le jour commençait déjà à fléchir, je tenais la main de Grand-mère dans la mienne. Nous sommes restés sans parler. Nous n’en avions pas besoin. J’eus l’impression que Rose s’endormait. J’évitais le moindre mouvement, je mis ma respiration au diapason de la sienne, redoutant le moment où je ne pourrais plus suivre le rythme qui ralentissait. Le jour commençait à disparaître, je ne sais pas combien de temps s’écoula depuis que j’étais entré dans la chambre. On frappa discrètement à la porte. C’était F. , il entra,  me demanda de sortir. Grand-mère m’y engagea.
- Viens me dire au revoir, mon Georges.
Je pris Rose dans mes bras… Elle me serra contre elle, simplement, doucement, comme si nous nous disions à tout à l’heure avec une infinie tendresse. La porte du wagon était grande ouverte, Rose était sur la dernière marche. F. posa sa main sur mon épaule, je me levai et sortis à reculons, Grand-mère était à quelques mètres, elle avait la main levée vers moi, ses petits doigts battant l’air, comme si elle me saluait du quai. C’est la dernière image que j’ai gardée d’elle, une petite main blanche au bracelet rose sombre, tendue vers le ciel. F.  ressortit avec moi. Il avait deux petites lumières bleues dans ses yeux. Il me demanda de rester en bas avec quelqu’un d’autre, avant de pénétrer à nouveau dans la chambre.
 
Le jour s’évaporait petit à petit. Le temps était en train de définir la limite entre le jour et la nuit. C'est un instant fugace, rapide, il est difficile de le saisir. J’avais le regard fixé à la fenêtre, figé. Ange était toujours à mes côtés, le dernier rayon de lumière n’allait pas tarder à se fondre dans l’obscurité.
 
…Il y eut bascule. Le rideau de la nuit  tomba, inexorablement, noir, dense, nous n’avions pas bougé, nous venions de passer la limite du jour. Je sentis un souffle chaud sur mon visage, il n’y avait personne face à moi. Je regardai la cuisine, des murs au plafond, je sentais Rose avec nous. Je pensais à tout l’amour que je lui portais. 
« Voilà, Rose, le train est reparti en te laissant sur le quai, la lumière te guidera… Derrière il y a tous ceux que tu aimes, dis leur que je ne les oublie pas… Je suis heureux pour toi… Tout va bien…Va. »
A cet instant, je sus que Rose n’était plus là. Je montai. F. se tenait devant la porte, les épaules basses, il avait l’air très fatigué. Il me dit dans un souffle: « Quand la vie quitte le corps, l'amour vit toujours»,   je ne répondis pas, il avait une aura bleutée qui flottait autour de ses mains qu’il mit dans ses poches et redescendit lentement. Ange le croisa dans l’escalier. Sans dire un mot nous entrâmes dans la chambre. Rose n’était plus là. Il n'y avait que son corps. Rose, elle, était sur le quai avec sa petite valise, le train venait de repartir sans elle. Mes sentiments étaient en conflit, entre douleur et apaisement, entre destruction et harmonie. La rose entre les mains du corps de Rose avait perdu tous ses pétales, ils formaient une tâche de sang sur la dentelle blanche. Je ne suis pas resté, je redescendis. Sans me dire un mot, Louise, Sarah et Alex montèrent. Mon ami me rejoignit assez vite au salon. Il servit un alcool.
- À rose…Et à nous.
Nous restâmes assis, dans le canapé, jusqu’au moment où une voiture arriva, deux hommes  entrèrent dans la cuisine, ils tenaient un brancard. Alors que je me dirigeais vers eux, Sarah me rattrapa. Rose avait tout prévu, Louise allait faire le certificat de décès, les brancardiers emmèneraient le corps à l’hôpital, Grand-mère voulait être incinérée, ce serait fait le 31 dans la matinée. Elle aurait préféré que nous n’assistions pas à cela, Sarah avait un mot pour moi, elle me le donnerait.
 
La mécanique de la mort était en route avec tous ses bruits inhabituels, ses allées et venues d'étrangers, ses odeurs inconnues. Je n’avais rien à dire, Ange s’entretenait avec tout le monde. Ils  repartirent avec la dépouille de Rose. La maison était silencieuse, mon esprit tapi dans un coin de ma tête, j’étais vide. Je sortis marcher seul dans le parc, j’en fis je ne sais combien de fois le tour, seule la Girafe aurait pu le dire. J’avais l’impression que Rose était dans la forêt. La dernière image d’elle était celle de grand-mère , allongée sur un lit , comme couchée sur une toile entre ciel et terre dans ma cabane. Je n’arrivais plus à ordonner mes pensées, elles suivaient mes pas qui tournaient en rond.
A la villa, Ange me proposa un comprimé pour dormir. Je le pris avant de me coucher, je voulais être seul, mais avec moi, je n’y arrivais pas. La médecine a du bon, le cachet raya mon vis-à-vis, il effaça mon image dans le miroir, le noir de la nuit se fondit au noir de l’esprit. Je perdis conscience.
 
Le lendemain la brume  recouvrait le monde. Pas vraiment dehors, dedans surtout. J’étais là sans y être. Nous commençâmes la journée en silence. Aucune phrase n’était adaptée. Mauvais sujet, mauvais verbe… Nous nous croisions sans nous regarder. Au bout d’un moment nous avions fini par échanger, tenté de mettre de l'ordre dans notre grammaire.
Nous étions alors dans le bureau, Ange et moi.
- Les enfants sont partis ?
- Oui, mon ange ne me demande pas où.
- Tu as une idée de qui est vraiment F. ?
- Non, j'ai des images. F. marin d'un bateau qui coule, F. orphelin petit dans un dortoir, F. qui s'accroche à une bouée tout le temps, F. qui ne sait pas lui-même d’où il vient. Comme il l’a dit à plusieurs reprises, il n’a ni histoire ni mémoire. Dans peu de temps il nous aura oublié. Je pense que c’est un passeur. Il devait récupérer les enfants et les emmener quelque part.
Ange les alliances, ce n’est pas moi qui les ai choisies.
 - Rose ?
 - Non ce sont les enfants qui nous les ont offertes, il ne faut pas t’en séparer.
 - Pourquoi voudrais-tu que je m’en sépare, ne sommes-nous pas mari et femme ?
 Elle dit cela craignant que le départ de Rose n’efface toute la magie et nous retourne au temps d'avant.
 - Nous avons eu le plus beau des mariages mon ange, nous sommes mari et femme.
 - C’est vrai.
 - L’incinération de Rose aura lieu aujourd’hui ?
 - Je ne sais pas, est-ce important ?
 - Non. Je pensais… avoir un choc… en la voyant sur son lit, cela n’a pas été le cas, ce n’était pas vraiment Grand-Mère qui était allongée là. Je veux dire… que je sentais bien que Rose avait quitté ce corps… il était vide. Ça s’est passé si vite…
 - Comme elle le voulait Georges, parce qu’en réalité, elle n’est pas morte. Tant que nous l’aimons et que nous pensons à elle. Et il y a « la vie en RoseS ».
 - On pourrait fêter son anniversaire là-bas demain !
 - Rose aurait aimé ça. Toi tu as un poème à faire.
 - Oui… Je le ferai.
Silence… Silences…
Cette journée fut parcourue d’échanges de silence.
 
Ange était avec moi, dans cette pièce et moi j’étais ailleurs, je ne sais où. Mon esprit s’échappait comme d'habitude. Je projetais le scénario de ma vie avec Rose. Par épisodes, en bande-annonce. L’extraordinaire de ma rencontre, avec F., n’était pas mon histoire. Le sujet de mon film était la Villa des Roses. Ce qu’il racontait, c’était l’amour et la tendresse d’une Grand-mère pour son unique petit-fils. C’était une histoire humaine, une vraie, de celle où l’émotion prime sur la raison.
- Georges…
- Oui ?
- Tu vas prévenir Alex pour l’anniversaire ?
- Oui, je te laisse.
- Je vais mettre un peu d’ordre à l’étage.
- Merci.
J’étais engourdi, un raidissement me partait de la base du crâne et me bloquait le haut du corps. Sortir me fit du bien. Alex était dans la grange, assis devant un cube de terre,  le tournant dans tous les sens.
- Ç​a va ?
- Pas trop.
- Oui…
Alex avait l'air de tourner autour d'un point d'interrogation.
- Tu vois, j’ai pris ce cube, et je cherchais par quel côté l’attaquer. Quand tu regardes un cube, tu ne peux en voir que trois faces sur six à la fois. T’as beau le tourner dans tous les sens, il n’y en a pas, il y a toujours trois faces cachées et les apparences restent les mêmes. Ce cube n’a pas de sens et moi je cherche à lui donner une forme. Les questions sans réponses sont les mêmes depuis le début de l'humanité. On ne voit qu'une partie d'un tout qui ne peut pas se montrer dans son entier. Et on lui cherche un sens.
Il reposa son cube.
- De toute façon, j’arrive pas à travailler.
- Fêter l’anniversaire de Rose demain, à la cabane. Qu’en penses-tu ?
Cette proposition remit un peu de lumière dans les yeux de mon ami.
- On va en ville pour les préparatifs ?
- Vas-y avec Ange, si ça ne t’ennuie pas, j’ai à écrire.
- Ha ? … ça va aller ?
- Oui, j’ai vraiment à écrire, seul j’y arriverais mieux.
Alex se leva, et me prit dans ses bras. C'était la première fois depuis que nous nous connaissions. Nous restâmes quelques secondes en silence, dans les bras l'un de l'autre, à nous reconnaître, de nos peines à nos amours partagés, il me dit doucement en me faisant une petite tape dans le dos… :
- Ok vieux, on y va.
 
Ils partirent en voiture, mon ange se pencha pour me faire signe. Je m’installai tout de suite à mon bureau. Je voulais écrire le poème pour Rose.
 
Voilà… J’étais seul… Une feuille blanche sous la plume de mon stylo nacré bleu, il me fallait rendre les mots en rimes, je n’étais pas disposé.
Je n’arrivais pas à me concentrer sur le texte, à chaque idée, mon esprit s’évadait et se perdait dans les images du passé. J’y passai beaucoup de temps, je fis ce que je pouvais, sans parvenir à transmettre ce que je voulais. Il n’y avait pas un bruit dans la maison. Le silence est parfois complice de la tristesse, ils marchent souvent ensemble. J’avais les deux face à moi, ils se présentaient de front, je n’étais pas armé pour m’en défendre, la plaie était trop fraîche. Je subissais leurs assauts. Il est terrible de penser que notre plus grand bonheur puisse devenir notre plus grande douleur. Que demander d’autre que d’être aimé ? Lorsque cela arrive, notre plus grande crainte devient celle de perdre cet amour. Je n'acceptais pas de me dire que c’était le prix à payer, il n’y a pas de prix aux sentiments.
 
Je remplissais la page blanche de tous les mots disponibles, je les ordonnais, les mettais aux pieds. Puis le vide reprenait sa place, à l’ombre de la tristesse. Il me fallait combattre ce néant. Je retournai à mon atelier et repris le tableau du portrait de mon ange. Je passai à la couleur. Je peignis. Comme j’aime le faire, en profonde complicité. Je commençais à me retrouver et à ressentir le poids de tout ce qui me manquait en plus de l’absence.
 
Peindre Marie-Ange me fit du bien. Il y avait encore de la magie à la villa des roses. De temps en temps je sentais mon alliance chauffer un peu, cela commençait par une très légère irradiation. Je la bloquais, je voulais rester conscient de ma peinture et de mes sentiments. Cette peinture-là il n’était pas question qu’elle se fasse sans moi et il n’était de toute façon pas question que je la termine. Ce portrait de mon ange serait toujours en cours de construction. J’essayerai plus tard, sur une autre toile, de me laisser aller à cette impulsion qui partait de mon annulaire, pour voir jusqu’où cette bague que les enfants m’avaient offerte, pourrait me porter.
Je vis Alex et Ange réapparaitre de retour de la ville et allai les retrouver dans la cuisine.
- Tu peignais vieux ?
- Oui, ça me fait du bien. Vous avez tout prévu pour l’anniversaire ?
- Tout ce à quoi l’on a pensé ! Et nous sommes même passés voir Louise et Églantine.
- Qu’ ont-elles dit ?
- Qu’elles viendraient, avec Sarah.
- Ha oui, Sarah c’est vrai. Bon…
- Georges
- Oui, mon ange ?
- Viens, il faut que je te donne quelque chose.
Alex ne disait rien, il rangeait le contenu des paquets, Ange me prit la main et me conduisit au salon. Elle ouvrit un tiroir pour en sortir une grande enveloppe.
- Cette enveloppe t’est adressé. Rose l’a transmise à Sarah. Elle me l’a donnée hier pour toi. Elle préférait cela plutôt que de te la donner sur le moment. Je te laisse la lire tranquille, je ne suis pas loin.
 
Sur l’enveloppe, il était écrit « Georges », de la main de Rose. La capitale « G » était particulièrement appuyée. Je restai un moment avec le poids de ce message entre les mains, il contenait la voix de Rose que je pensais ne plus voir, je l’ouvris doucement voulant prolonger l’instant. Faire comme si Rose était là pour me parler. Je me mis à l’écouter des yeux.
 
« Georges, mon grand !
 
Tu vois, de retour dans ton compartiment tu découvres le mot que ton compagnon de voyage a déposé à ton attention.
 
J’ai tellement de chose à te dire que je ne saurais toutes te les écrire. Dans tout ce que je me suis préparée, il y a ce que tu sais déjà, et il y a ce que tu ignores et que je ne pouvais te confier plus tôt.
 
Ce que tu sais, mon Georges, c’est que je suis très heureuse de t’avoir accompagné aussi loin. Il y a longtemps de cela, lorsque nous nous sommes retrouvés seuls tous les deux, je me suis sentie perdue. Abandonnée. Très vite je me suis reprise, grâce à ce petit bonhomme qui ne voulait pas quitter mes bras. Il y avait tout l'avenir en toi, et ta vie m’a remplie de joie. J’ai non seulement accepté le départ de ceux que nous aimions, mais surtout, j’ai compris que la mort n’est pas une fin. Chaque jour est un nouveau jour et la mort est un nouveau soleil. Avec l’âge, on comprend encore plus facilement cela. De nouveaux compagnons de voyage t’ont rejoint, Marie-Ange est une femme exceptionnelle, tu le sais. Alex est bien plus qu’un ami. Mon grand, maintenant tu vas lire ce que tu ne sais pas. Et un quatrain que tu connais.
 
« Un jour tu auras en main ces pensées de papier,
 Et tu liras ces mots à la plume gravés,
 Moi j’aurai levé l’ancre, j’aurai levé le pied,
 Moi j’aurai mis les voiles sur le vent du passé »
(Ces vers étaient nés de ma plume, un jour dans mon bureau quand j’ai voulu essayer le stylo d’argent. Je m’en souvenais très bien.)
 
Suite à ta visite, à l’hôpital, lorsque je t’ai raconté ce qui s’était passé dans la chambre à la mort de Marion, je me suis débrouillée pour parler avec F., en tête-à-tête. Ce fut un contact très étrange. F. avait besoin de moi pour poursuivre son chemin. Il n’y avait que moi pour l’aider. J’avais l’impression que cet homme lisait dans mes pensées, je savais pouvoir lui faire confiance. Il est vrai que F. n’a ni mémoire ni histoire. Je n’ai pas su grand chose, des images sont venues très vite, j'ai mis du temps à ralentir et fixer ces souvenirs ....
 
La nuit où tes parents, tes grands parents et papy ont disparu en mer, ils restèrent longtemps dans l’eau, accrochés tous les cinq à une seule et même bouée. Ils s’unirent pour penser à toi, ils  mirent en commun tout l’amour qu’ils avaient pour nous deux. C’est tout ce qui les unissait et les maintenait, leur amour. Tout le temps que dura leur survie, ils s’unirent pour se rattacher à nous. Nous étions leur unique pensée. Cet amour si fort, si vrai, ne pouvait couler et disparaître, il refusait de se laisser entraîner par le fond de l'océan. Cette force de sentiment n'a pas sombré, elle a survécu à la tempête et fut repêchée pour renaître intacte dans le cœur de cinq petits enfants. Tu te rends compte Georges ? Cet amour a été capté, quelque part sur l’océan pour leur être confié. Chacun des enfants que tu as libéré porte l’amour de toute notre famille envers nous, c’est pour cela qu’ils se sont perdus aux alentours de l’hôpital, c’est moi qui les attirais. Il faut que les enfants grandissent, qu’ils apprennent à maîtriser leurs émotions pour ne plus disparaître sans le vouloir, ils pourront prendre la place qui leur est réservée.
 
Il y a un équilibre en jeu, si la raison continue d’amplifier son influence, le monde va à sa perte. Partout où l’amour risque de disparaître, il est récupéré pour défendre l’émotion. Il y a quelque part dans l’univers une force qui ne veut pas que la terre se dessèche et devienne transparente. C’est cette volonté qui habite F.
Il va enseigner aux enfants à contenir puis exprimer leurs émotions et ces petits vont semer dans leur parcours, des graines, qui feront germer des bouquets de sentiments. Sans chercher à savoir pourquoi, tu as fait ce qu’il fallait pour que F. réussisse.  F. avait besoin de passer par moi, par toi, pour unir toute l’histoire de notre famille et toucher les enfants. C’est pour cela qu’il a « interféré » dans ton présent. Il l’a sûrement fait sans qu’elles le sachent auprès d’Églantine et de Louise. Et moi Georges moi aussi je l’ai fait, voilà comment mes mots sont nés sous ta plume pour le poème. Le lien qui nous unissait tous les trois m’a permis de te lire ce quatrain. Il suffisait que je pense à toi, que je ressente combien je t’aime, pour que mes sentiments entrouvrent les portes de ton âme.
C’est magique Georges. Les gens qui s’aiment sont liés. Ils peuvent parcourir ces liens, se toucher les uns les autres. Le monde a oublié ces chemins, F. est venu nous rappeler à l'essentiel de la vie, aimer et être aimer. Aussi incroyable que paraisse ce que je viens de t'écrire c'est l'exact reflet des derniers paysages que j'ai traversés.
 
Mon grand, si tu lis cela c’est que F., les enfants sont partis. Ils ont emporté avec eux tout l’amour que j’ai pour toi. J’ai demandé à F. de le faire. J’aime l’idée que ce faisceau de sentiments fasse pousser l’amour dans ce monde qui se perd.
 
Tu vois tout ce que je t’aime vit toujours, comme vit toujours tout ce que tu m’aimes, et tout cela sans la moindre raison.
 
Pour le reste, j’ai demandé à Sarah de s’occuper de tout ce dont je ne voulais pas t’encombrer. J’ai demandé à être incinérée, Sarah ira jeter mes cendres avec la bouée là où la Providence a coulé. Si tu veux bien, je voudrais donner la clef du pavillon des friches à Alex. Qu’il soit ici chez lui.
 
Je te souhaite de recevoir toujours autant de couleurs que tu sais en donner à la vie mon Georges…
Je t’aime, sans une seule rature !
 
Ta Rose "
 
Je restai un moment immobile, la tête comprimée, content pour Rose, je la sentais toute proche et heureuse. Petit à petit, mon esprit s’aérait. Je venais de trouver dans les derniers mots de Grand-mère des réponses aux événements qui avaient rythmé ces derniers temps. La raison n'enlève pas la peine, elle l'accompagne le long des rails.
 
Alex et Ange me rejoignirent. Ils remplirent la table basse de plats garnis.
- Il faut manger ! Ça va Georges ?
- Ça va aller...
Je leur tendis la lettre de Rose. Ils se regardèrent et se mirent à la lire ensemble. Je les observais avec tendresse. Ils avaient les traits tirés. Ange était belle dans la tristesse. Alex donnait l’impression d’avoir été assommé. Lorsqu’ils eurent terminé, il avait l’air beaucoup plus marqué que mon ange. Il se servit un verre de vin blanc.
- Georges ?
- Quoi ?
- Qu’en penses-tu ?
- Je ne pense pas.
- Moi j’ai quand même du mal à croire tout ça, mais je ne vois pas comment faire autrement. Vous deux vous vous êtes sautés dessus, nous trois, on ne s’est jamais tant apprécié, nous quatre avec Rose ici nous n’avons jamais partagé autant d’émotions. C’est vrai qu’il a plané à la Villa un air étrange. Et tes tableaux vieux ! De toute façon, Rose ne peut pas mentir et… ce fut bien tout ça. Et puis… pfft, je ne sais plus.
- Il y aurait quelque chose ailleurs qui voudrait que la terre se porte mieux ! Et comme le disait Alex, nous n’en avons gagné que du bonheur.
Ma femme et mon ami attendaient mon avis.
- Tout ce que nous avons vécu est vrai, ce que Rose nous dit nous le savions déjà. Comme si nous étions préparés à l'entendre. Nous savons bien que l’émotion est une énergie rayonnante. Tout va à la raison aujourd’hui, cette raison qui nous fait accepter l’inacceptable pour des raisons supérieures.
 - … En fait on a rencontré un lointain cousin extra-terrestre qui ne nous a rien laissé. On pourrait avoir rêvé tout ca.
 - Il y a les tableaux et…
 - Et ?
Je retirai mon alliance, je sentais le regard inquiet d’Ange peser sur ma main. Je tendis l’anneau à mon ami.
- C’est bizarre, je n’avais pas remarqué sa couleur. Elle est faite de quelle matière ?
Il  tournait l’anneau sous la lumière d’une lampe.
- Je ne sais pas ! Je me suis posé la question. Je pensais que tu saurais.
 Ange suivait notre échange.
- Et elle a quoi cette bague?
- Passe-la à ton doigt.
Alex s’exécuta
- Voilà ?
- Ressens une sensation, positive, une émotion, un sentiment fort.
-… Bon… Chana.
Il ne se passa rien. Je retournais la main de mon ami, l’anneau était « normal », Ange regardait son annulaire. Normal aussi. Je repris mon alliance, tendis la main vers Ange et Alex et pensai à Rose, à mon tableau, j’imaginai avoir le pinceau en main, dans le geste d’une touche, je ressentis l’envie de traduire mon émotion dans le trait, de petites flammèches bleues jaillirent de dessous la bague. Alex était médusé !
- Ça sert à quoi Georges ? Et la tienne Marie-Ange, elle fait la même chose ?
- Une sorte d’amplificateur d’émotion. Apparemment il n’est relié qu’à moi.
- C’est dingue ! Et toi Ange, alors ?
- Soit je ne sais pas faire, soit cette alliance est normale et c’est l’option que je préfère.
- Georges, je ne sais pas si c’est pas un cadeau dangereux. Le poids de nos émotions nous coûte cher, tu le sais. Tu m’as dit l’autre jour qu’il y a toujours une adition à payer. Fais attention à toi.
- Oui… Pour la maison des Friches, je suis content. Tu as ta maison près de nous. Tu pourras laisser la « girafe » là où elle est ?
- Ç​a, c’était prévu… Je suis … très content... Je le prends comme un présent de Rose… Dis, j'y pense, pour demain il vaudrait mieux que Louise et Églantine ne voient pas les tableaux à la cabane.
En entendant cela une bouffée de chagrin me monta à la tête, je la fis redescendre, elle se bloqua en boule au ventre. Demain nous fêterons l’anniversaire de Rose. J’orientai la conversation sur les préparatifs. Cela nous occupa l’esprit. Nous passâmes du temps ensemble, à prévoir demain pour oublier hier, jusque pas très tard.
 
J’étais allongé dans le noir. Mon oiseau endormi. La lettre de Rose mêlait ses mots devant mes yeux.
Le monde est en danger de raison. F. est un pêcheur d’amour. Il était là au naufrage de la Providence. Il cueillait l’émotion dans le départ des âmes, pour la redistribuer plus tard dans le cœur des vivants. Les enfants sont des semeurs, ils vont planter la récolte de F.
Rose a dit que des faisceaux de sentiments allaient fleurir en bouquet, là où le monde en a besoin. Parce qu’avec le temps, il y a raison à tout. Au fur et à mesure que le cerveau se développe, le cœur se réduit, c'est pour ça qu'il s'arrête un jour.
 
Je me suis senti écrasé, le manque de Rose était lourd à porter, par surprise Morphée vint me chercher, je le suivis les yeux fermés.


Dernière édition par nessim le 04.03.17 20:26, édité 1 fois
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F.(fiction) épisode 10 :: Commentaires

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Re: F.(fiction) épisode 10
Message le 04.03.17 19:24 par EPONINE52
Very Happy Very Happy Very Happy Je viens de le terminer et j'suis toujours autant emballée ! Quelle merveilleuse histoire, c'est une beau conte philosophique et aussi une belle leçon de vie ! ce que j'aime, c'et le brio avec lequel tu nous fais entrer, dès les premières lignes, dans cet univers feutré, hors du temps et, par ricochet, en te lisant, le lecteur se sent lui aussi empli d'émotions et de plénitude ! Enfin, j'suis comme Georges, j'arrive pas à trouver les mots juste qui refléteraient mon ressentii mais j'espère que tu vois ce que je veux dire ! c'est un pur chef-d'oeuvre avec de si belles pépites "nous ne vieillissons pas, nous grandissons" "le coeur ne cesse de parler que dans l'oubli" et tant d'autres encore ! Superbe le parallèle que fait Rose avec la vitre ! J'aime aussi quand tu parles des yeux de Rose, qui se vident. Elle est déjà presque dans le train. Je crois que c'est aussi un signe, une sorte de mort, quand la vie quitte nos yeux, comme ces malades bourrés de neuroleptiques dans les hôpitaux, leur regard est déserté de toute lumière, ils sont entre deux mondes ! Et au final chaque pièce du puzzle se met en place'. ainsi tout était bien relié dès le naufrage ! J'y crois moi aussi et  J'aime beaucoup cette idée de passeur d'émotions. C'est aussi un beau plaidoyer dans notre société de plus en plus égocentrique, l'émotion doit l'emporter sur la raison, c'est notre seule chance de sortir de ce foutu matérialisme !! J'suis vraiment conquise Ce chapitre est triste, certes mais toutefois pas tant que cela car Rose n'est pas morte, elle vivra à tout jamais dans le tableau de Georges ! J'ai hâte que tu le publies !! à ce propos au 7e § ligne 3 "nous allâmes" ! mais je sais que tu vas le relire ! alors mille fois merci pour ce moment où le temps a suspendu son vol, j'ai oublié toute la mocheté nauséabonde qui nous entoure ! Te lire a été une vraie bouffée d'air pur ! Maintenant au dernier chapitre ! et tu as trouvé ton titre et un éditeur sinon ?? Donc en toute sincérité CHAPEAU A RAS MAIS A RAS DE TERRE pour ton roman à fleur d'émotion, si pertinent, c'est vrai qu'il me fait vraiment songer à Boris Vian avec ce nénuphar qui pousse dans les poumons de la jeune fille ! zut j'ai un trou j'me souviens plus du titre mais ça va me revenir, je l'ai au moins en trois exemplaires ! bisous et douce soirée loin de ce monde lobotomisé qui peine à rêver et merciiiiii Nessim ! flower jocolor king geek Je viens de me relire et comme d'habitude je saute du coq à l'âne mais je pense que tu as l'habitude avec moi maintenant, j'sors toutes mes émotions comme ça en vrac !!!!
Re: F.(fiction) épisode 10
Message le 16.06.17 13:16 par nessim
EPONINE52

j'ai honte de te répondre si tardivement...
faire entrer le lecteur dans un autre temps c'est tout ce qu'un auteur demande et si j'ai réussi avec toi j'en suis heureux. le passage ou Georges s'aperçoit que Rose ne voit plus est celui que je préfère a  l'ensemble. Je dois l'avoir écrit sur un souvenir ancien pour qu'il me touche à chaque relecture !
l'émotion a dut être notre première monnaie d'échange avant les mots et je pense qu'elle a fait naitre les mots et la fameuse grammaire, jusqu'à ce que les mots oublient d'ou ils viennent et puissent s'échanger sans la moindre émotion. Boris Vian, j'en ai usé les pages, pas étonnant que mon univers lui ressemble, le livre avec le nénuphar qui pousse c'est "l'écume des jours" une histoire d'amour formidable (il y a eu un film récent) j'en ai toujours un exemplaire:-) le titre, le mien, ce sera "F." et pour l'éditeur...je suis en train de mettre en page l'ensemble corrigé, des que j'ai fini je vais me mettre a chercher (sans grande illusion mais je le dois aux héros de l'histoire) Merci Christine de ta proximité avec cette histoire elle me touche
Re: F.(fiction) épisode 10
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F.(fiction) épisode 10

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