Les Mots Z’Arts Voyageurs (Voyagination)

Forum pour auteurs et artistes
 
 AccueilAccueil  Accueil  Espace Défis Publics  Livre des commentaires (visiteurs)   L'Espace Défi   Espace des auteurs   Articles/Édito/Livres de nos Auteurs  FAQFAQ  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 F.(fiction) épisode 11 (fin)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
nessim



Date d'inscription : 21/01/2016

14052017
MessageF.(fiction) épisode 11 (fin)

 Je traverserai le reste de ma vie avec ce trou dans mon présent…




31 Décembre : C’est aujourd’hui, l’anniversaire de Rose.
 
Je faisais pour la première fois de ma vie l’expérience du deuil, ce lent chemin solitaire qui ne peut être solidaire. A la perte d'un être cher on ne peut accepter sa disparition, il reste les  questions : au nom de quoi ? De qui ? Comment justifier cette règle absurde et absolue de la séparation définitive ? … Même si on comprend l’absence, même si on en connaît l'évidence…Il n’y a rien ni personne pour combler le manque ! Pas « le vide », le vide c’est l’absence, le manque c’est le besoin de la présence.
 
Dehors, posé sur les marches de l’escalier, je fumais ma première cigarette. Le ciel était d’un bleu pur, immaculé, le soleil allait chauffer fort aujourd’hui. Drôle de fin d’année ! Nous allions fêter la naissance de Rose alors que Rose était partie. Cela n’avait aucun sens, en apparence… Tous les ans, lorsque j’allais porter mes cadeaux à la cabane, sur le retour, j’espérais que Grand-mère aurait quand même préparé quelque chose de particulier… Non ! C’était un jour comme tous les jours… de l’an. On fêtait la naissance de la nouvelle année, pas celle de Rose.
Je n’avais pas le sentiment que Rose était morte, elle était…ailleurs, partie ensemencer la terre. À​ chaque fois que j’y pensais j’associais F., les enfants, … toute ma famille partie en mer. Je savais Grand-mère avec eux.
Mes parents n’étaient plus morts, leur corps avait disparu mais ce qu’il y avait de plus précieux en eux continuait de pousser. Ils étaient toujours là, ils sont toujours là… Je me souvenais d’une phrase de F. « Il te reste à trouver pour qui toi tu seras toujours là… »

 
- Tu n’as pas froid ?
- Non, mon ange, viens t’asseoir, au soleil il fait bon.
L’oiseau se posa à mes côtés, leva sa petite tête vers le ciel, la tourna vers moi, me fixant.
- J’aimerais savoir peindre, pour faire un tableau de toi.
- J’en ai commencé un de toi.
- Raconte.
- J’ai l’impression de te caresser, encore et encore, d’effleurer la moindre courbe de tes traits, te coiffer, te donner la vue, l’ouïe… J’ai le sentiment de donner forme à ce que je ressens pour toi, tu sais je vais te peindre toute ma vie.
- Qu’est ce qui nous prend Georges ?
- L'amour Ange, voilà ce qui nous arrive. … Nous nous aimons (pauvres mots).
- Moi, il y a longtemps que je t’aime.
- J’ai été curieusement transparent à moi-même. J’ai changé.
- Je trouve aussi… Tu as changé.
- Entre ce que je n’ai pas entièrement perdu, avec le départ de Rose, et ce que j’ai gagné, avec toi, les enfants, c’est beaucoup… Ange… Il est midi.
- Oui…
- Le corps de Rose vient d’être incinéré.
- Tu crois ?
- Non, je le sais…
Je venais de ressentir comme une brûlure, instantanée. Il était midi, l’heure du jour où l’ombre est la plus petite, la lumière la plus forte. Je m’approchai de la girafe, je pouvais voir la lisière du bois. Face au soleil, je vis des étoiles, je dus fermer les yeux, faire la nuit au paysage, Ange me rejoignit, me prit le bras, nous marchâmes ensemble, lentement, longtemps.
 
Alex nous apporta des sandwichs et du café. Nous primes un semblant de déjeuner, en préparant la soirée. Nous voulions souhaiter un bon anniversaire à Rose. Je partis chercher la bouée pour la porter à la cabane. Elle me fit forte impression, je ressentis un mal de mer violent, une nausée soudaine. Il fallait que je donne cette bouée à Sarah.
 
Nous avions emporté un paquet de bougies et de bocaux vides pour baliser le chemin et arrivâmes rapidement à destination. Le « camp » était totalement nettoyé. Comme s’il ne s’y était jamais rien passé. L’échelle était cachée. Je ne voulu pas monter. J’étais comme devant la chambre de Rose, je la sentais derrière la porte, je la savais là. Nous  retournâmes sur nos pas en semant pots et bougies sur notre chemin.
Le reste de l’après-midi fut consacré à finir les préparations, Alex fit les allers-retours à la cabane jusqu'à la pause-café.
- Ben dites donc, c’est bon pour la santé en tout cas votre région.
- C’est ta région aussi, maintenant.
- Ouais… C’est vrai…
Mon ami portait une charge, qui sans alléger la mienne, lui courbait les épaules.
- Ce n’est pas facile pour toi non plus, n’est-ce pas…
- Tu le sais, j’aimais beaucoup Rose…
- Je sais… Tu peux l’aimer au présent. Il n'y a pas de meilleurs temps pour l’amour.
- J’aime Rose… Tu as raison vieux, l’amour ignore le temps.
 
Nous repartîmes, Ange et moi, en silence vers la cabane. L’intérieur était en ordre. « Fenêtre sur mer » retournée, on n’en voyait que le châssis « la vie en RoseS » était dans sa boîte. Il n’y avait plus de petits lits, plus de pétales dans la malle non plus. Je sentais la présence de Grand-mère encore plus proche que du dehors. F. me l’avait dit « ce qui est restera ». Je me rapprochai du tableau, passai lentement la main sur la boîte de protection. Je sentis Grand-mère à moins d’un centimètre comme si je la savais derrière une vitre. Je restai un moment à caresser le bois. Ange vint me rejoindre.
 
- La magie est là, je sens Rose.
- Oui, elle est là, quelque part dans la toile.
 

Nous  restâmes sans mot dire, en communication avec Grand-mère un long moment.
Ce n’était pas une prière même si la scène portait à le croire mais un échange en présence, d’une indéniable prégnance. Sans fermer les yeux, le présent se troublait, les yeux floutaient l'actualité. L'émotion prit le dessus et masqua ce qui la contrariait, "une autre" réalité devenait visible. Nous étions indivisiblement trois dans la cabane à ce moment, Grand-mère, Ange et moi.
 
Plus tard, nous préparâmes du bois pour un grand feu, déplaçâmes la table de rondins et les bancs, disposâmes tout autour des flambeaux sur pied. Les bouteilles étaient déjà là, les assiettes et couverts également. Il ne manquait plus rien, un regard vers le ciel… toujours pas de nuage. Ce serait une soirée étoilée.
 
Effectivement !
Ce fut une soirée sous le signe des étoiles. Nous traversâmes en groupe la forêt enneigée, suivant le chemin bordé de bougies.
Sarah était une Dame charmante, une femme de la terre qui portait bien ses rides. Elle s’entendait à merveille avec Églantine. Louise à l’extérieur de l’hôpital était une femme différente, très simple, un peu rêveuse.
Lorsque nous fûmes tous attablés Alex prit la parole
 

- Chers tous, nous sommes réunis ce soir, pour l’anniversaire d’une personne qui nous est chère. Peu nous importe sa date de naissance, aujourd’hui, Rose n’a plus d’âge, elle n'a jamais voulu en avoir d’ailleurs. Elle est entrée dans l’éternité, dans le ciel de nos cœurs, qu’elle ne quittera plus. Elle est présente ce soir, parmi nous. Je sais qu’elle est là, qu’elle nous entend, qu’elle se réjouit de nous voir réunis… Bon anniversaire Rose !
 
Alex déposa au pied de l’échelle, un paquet cadeau enrubanné de papier rose et bleu. Ange se leva sans mot dire pour offrir son cadeau, je me levai, sortis une feuille pliée. Je lus à voix haute, doucement, la tête relevée m’adressant aux étoiles et à la toile dans ma cabane.
 
Rose…
Pour ton anniversaire, toi qui depuis si longtemps refuse les cadeaux, tu voulais un poème! Sûrement parce qu’en présent, je t'aime ne peut se dire que de très peu de mots. J'ai pour toi tant d'amour, au passé, au présent et au futur même. J’ai travaillé les formes pour dire combien tu manques, combien tu manqueras toujours. Et je sais dans ton manque que tu m’entends quand même. Peut-être souris-tu déjà, de ce manque… de mots, dont je ne me défais pas.
Bien sûr tu es encore là, pas tout à fait partie,
Qui pourrait situer les limites de la mort ?
Ça peut paraître absurde, cette lumière de vie,
Qui ne s’éteint jamais, qui nous éclaire encore.
Tu n’aurais pas voulu nous alourdir la peine,
Tu aurais préféré nous faire rire toujours.
Je t’entends qui me dit que le temps qui s’égrène,
N’effacera jamais, toutes nos preuves d’amour.
Nous devons tous quitter et nos gens et nos biens
Partir limite de jour sans même nous retourner
Et le regard aux vagues prendre un dernier chemin
La soute pleine et chargée de provision d’aimer.
Depuis qu’on s’est quitté, que tu as fui de moi,
Que je t’ai vue partir, la main tendue au ciel,
Je pêche aux souvenirs, je me rappelle de toi,
Cette petite lumière grande comme un soleil.
Maintenant j’ai en main, tes pensées de papier,
Et  j’ai lu tous tes mots à la plume gravés,
Toi tu as levé l’ancre, tu as levé le pied,
Tu as déjà mis les voiles pour notre éternité
Tu avais raison Rose quand on aime on construit
Des ponts qui traversent le temps et relient
En toute circonstance, les cœurs et les esprits.
On m’a dit …
Et c'est si vrai aujourd'hui :
Tant qu'il y a de l'amour il y a de la vie
D'ailleurs de partout et d'ici,
tu n'es jamais partie
Alors ?
La mort ?
Elle n'est que dans l'oubli
Dans les efface-mémoires
Retombés dans la nuit
Des marges de l'histoire,
Toi et ceux qui t'accompagnent, mes parents
Vous êtes bouquet de roses qui embaume le présent
Vous êtes un héritage au futur de mon temps
Tant que je serai en vie vous serez toujours vivants
Bon anniversaire Rose.
 
Je m'assis, il n’y avait plus un mot dans l’air. Seuls les bruits de la forêt faisaient échos au feu. Nous avons dîné, en confidence.
 
Louise m’apprit que les militaires recherchaient toujours les enfants, ils persistaient à fouiller l’hôpital et ses alentours munis d’appareils sensibles aux infrarouges et ultraviolets. Ils semblaient très motivés pour les retrouver. En tant que médecin, elle ne comprenait rien à la pathologie dont ces enfants étaient atteints, ni comment ils avaient pu disparaître. Elle n’osait avancer une explication surnaturelle ou extra-terrestre, bref ces enfants étaient un grand mystère dont la science aurait bien aimé s’occuper.
- Avez-vous une idée d’où ils venaient ?
- Aucune. On ne sait pas Georges, ils étaient très proche de l'hôpital, en bonne santé, ne parlaient pas et s’étonnaient de tout. Nous avons voulu les mettre en observation en attendant de régler le problème de leur identité. Nous les avions installés un peu à l’écart de nos malades pour éviter qu’ils ne soient contaminés par je ne sais quel virus, très rapidement ils sont devenus aveugles.
- Vous les aviez placés tout de suite en sous-sol ?
- Oui, cette aile spéciale a toujours été vide, ils avaient de la place. A l’approche de la fin d’année comme au début des vacances d’été, nous sommes « surbookés ». Les gens ont l’habitude d’inventer des maladies à leurs aînés pour passer les fêtes tranquilles, alors les lits sont pleins. Les enfants étaient bien le premier jour, puis quand ils ont perdu l’usage de leurs yeux nous avons été obligés de les cantonner à leur chambre de peur qu’ils ne se perdent ou pire. C’est là que tout s’est accéléré, ils ont commencé à devenir transparents petit à petit.
Nous n’avons rien dit à personne, j’ai suivi leur évolution avec un immense intérêt jour après jour, jusqu'à ce qu’ils deviennent invisibles. J’ai procédé à des tas de tests, nous n’avions rien à craindre d’eux, mais la directrice de l’hôpital a fini par faire remonter l’information pour se couvrir. C’est là que les militaires s’en sont mêlés. Ils ont saisi tous les documents, films et dossiers. La suite, vous la connaissez.
Alex avait suivi toute la conversation sans dire un mot. Ange était occupée avec Sarah et Églantine, elles parlaient aussi des enfants, pas des mêmes apparemment.
- Comme votre Grand-mère vous semblez beaucoup aimer les enfants Georges, je me trompe ?
- Non, vous avez raison.
- Vous savez, en ce moment, je traite un cas particulièrement éprouvant. Une petite fille orpheline, enfermée sur elle même. Impossible de communiquer. Suzon se réfugie en permanence dans son monde. Je ne parviens pas à en trouver l’entrée, elle ne parvient pas à trouver la sortie.
Ce que je venais d’entendre me fit faire une pause dans la tête. Un blanc. Sans y penser je répliqua :
- Nous pourrions en reparler Louise ? Je crois que j'ai une idée.
- Bien sûr, quand vous voulez.
Ange présenta le gâteau, il n’y avait qu’une seule bougie dessus : je proposai de la mettre à l'abri, je la montai dans la cabane et la posai au sol devant la vie en RoseS. Je dis à Grand-mère que j’allais revenir tout à l’heure, je la sentis très émue par mon poème. Il n’y avait qu’elle pour me faire écrire dans ces formes près du sentiment. Ce cadeau qu’elle m’avait demandé n’était pas un piège.
Nous mangeâmes le gâteau et levâmes nos verres à Roses et à tous les enfants du monde. Cette soirée fut riche. Je me suis rapproché d’Églantine, elle était très touchée, elle me dit qu’elle sentait la présence de Rose, que ça la troublait. Elle s’était même surprise à la chercher des yeux. Je lui ai proposé d’en profiter plutôt que de s’en inquiéter. Ce qu’elle fit, le champagne l’aidant un peu. Sarah, elle, portait une sorte de quiétude. Elle était bien là, avec nous et… avec Rose, je le sentais bien. Elle me confia être très contente de livrer les cendres de Rose à l’océan, Grand-mère lui avait dit, « comme ça le trou dans l’eau se refermera ». Visiblement Sarah avait été traversée par F., il avait dû lui laisser un « souvenir ». Alex, lui, était fidèle à lui-même, serviable et prévenant, il suivait un peu toutes les conversations. Il avait fait ami-ami avec Églantine, qui avait eu quelques gestes de tendresse à son égard.
Mon ange me jetait des regards qui s’étiraient pour nous relier de l’ombre à la lumière. Je dois avouer qu’il fut des moments où je ne voyais qu’elle. Réellement, le reste disparaissait et réapparaissait lorsque je détournais les yeux. Rose était partout, je la sentais, à côté de moi, plus loin, près du feu, dans l’air, je sentais son parfum, je la savais parmi nous.
 
Alex raccompagna les convives. Je rappelai à Louise que nous avions une conversation en suspens, j’embrassai Églantine en lui demandant de venir nous voir de temps en temps, ce qu’elle promit. Je remerciai Sarah pour tout, et lui remis la bouée. Ils partirent, guidés par Alex s’engouffrant en file indienne sur le chemin lumineux. Je pris les deux paquets, et mon poème et nous montâmes Ange et moi. J’eus l’impression d’entrer dans la chambre de Rose. La flamme de la bougie vacillait encore. Je sortis le tableau de sa boîte, Grand-mère était là. Plus vivante qu’elle ne le fut allongée sur son lit, quand la rose s’était flétrie. Je déposai les cadeaux à côté et brûlai mon poème à la flamme de la bougie. Nous nous assîmes un instant.
À même le sol devant « la vie en RoseS », j’étais comme il y a des années en arrière. Je redevins un enfant. L’amour de Rose dans la toile me remplissait de lumière. Je comprenais très bien que l’on puisse devenir aveugle et transparent si on était privé de cette force de sentiment. Je retrouvais mon manque de vocabulaire. Je redevenais muet dedans, intensément vivant. Nous sommes restés, je ne sais combien de temps. Mais est-ce bien important ?
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Lorsque l'on jette un caillou dans l'eau, on entend  « plouf », puis plus rien. On pense que le silence revient. On se trompe, c’est parce qu’on ne sait pas entendre les ondes. Celles-ci parcourent tout l’espace jusqu'aux rives. Il suffit d’un petit caillou pour faire frémir toute la surface d’un lac.
Le mouvement le plus bruyant, n’est pas celui de la pierre qui plonge vers le fond, c’est celui de la surface qui ondule à perte de vue.
 
Les ondes créées par notre rencontre avec F., continuaient de progresser et de s’étendre. Elles étaient encore loin de la rive.
 
 
**************
 
 
On pourrait penser que la mort sonne le début de la fin, c'est faux, la mort n'est qu'un petit caillou. Rose est partie depuis quatre mois, nous résonnons toujours aux ondes de son départ.
Alex est retourné à son appartement, pour donner son congé, il en est revenu avec sa compagne. Ils se sont installés chez eux, au pavillon des Friches. Shana est ravissante. C’est une jeune femme que l’on imagine bien taper des pieds et des mains aux sons des guitares autour d’un feu de camp. Elle a une façon de se déplacer en épousant l’air qui lui donne une allure féline. Alex a fait couler la girafe de bronze. Nous l’avons placée au centre du parc qui s’est enrichi de nouveaux résidents. Le chat se languit sur la gouttière du pavillon des Friches, la baleine est entre deux eaux dans le bac de la fontaine, le Lémurien, lui, guette près de la lisière du bois, il en garde l’entrée. Cette forêt est devenue hantée. À chaque fois que j’y pénètre je perçois la présence de Rose, j’ai même l’impression que la nature y est plus …Vivante. Les fleurs des sous-bois poussent beaucoup plus nombreuses autour de ma cabane. Petit, c’est en prenant la direction de la lisière que je me rapprochais de Grand-mère. Aujourd’hui, c’est en m’enfonçant au cœur de la forêt que je vais vers elle, une démarche plus…intérieure, plus intimiste.
Rose est ma muse. Je n’en avais pas jusqu'à présent. Une semeuse, la plus grande des muses ! Elle ne faillit jamais à mon besoin d’inspiration. Peu de temps après son départ, j’ai retrouvé une période de peinture boulimique. Je me suis vite aperçu que j’étais capable de renouveler l’exploit de « la vie en RoseS » ou de « Fenêtre sur mer ». Le plus petit, un nuage en feu perdu dans le ciel. En le regardant, il suffirait que je souffle un peu fort sur la toile pour attiser les flammes. Ma collection privée s’est enrichit.
 
Pour la vente je réalise des toiles différentes, j’en maîtrise le rendu. Je peux peindre sans perdre conscience, bloquer la charge émotive en mouvement. Même si ma peinture a énormément gagné en émotion, elle ne paraît pas surnaturelle. Mes derniers tableaux ont tout de même rapidement secoué le petit monde de la critique. Il paraît que ce sont des tableaux à voir « en vrai », sur écran, on n’en voit que des images. Il faut être devant pour que l’émotion s’en échappe, tant mieux. Chaque création est unique et de nos jours, il y a risque de se perdre dans la forêt des clones.
 
 
 
 
 
 
 
Nous sommes le 19 mai, Suzon revient aujourd'hui.
 
Suzon est une jeune fille rousse un peu grande pour son âge, à la peau très blanche avec de jolies taches de rousseur, elle promène une fragilité attendrissante. Elle est malade de l’un de ces poisons qui enferment l’esprit. Suite à nos échanges lors de l’anniversaire de Rose, Louise m’avait parlé d’elle comme d’un cas assez préoccupant. Cette enfant de quatorze ans était recluse dans son monde. Indifférente à ce qui l’entoure, elle ne parlait pas. En se retirant de tout, elle finit par ne plus comprendre le dehors qu’elle ne décodait pas, créant une distance qui nourrissait son absence. Suzon m’avait touché dès notre rencontre. Elle accompagnait Louise. J’avais reçu la gamine dans mon atelier. Je ne lui avais pas parlé pas tout de suite, cela la dérangerait, elle n’aimait pas les nouvelles rencontres, elle s’en protégeait derrière un mur sans ouverture qui la cernait totalement.
J’ai fait comme si nous étions deux visiteurs, en découverte de l’atelier selon sa mode,  c’est-à-dire… en partant du sol. Suzon marchait en regardant à terre, le plus souvent on ne voyait de son visage que le nœud qui en retenait les cheveux. Lorsqu’elle levait la tête, on aurait dit qu’elle cherchait après son regard resté ancré à ses pieds, alors, elle y revenait très vite. Cette enfant souffrait, je percevais les cris qu’elle poussait en silence. Nos pas nous ont guidés derrière mon chevalet, j’y avais placé une toile vierge. J’ai commencé à mimer le tracé d’une forme, je fis chuter un pot de crayon, je toussai, fis trembler l'étagère derrière moi… essayant d'attirer l'attention de la gamine. Rien. Nous avons passé un moment comme ça, chacun seul… avec l’autre, sans bien le voir.
Suzon se fixa sur un cendrier qu'elle faisait tourner en permanence. Lorsque Louise vint la chercher, elle se balançait d’avant en arrière, assise en tailleur. Nous ne nous étions pas échangés un regard, moi je lui en avais jeté plusieurs. Je me suis approché et l’ai aidée à se mettre debout. C’est à ce moment-là que je l'ai « touchée ». En tenant le bras de cette petite fille, j’ai senti ma bague nous lier, comme ci celle-ci formait un grand anneau que nous tenions chacun d'un côté. Suzon qui avait esquissé un geste de recul, releva doucement la tête vers moi. Pour la première fois, j’eus l’impression que son regard suivait. J’ai voulu lui transmettre un peu de confiance, j’ai essayé de la « toucher » à l’intérieur. Louise qui assistait à la scène ne bougeait pas. Elle avait compris que quelque chose venait de se passer. J’ai dirigé doucement le bras de Suzon vers elle, l'enfant s’est laissée guider.
 
Suzon passa plusieurs après-midi avec moi. Elle était une gamine aux frontières de l'enfance. À l’une de ses visites, nous sommes allés voir Alex travailler. Il lui confia un morceau de terre. Suzon se mit à le creuser d’un doigt. Elle en resta là, bloquée, longtemps, à suivre les contours, à tourner et tourner encore le doigt autour du vide la tête quelque part dans un autre vide. Je passais beaucoup de temps à la regarder, elle était en errance, fragile, toute en douceur comme une feuille détachée de l’arbre et qui ne se pose jamais au sol.
 
A l’une de ses visites nous avions amorcé un virage important. Ange nous avait préparé un broc de grenadine et de grandes tranches de pain à la confiture. Ce goûter nous attendait sur un établi de mon atelier. La porte était grande ouverte, il faisait beau.
 
Ce fut un après-midi tout en « clair-obscur ».
 
En arrivant, Suzon se tenait  mains serrées sous le menton regardant vers le bas, Louise resta près des bouleaux, elle me fit un signe auquel je ne répondis pas. Je restais où j’étais, un pas à côté de mon chevalet. Je regardais la toile blanche tout en voyant l’enfant entrer.
J’ai tout de suite senti mes sentiments prendre plus de place… Il fallait qu’elle se rapproche de moi, ce qu'elle fit, en se dirigeant vers mon chevalet, tête basse.
Comme d’habitude, j’ai agité mon chiffon rouge, l’enfant regardait ses chaussures. J’ai pris un fusain, profitant de me pencher pour tenter de saisir une expression. Sans succès. J’ai dirigé ma main vers la toile… La distance se réduisait entre la craie et la surface, elle se réduisait aussi entre Suzon et moi… Je ne savais pas quelle piste suivre, je laissais le fusain effleurer le coton sans le toucher… J’ai senti une petite main douce prendre mes deux derniers doigts…Contact… Le trait naissait sur la toile, je me laissais aller… Un ensemble d’ombre sur la lumière, par larges traits hachurés. J’ai bien senti que je n’étais pas seul à travailler la toile, même si la petite Suzon ne regardait que ses pieds.
Mon alliance chauffait. L’image qui émergeait me pesait. Trop de noir… Il y a trop de noir. J’essayais de ne pas foncer plus tout en respectant l'émotion qui venait, à la juste limite. Pas plus. L’espace commençait à se construire, les formes à se répartir. Nous n’avons pas vu le temps passer. Suzon, depuis un moment, avait le majeur dans sa bouche entrouverte, le regard en plein vol vers un autre univers. Elle me serrait les doigts me tenant plus que je ne le faisais.
J’ai préféré interrompre la séance. L'univers de cette enfant avait une force d'attraction énorme, tout parsemé de voies lactées d'émotions. J’avais besoin de recul, besoin de me ressaisir… Ne pas tomber dans ce noir.
 
Nous avons goûté ensemble. À chacun ses tartines et sa grenadine partageant les goûts, pas les mots. 
Je n’ai rien dit à Louise, je voulais savoir si elle notait des progrès. Si cette séance avait permis à Suzon de s’ouvrir un peu.
 
Le lendemain, elle est venue, à nouveau. Je me tenais derrière le tableau, j’attendais que les petits pas me rejoignent, ce qui n’a pas tardé. Le même phénomène de transmission s’est produit. Nous étions en équipe, la petite et moi. Très vite le « sujet » est apparu noir sur blanc… Triste. Pesant. Un personnage… Accroupi dans un angle… Recroquevillé… La tête sur les genoux. Ambiance de prison, d’aveuglement. Suzon me dépeignait sa réalité et tout ce que ses mots ne pouvaient pas dire. Je sentais l’isolement, le froid, l’absence. Pour combattre toutes ces ombres, qui commençaient à m’habiter, j’ai esquissé une fenêtre… L’enfant ne réagissait pas. J’ai forcé un peu plus le trait, gommé, dégagé une lumière venant de l’extérieur par l’ouverture légère. Soudain, Suzon a pointé le doigt sur l’image montrant le tableau en n'arrêtant  pas de répéter :
- Suzon, Suzon…
Louise arriva à ce moment, regardant alternativement l’image et l’enfant.
- Suzon, c’est Suzon…
Elle s’approcha de l’enfant.
- Où est Suzon ?
Celle-ci continuait de se répéter…
La petite fille était figée devant la toile, nous nous sommes éloignés sans la quitter du regard.
- Louise, Suzon veut dire que cette image est « son » image.
Le médecin observait avec attention le comportement de sa jeune patiente. Celle-ci était bloquée dans ses répétitions.
- C'est probable, comment avez-vous fait ?
- Une sorte de sentiment, d'empathie. C’est courant chez les artistes. Elle se retrouve dans la toile, à l’Intérieur d’elle même.
- Ç​a peut lui permettre d’en sortir.
-  … Il lui faudrait une issue.
- C’est-à-dire ?
- Une ouverture, un moyen de regarder dehors. J’ai commencé à le faire avec la fenêtre, c'est ce qui l'a fait réagir. Je me suis arrêté. Je préfère y aller doucement. Nous essaierons d’avancer davantage la prochaine fois.
 
Il me fallait réfléchir, demander des avis. Consulter…
 
Je ne savais pas comment Suzon pourrait réagir à un éventuel « éveil ». J’en parlai à Ange au dîner.
Le sujet était sur la table, avec le dessert.
- Tu en penses quoi ?
- C’est elle qui a établi le contact ?
- Je voulais qu’elle me rejoigne. Elle est venue me prendre la main, mon alliance l’a attirée. À notre toucher j'ai senti les petites flammèches bleues en mouvement. J’ai peint de l’autre main comme si j’étais le dernier d’un relais.
- Tu n’es pas devenu transparent ?
Non! Je maîtrisais la scène, j’avais pleine conscience. Je ressentais, je transcrivais. La petite m’a invité chez elle. Elle m’a montré son être intérieur. Je vois très bien la chambre où elle est accroupie, en haut d’une tour, quelque part. Si je parviens à ouvrir une fenêtre à sa tour, elle pourrait y jeter un coup d’œil de temps en temps.
- Et si la fenêtre accentuait son trouble?
- Justement, elle a réagi quand je l’ai dessinée, j’ai bien senti qu’elle était contente de montrer son « dedans » mais lorsque j'ai créé l’ouverture, j'ai eu l'impression de déranger un ordre établi.
- Je ne sais quoi en penser…Tu en as parlé à Alex ?
- Pas encore, je voulais avoir ton avis.
- Je ne suis pas spécialiste comme Louise, évidemment on ne peut pas lui en parler.
- J'aimerais aller plus loin! Imagine que je parvienne à entrer, je pourrais la rassurer, lui parler dans son « fort » intérieur. Je pourrais peut-être la convaincre d’ouvrir son horizon, lui donner envie de regarder par la fenêtre.
- C’est très dangereux. Si tu entres en elle, tu ressentiras tout ce qu’elle souffre. Tu risques de ne pas pouvoir en ressortir. Souviens-toi lorsque tu as peint « Fenêtre sur mer », tu as perdu conscience. Tu aurais pu rester bloqué.
- Je ne sais pas. À un moment ou un autre j’aurais eu envie de revenir. Pour la vallée, F. passait par moi, cette fois, c’est moi qui bouge. Je dois pouvoir le faire, je saurai guider la petite Suzon.
- Si tu persistes, il va falloir en parler à Alex et à Shana. Je ne tiens pas rester seule lorsque tu tenteras l’expérience.
- Je lui en parle demain. À propos, je vais à la cabane demain, tu viens ?
- À quelle heure ?
- Le matin.
- Non à regret, j’ai à faire. Georges, tu sais, cela m’inquiète ce que tu veux tenter.
- On y réfléchit mon ange,  on en reparle.
 
Le lendemain en me rendant à la cabane, je me suis souvenu que traverser la forêt en mai est un vrai bonheur. Les oiseaux, l’odeur des pins, les lumières qui traversent les maillages de branches, tous ces bruits de vies nous donnent envie de marcher sur la pointe des pieds. C’est le moment de l’adolescence du printemps ; l’hiver est une gestation, la couverture de neige arrondit les reliefs et couvre toutes les formes. Je fus à la cabane en très peu de temps. J’en connaissais le chemin à présent. J'avais grandi, je n’étais plus un "petit" enfant. Je montai prendre le tableau le sortit et le déposai dehors en pleine nature. A l'instant où j’en ôtai la couverture, Rose fut là, devant moi. Même impression qu’avant, … l’impression que Grand-mère était bien vivante et que nous étions venus là ensemble. J’étais serein, assis sur un banc de rondins, au milieu de la forêt. Ma cabane vieillissait bien, il faisait bon, je crus voir un écureuil. J’ai pensé à Suzon. Nous étions en complétude avec Rose. Comme d’habitude elle ne m’apporta aucune solution. Elle savait que je voulais tenter ma chance. Essayer d’éclairer un peu la vie de cette enfant. Elle comprenait. Je restai longtemps assis en compagnie de Grand-mère, sans même fumer une cigarette. De retour, je suis allé voir Alex. Je lui ai tout raconté. Il me présenta les mêmes craintes que mon Ange. Il était en plus très ennuyé de devoir tout raconter à Shana.
- C’est sérieux entre vous ?
- Oui, plutôt, mais c’est pas la première fois que c’est sérieux pour moi, donc…
- Je pense que si on ne veut pas vivre cachés il va falloir lui en dire un peu, imagine qu’elle fasse un tour à la cabane, ou dans mon atelier.
- Quoi dans ton atelier ? Tu as poussé ton pinceau?
- Un peu.
- C'est quoi ?
- Je te montrerai.
- Le rendu ?
- Maîtrisé.
- Ouai, bon, je vais lui en parler. Shana est une fille bien, un peu sur une autre planète.
- Elle aussi !
- Comment elle aussi ?
- Rien, bon, tu en penses quoi ?
- Tu me poses la question alors que tu as déjà ta réponse. La mienne est la même. Tu es incapable de ne pas le faire. Tu veux savoir ? J’en ferais autant à ta place, mais tu ne sais pas où tu vas, fais gaffe à toi.
- Oui, merci vieux.
 
 
J’ai passé le reste de la journée dans mon atelier, sans toucher au tableau de Suzon. J’ai stationné longtemps devant. Je devais me laisser pénétrer par l’idée qu’il y avait une fenêtre, qu’il suffirait de l’ouvrir pour que la lumière étende ses rayons. Je me persuadais que cet endroit, en haut d’une tour, n’était pas isolé. Il suffirait de prendre conscience qu'il y a autre chose de l'autre côté des murs. Face au tableau, j’avais envie d’entrer dans l’image, ce dessin m’aspirait. Je ne pouvais pas faire autrement que de tenter l’expérience. Ma décision fut prise. Je visiterai prochainement le pays de Suzon. J’allais passer la barrière de la toile, épaisse de moins d'un centimètre, j'allais découvrir de quelle contrée cette mesure traçait les frontières.
 
Ce soir-là, nous avons dîné à quatre au pavillon des Friches. Alex avait raconté à sa compagne l’aventure de ces derniers mois. Intéressée, elle nous dit venir d’un pays où il était courant d’entendre ce type d’histoire. Sa mère lui avait confié avoir vu son voisin, mort depuis des années, perché dans le ciel, attablé, une lampe au-dessus de lui, occupé à lire. Une autre fois, c’étaient des nains à têtes difformes qui tapaient à la porte, il ne fallait surtout pas leur ouvrir… Pour Shana, ce genre de « surnaturel » était familier. Tant mieux. J’étais agréablement surpris de la rapidité avec laquelle elle avait admis ce que nous avions vécu. Shana désirait voir les tableaux de Rose et de la vallée. Je l’ai invitée à se rendre à ma cabane quand elle le désirait.
Nous nous sommes alors mis d’accord pour que je puisse tenter mon expédition dans le miroir de Suzon en présence de tous. Alex, pensant que « la vie en RoseS » pourrait m’aider en cas de difficultés, a proposé que nous nous rendions à la cabane pour cette traversée. C’était une excellente idée… Il ne restait plus qu’à fixer le jour, nous allions demander à Louise de nous laisser un peu Suzon le week-end prochain, ce qu’elle acceptera sans difficulté. Depuis sa dernière visite, elle avait remarqué du changement chez Suzon. La gamine semblait intéressée par des événements qui lui passaient habituellement au-dessus de la tête. Une infirmière avait rapporté que, par un bel après-midi, alors qu’elle prenait la petite par la main pour la sortir dans le parc, l’enfant avait préféré rester pour dessiner. La page fut noircie très rapidement, ne révélant aucun motif. 
 
Ce que j’allais tenter, dans la cabane, avec Suzon, fera l’économie de toute explication. Je venais de retrouver l’usage de ma poubelle ! J’ai passé les jours qui me séparaient de la traversée à me remplir l’esprit de couleurs, d’harmonies, de musique, de bonheur de vivre. J’ai capturé dans le temps qui passe tout ce qui me réchauffait dedans. Je faisais des « provisions » au cas où, le besoin de me ressourcer se ferait sentir lorsque je serai dans le noir, en haut de la tour.
Je pensais à Rose. J’étais heureux des moments que je passais à converser avec Grand-mère dans le tableau. Nous ne nous étions pas perdus. J’aurais aimé pouvoir traverser ce miroir-là. Passer de l’autre côté… Mais on ne joue pas avec la mort en lui rendant une visite inopinée.
Je traverserai le reste de ma vie avec ce trou dans mon présent, en évitant de tomber dedans…
 
 
Suzon est arrivée un vendredi en fin de matinée, dès le départ de Louise nous nous sommes rendus à la cabane. Toutes les conditions étaient réunies. Nous avons installé le tableau sur un chevalet de campagne, ainsi que tout le nécessaire à peindre. Il y manquait juste un peu de lumière du jour.
Ange et Shana se tenaient derrière moi ; Alex à ma droite, s’est assis sur le sol près de la malle. J’ai pris une grande respiration. J'ai ensuite légèrement tendu la main, à peine ouverte, Suzon y a placé la sienne, chaude, petite. J’ai commencé à dessiner. Notre rituel reprenait naturellement, j’ai ressenti la chaleur de la petite main me gagner, me remplir. Je regardais le dessin sur la toile comme on regarde le bout d'un chemin dont le tracé disparait sous les arbres.
 
Alors que l’ambiance lourde et sombre de l’image m’enveloppait petit à petit, j’ai perdu toute notion de l’espace. Rapidement, je n’ai plus su où j’étais… Il m’a semblé flotter dans la nuit, peignant, en tenant une petite fille par la main, éclairé juste par une lampe au-dessus de nous. J’ai eu l’impression d'être en lévitation, pas de plancher ni de plafond, aucun mur… à ce moment, j’étais seul… Plus de petite fille. Je commençais à avoir du mal à respirer, je traversais un courant de peur qui me prit au corps. M’accrocher… Suzon… Il fallait que je la retrouve, vite. J’ai recommencé à avancer. À​ la vitesse de l’éclair, la traîne d’une lumière floue jaune et rouge est passée devant mes yeux. Une autre au-dessus de moi, encore une en dessous. J’ai continué, l’atmosphère me ralentissant. Le vide était aussi lourd à porter qu’à traverser. 
- Suzon ?
… Un bruit, à gauche je pouvais percevoir un plancher, j’avançais, il naissait un peu plus loin devant moi.
- Suzon, réponds moi.
J’ai entendu respirer tout bas. Dans ce silence absolu, la pensée provoquait des ondes qui se mouvaient au ralenti dans l’air. Je me suis dirigé vers la source. 
- Suzon, c’est Georges.
- Georges ?
Maintenant, je pouvais nettement distinguer le sol et un angle de mur, face à moi. Me rapprochant encore, j’ai pu voir Suzon, fidèle à son image, recroquevillée sur elle-même. À son contact tout s’est dessiné autour de moi. Tant qu’elle me maintenait dans ses pensées, je gardais mes repères.
- Georges ?
- Oui, ma petite Suzon, je suis là. Tu m’as montré le chemin, tu voulais que l’on se parle ?
- J’sais pas.
Je me suis installé près d’elle, assis dos contre mur dans cet univers obscur. Mes yeux commençaient à percer l’obscurité, j’ai cherché la fenêtre, sans la trouver.
- Tu dois te sentir seule ici !
- J'sais pas…
Une lumière traversa la pièce avant de disparaître dans le néant. J’avais l’impression d’être au sommet du monde, à contempler les étoiles filantes zébrant le rideau noir de l’espace. Je combattais la solitude en m’efforçant de rester en contact avec la petite.
- Tu sais petite sœur, beaucoup de gens se sentent très seuls.
- Ha? … Toi aussi t’es seul ?
- Oui, cela m’arrive de me sentir très seul…
Il ne fallait pas que je me laisse couler, j’avais besoin de Suzon. J’ai pris la petite dans mes bras , elle se laissa aller. Elle s’est blottie contre moi, je l’ai cajolée, doucement. Cette enfant avait profondément besoin de se raccrocher à toutes les branches de l’amour, à s’y laisser bercer en toute confiance. J’essayais de lui insuffler l’envie et la quiétude de l’harmonie. Je lui transmettais les plaisirs de la vie, du don de l’amour, de l’échange, le jeu si gratifiant de la bourse aux émotions partagés. Depuis quand Suzon était enfermée là, elle avait dû sombrer dans l’oubli du dehors se laissant couler dans son vide intérieur. Ce devait être facile finalement de tomber dans ce piège, de se laisser glisser, de tout oublier. Dans ce no man’s land, il ne régnait aucune crainte, aucun espoir et aucun risque de déception. À l’abri de l’envie, on se préserve des frustrations.
Suzon s’endormit, elle avait accroché son cœur au mien. Je lui ai caressé les cheveux, avec tendresse, nous étions deux âmes en perdition dans un ailleurs, se tenant l’une l’autre. J’ai fermé les yeux sans changer de décor, le pays de Suzon. Je me suis endormi sans m’en apercevoir. A mon réveil, Suzon jouait à la marelle sur un tracé imaginaire, elle sautillait vers le ciel. Elle y parvint juste devant moi, les pieds joints et s’assit en tailleur face à moi.
J’étais cotonneux, engourdi, ne sachant pas combien de temps j’avais dormi. J’étais dans le doute en mal être. La petite me regardait.
- J’aime bien quand tu dessines.
À peine avait-elle terminé sa phrase qu’un trait de lumière s’immobilisa dans l’air. Il se développa et s’ouvrit. Je me suis vu tenant la petite par la main pendant que je dessinais son intérieur, dans mon atelier. Je me suis soudain rappelé pourquoi j’étais là, d’où je venais. Surtout ne rien oublier. Il y avait un dehors et un dedans, je suis de passage, je ne suis pas chez moi. Tant que Suzon me maintiendrait dans son présent, j’existerai dans sa tête.
- Suzon… Les tartines à la confiture et la grenadine…
- Oui, c’est bon !
Un autre écran s’ouvrit…l’établi où Ange disposait le goûter.
- Rappelle-toi lorsque je dessinais pour toi… la fenêtre…
- La fenêtre…
L’ouverture apparut sur le mur à ma gauche, tel un graffiti sur une façade mais, ce n’était qu’un dessin sur un mur plein.
- Ç​a serait bien pour toi si on pouvait ouvrir cette fenêtre, tu pourrais voir le monde.
- Ça sert à ça une fenêtre ? … À voir le monde ?
- Oui Suzon, ça sert à ça…
- Tu en as une, fenêtre, toi ?
- Tout le monde en a une.
- Alors… Tout le monde peut voir le monde ?
- Oui de sa fenêtre chacun voit « SON » monde.
- Et… Tout le monde voit « SON » monde ?
- Oui petite sœur, chacun voit un monde différent. Le monde, est… comme un arbre, planté au milieu d’une cour. Autour de cette cour il y a des bâtiments, nous y habitons tous. Certains logent au rez-de-chaussée, d’autres au premier. Chaque logement n’a qu’une seule fenêtre, elle donne sur la cour où l’arbre est planté. Quand un homme regarde à sa fenêtre, il voit l’arbre, il pense que ce qu’il voit est le monde. Mais on ne voit pas l’arbre pareil selon l’appartement où l’on habite. Les locataires des derniers étages voient le monde de haut, alors que ceux des bas étages ne voient que le bas monde. Ceux du haut, imaginent le monde en feuillage verdoyant, en bas, on estime qu’il est un tronc, dur et sans verdure. Les habitants de l’est le voient s’éclairer le matin, et à l’ouest, on sait que le matin du monde garde encore les couleurs de la nuit.
- Alors personne ne voit le même monde.
- Non parce que chacun a sa propre vue sur le monde.
- Et… Il est où, mon monde à moi ?
- Il est derrière ta fenêtre va le voir…
Cette fois la fenêtre venait de naître sur le mur. Ce n’était plus une esquisse, les rayons lumineux en traversaient les carreaux poussiéreux. Cette lumière pénétrait la pièce comme en  un projecteur sur la scène où nous étions assis. Elle mettait le visage de Suzon en clair-obscur, ses cheveux dans toutes ses nuances de roux, des jaunes les plus clairs aux bruns les plus obscurs.
- Si personne ne voit le monde pareil, ça sert à rien de regarder à la fenêtre.
- Si, justement. C’est important. Tu sais, dans ces immeubles, les gens s’invitent les uns chez les autres, pour partager leur vue. C’est comme ça que l’on peut se faire la meilleure vue du monde, en partageant la sienne.
Suzon ne bougeait pas, elle avait le regard plus loin, vers la lumière.
- Je ne sais pas… Il est comment mon monde ?
- Ton monde t’attend pour devenir ce que tu veux en faire.
Soudain l’atmosphère changea de couleur, l’air s’est teint de rouge, une brume chaude s’est élevée du sol autour de moi. Je m’effaçais, je m’éloignais, tout disparaissait lentement.  Ange? Mon ange venait me chercher…Trop tôt… Pourquoi si vite ? Suzon s’est levée, elle s’est doucement dirigée vers l’ouverture lumineuse, moi je ne pouvais plus bouger. Les murs étaient presque transparents. A peine ai-je eu le temps de dire :
- N’aie pas peur… Regarde comme ton monde est beau… Tu ne risques rien…
J’étais en train de glisser,… je tombais dans une cheminée, je ne ressentais rien d’autre que la vitesse de la chute.
- Georges…
Je ne tombais plus, je flottais.
La descente a repris, s’est accélérée, toutes les nuances de rouge se sont unies en un vermillon éclatant…
- Ouvre les yeux vieux, réveille toi…
Le cœur est remonté un bref instant, au moment où le corps lui ne descendait plus, je touchais le fond… Je n’étais que pensée.
- Rose ? … Rose, mais que fais-tu là…?
Grand-mère ne disait rien, elle me regardait avec une grande tendresse. Je suis tellement content de te voir Rose. Quelques mots me parvinrent… Je comprenais mal, Rose esquissait un sourire. Je me sentis aspiré vivement, je remontais à une vitesse vertigineuse.
Doucement… Parler… Ç​a y est… 
Flash …
- Georges, enfin, tu es là, ne bouge pas…
 
C’était la voix de mon ange. J’étais étendu sur le sol, la tête dans ses bras. J’ai fait un effort surhumain pour faire le tour de la pièce du regard. Le temps était en confusion, les scènes se superposaient les unes dans les autres. J’ai cherché à faire une mise au point sur la pénombre, la fenêtre, les murs gris… Où est Suzon ? Plus rien… Je n’étais plus dans la tour. La lampe à pétrole suspendue au-dessus du chevalet se balançait de concert avec la cabane. Mes yeux ont croisé ceux d’Alex, il m’a fait un sourire auquel je n’ai pas répondu. Je me suis senti agressé, par le bruit, par la lumière, par la présence même de ma femme et de mon ami. J’étais bien avec Suzon, j’aurais bien aimé y rester encore, loin de tout, avec le monde à portée de vue. Je me suis senti fautif. Je n’ai même pas pu l’accompagner. Puis le présent s’est stabilisé, ma culpabilité disparaissait doucement, j’ai commencé à ressentir ma propre présence. Ange et Alex m’ont aidé, j’ai bu d’un trait le verre qui m’était tendu. Je revenais petit à petit, je sentais ce qui m’entourait. Au fur et à mesure que le passé devenait souvenir, ma conscience prenait place dans l’actualité.
- Où est Suzon ?
La question s’est perdue en rebondissant sur les murs du silence. Mon ange avait le regard fatigué, elle prit ma tête dans ses mains, m’a caressé les cheveux cherchant je ne sais quelle trace de voyage dans mes yeux. Nous sommes restés dans les bras l’un de l’autre, un long moment, nous balançant doucement, d’avant en arrière. Voilà, je me réchauffais, je me remplissais.
- Comment te sens-tu ?
- Fatigué… Perdu.
- Je suis là, tout va bien. Nous nous sommes inquiétés … Appuie-toi… Ça va aller…
Tout le monde avait l’air d’avoir passé un mauvais moment. Par-dessus l’épaule de mon ange, j’ai aperçu mon ami se lever pour remettre la vie en RoseS dans sa boîte, puis il est revenu s’asseoir à nos côtés, en soupirant. J’ai cru entendre … « Plus jamais, mon vieux »… Il donnait l’impression d’avoir évité une catastrophe.
- Quelle heure est-il ?
- Cela fait neuf heures que tu as disparu.
- Neuf heures ?
- Que s’est-il passé ?
J’avais du mal à articuler, mes mots avaient peine à sortir, mes membres à se plier. Je portais encore les traces intérieures de l’obscurité dans laquelle je venais de séjourner. Suzon et Shana n’étaient plus là.
- Tu ne t’es pas absenté vieux, tu as carrément disparu. Ce n’était pas comme pour les enfants à l’hôpital, eux étaient transparents, toi, t’étais plus là… Tu nous as fait la peur de notre vie. C’est incroyable ! T’étais passé où ? Comment te sens-tu ?
- Vide… Entre ici et ailleurs… Il faut que je prenne un bain… Où est Suzon ?
Je ne parvenais pas à élever le ton…
- Elle va bien, Shana l’a ramenée à la villa et appelé Louise pour venir la rechercher.
Mon ange s’exprimait doucement, elle nous proposa de rejoindre Shana et de reparler de tout cela devant un repas. Je me suis levé avec peine, retrouvant progressivement l’usage de mes jambes. J’ai dû m’appuyer sur l’épaule de mon ami tout au long de notre retour. La sortie du bois m’a paru semblable à celle d’un puits. J’avais besoin de m’approcher du ciel, il s’est offert à moi à la lisière, immense, percé d’étoiles et habité d’une lune blanche. Il faisait bon, meilleur que dans la forêt, la nuit n’était pas très avancée.
Shana nous attendait à la villa, elle était rassurée de nous voir. Ange m’a accompagné dans notre chambre, veillant à ce que je ne m’absente pas dans mon bain ; je l’apercevais à travers la buée, assise en silence, sur le bord de la baignoire. Elle se passait la main dans les cheveux rendus brillants par l’humidité, en me regardant avec une telle tendresse que je ne voulu pas fermer les yeux. J’étais heureux qu’elle soit là, je portais les traces d’une solitude profonde. Cette antichambre de la nuit gardait ses portes entrebâillées et m’invitait à la visiter encore. A cet instant je ne disposais que de très peu de capacité de résistance. Je venais de subir une anesthésie sans connaître les résultats de « l’opération » ! Comment était Suzon ? J’allais le savoir un peu plus tard à table avec les témoins.
 
Je me suis complètement éveillé à l’écoute de ce qui s’était passé de ce côté du miroir. Mes amis m’ont vu disparaître lentement. La petite Suzon est restée debout un moment, elle ne s’est pas aperçue que je me dissolvais dans l’air, trop occupée à regarder le sol. Au bout d’un moment, elle s’est assise où elle était, puis s'est assoupie. Personne ne savait où j’étais passé. Je n’étais plus là. Le tableau a avancé, par étapes. Il s’est construit, devant les yeux de mes amis. Il leur semblait suivre mon voyage à travers les traits qui donnaient forme aux pensées de l’enfant.
 
Suzon dormait depuis huit heures, ils l’avaient installée confortablement sur le plaid tout le monde s’inquiétait. Ange l’a appelée pour la réveiller, doucement. Le dessin avait changé, le personnage n’était plus au coin de la pièce, il marchait vers une forte lumière issue d’une ouverture dans le mur. La petite, elle, se portait très bien. Lorsque Shana a ramené l’enfant à la villa, Alex a sorti de sa boîte « la vie en RoseS », et l’a posée sur la malle. Il me dit qu’il était gêné comme si il était allé chercher Grand-mère pour lui dire que je m’étais perdu, elle allait s’inquiéter mais l’urgence le demandait. Rien ne se passa, je n’étais toujours pas là. Ils ne savaient plus quoi faire, ils pensaient que Suzon était le seul lien pour me trouver. Ils pensaient déjà retourner la chercher quand la magie du tableau de Rose a opéré. Je suis réapparu lentement, allongé près du chevalet, mon ange s’est précipité pour me rappeler dans ses bras.
 
- Vas y vieux, raconte, t’étais où ?
- Dans la tête de Suzon. C’est une impression terrifiante d’être au milieu de rien, dans un espace vide qui ne se révèle qu’au travers des pensées. Dès que Suzon m’a prêté attention, la pièce s’est construite. Le sol, les murs… La petite s’est endormie, moi aussi,  je n’avais aucune notion de temps. A mon réveil lorsque je lui ai parlé de cette fenêtre que j’avais esquissée sur la toile, celle-ci s’est mise à apparaître. Elle s’en souvenait. J’ai vu Suzon se diriger vers elle, puis je me suis absenté de ses pensées pour réapparaître devant vous, sur le sol de la cabane.
- Tu étais dans « sa tête » ?
Mon ami n’en revenait pas, il me regardait comme s’il découvrait mes traits.
- Dans ses pensées vieux, je ne sais pas si c’est dans sa tête. J’étais dans son univers.
- Tu te rends compte, Georges, si cette petite avait fait un cauchemar ce qu’il aurait pu t'arriver !
Shana venait de nous partager cette réflexion qui m’effraya. Je n’avais pas du tout pensé à ça. Il faudra que je m’arrête là dessus. Sur l’instant, je tenais surtout à avoir des nouvelles de la santé de Suzon.
- Comment va-t-elle ?
- La petite ne marche plus en regardant ses pieds, elle porte ses yeux droit devant. Lorsque nous sommes revenus à la villa, elle a eu l’air de se réveiller progressivement. Il y a quelque chose de nouveau dans son regard, une petite lumière, un je ne sais quoi. Louise voudrait te parler de son changement, elle me l’a rapidement dit. Suzon est plus expressive, elle s’est inquiétée de savoir où tu étais Georges, elle a voulu te dire au revoir à l’atelier, persuadée que tu t’y trouvais … Vous savez, je débarque un peu tard dans votre histoire, mais vous jouez tous aux apprentis sorciers ici.
- C’est fini. N’est-ce pas Georges ? Tu ne recommenceras plus ?
Mon ange me guettait comme la femme du marin sur le quai, je venais de traverser les brouillards. J’étais content de rentrer au port.
- Rassure-toi, je ne repartirai pas.
 
Je n’avais pas assez réfléchi à mon expédition, manque de références, j’étais un piètre explorateur. Une traversée pareille se préparait bien plus que je ne l’avais fait. Je sentais encore le noir à l’intérieur, je l’effaçais momentanément, goûtant les plaisirs de l’amour et de la fraternité. Tout le monde était content de m’entendre renoncer à ces voyages. Nous sommes allés nous coucher dès le repas terminé. Je n’oserais pas dire que j’étais plus épuisé que les autres.
 
J’ai dormi sans image, sans mot. Je suis tombé dans un néant situé hors des limites de la plus petite conscience.
 
 
 
 
 
 
 
Nous sommes début juillet, il fait beau, le temps le permet.
La fenêtre de mon bureau est ouverte, j’ai en main le stylo laqué bleu et ciselé d’argent. Je suis en train d’écrire la troisième ligne à la dernière page du carnet de voyage à couverture rouge. Ce cadeau de Rose contient exactement le nombre de feuillets nécessaires à ce que je voulais relater. Encore un fait du hasard.
L’essentiel de ce que j’ai vécu ces derniers mois est couché là. Sans une seule rature.
F. me l’a souvent dit, peut-être comme un avertissement, il n’avait ni histoire ni mémoire. Je ne veux pas risquer de devenir comme lui, oublier tout ce qui a été, oublier Rose peut-être. Cette crainte m’a incité à relier le temps passé, à en extraire les instants qui forment le chemin de ces lignes qui se terminent. Pour pénétrer le monde de Suzon, j'ai procédé comme F. l'a fait pour me faire peindre et évader les enfants. Volontairement ou pas, il a laissé en moi bien plus qu’un souvenir. Les enfants, eux, m’ont laissé des clefs, reliées par un anneau d’alliance.
Je ne veux pas oublier.
Je m’appelle Georges, je suis peintre, j’ai épousé Marie-Ange une femme ravissante, mon meilleur ami Alex habite avec sa compagne Shana à une centaine de mètres. Ces derniers mois, nous avons embauché un jardinier qui s’appelle F., quelques temps après Grand-mère est partie. À lire ces lignes, on croirait entendre le résumé d’une vie simple, pourtant, nous avons vécu une expérience extraordinaire. Rien ne le laisse paraître, hormis des petites flammèches bleues qui jaillissent discrètement de mon alliance lorsque je peins, j’écris, ou que je « fais » l’amour…
Tout ce qui est relaté dans ce carnet a eu lieu. Même si les mots ne sont que l’apparence de ce qu’ils sont censés dire et même si aucun ne saurait traduire tout ce que j’ai pu ressentir, l’important est que je puisse me relire et plonger dans mes souvenirs. Tout comme j'ai plongé dans ce tableau qui décore un mur de mon bureau. On y voit une petite fille, de dos, marchant lentement vers une fenêtre.
Surtout ne pas oublier…
J’ai écrit cette mémoire à la plume, celle que mon oiseau m’a offert. À​ force de l’avoir en main j’ai découvert, caché dans ses méandres entrelacés de bleu et d'argent, une lettre, apparue je ne sais comment. Depuis j'ai changé de signature. Dorénavant en bas et à gauche de mes toiles, il ne figure qu’un simple monogramme…
 
"G"
Revenir en haut Aller en bas
Partager cet article sur : Excite BookmarksDiggRedditDel.icio.usGoogleLiveSlashdotNetscapeTechnoratiStumbleUponNewsvineFurlYahooSmarking

F.(fiction) épisode 11 (fin) :: Commentaires

avatar
Re: F.(fiction) épisode 11 (fin)
Message le 18.06.17 17:37 par EPONINE52
Very Happy cheers :cheers:Et voilà la boucle est bouclée ! J'suis presque déçue d'arriver au bout ! Ce dernier chapitre est très beau, principalement quand tu parles de la mort, j'suis d'accord avec toi, ce n'est pas une fin, l'amour perdure ! J'aime beaucoup quand tu dis "il te reste à trouver pour quoi toi tu seras toujours là" au final, voilà à quoi devrait se résumer notre vie, à cette quête ! J'ai adooré aussi l'histoire de Suzon et la vision du monde un peu à la Magritte, c'est tellement vrai, nous avons tous notre propre vue et notre propre perception de ce que nous voyons ! Le final est aussi très bien réussi ! J'espère que tu trouveras vite un éditeur le mieux est de trouver une petite maison d'édition associative ou sinon l'autoédition mais gaffe aux pièges ! Alors Nessim j'suis contente d'avoir pu le lire en prime time ! en toute objectivité c'est un pur chef d'oeuvre !! CASQUETTE A RAS MAIS A RAS DE TERRE pour avoir si bien su mêler le merveilleux au quotidien ! C'est un sublime conte philosophique qui apporte quiétude et sérénité et espoir aussi ! C'est un livre qui fait du bien, qui nous reconnecte avec nous-même, qui nous dit de ne pas oublier l'essentiel, que la mort n'existe pas, c'est juste un passage vers une autre rive ! merciiii ! Bisous et douce fin de journée loin de ce monde adultérisé qui peine à rêver ! à bientôt !
Re: F.(fiction) épisode 11 (fin)
Message le 19.06.17 11:12 par nessim
EPONINE52
l'histoire de Suzon, c'est un conte (un peu plus long) que j'ai inventé pour mes enfants pour leur expliquer la 'vérité du monde" et curieusement les trois l'ont complètement mémorisé et s'en servent pour défendre leur avis encore aujourd'hui (même contre moi:-) 
oui ne pas oublier l'essentiel rien ne meurt, ce qui est déterminant à tous nos actes, je suis très content de ta perception de cette histoire et surtout quand tu dis " apporte quiétude et sérénité et espoir aussi ! C'est un livre qui fait du bien, qui nous reconnecte avec nous-même"

Un énorme merci à toi Christine, tu ne me donnes espoir en cette histoire. Je vais finir de la monter et chercher un éditeur 
bises et joie devant toi
Re: F.(fiction) épisode 11 (fin)
Message  par Contenu sponsorisé
 

F.(fiction) épisode 11 (fin)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 

Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Les Mots Z’Arts Voyageurs (Voyagination) :: Espace auteurs :: Romans/Fictions etc. publiés ISBN-
Sauter vers: