Les Mots Z’Arts Voyageurs (Voyagination)

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 Jack le loup

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Vividecateri

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Date d'inscription : 22/01/2016

10092017
MessageJack le loup

JACK LE LOUP.
– Mamy ! Pardon ! J’ai tout renversé le carton avec tes vieilles photos et en les ramassant, j’ai trouvé la photo d’un monsieur, c’est qui ?
– C’était un ami de mon père. C’est Jack.
– Jack qui ?
– Je ne sais plus, rangeons tout ce fatras, allons nous promener.

Jack disparaît sous la pile des photos du passé.
Mais pourquoi ai-je gardé ces vieux tirages ?
Je viens de proférer ce que je répète sans cesse à Lulu de ne pas faire.
« Un énorme mensonge ».

Nous sommes à Bruxelles en 1978. Dans le beau quartier de l’Avenue Louise, c’est le prénom d’une reine, la première de la dynastie Belge.
Jack est médecin, psychiatre, il est le directeur d’une clinique privée de luxe pour personnes riches, dépressives, alcooliques ou intoxiquées par d’autres substances illicites.
« Chez Jack, si tu veux être soigné, tu dois être fortuné. »
Slogan ridicule qu’il répète à ses amis en rigolant. Jack se croit drôle et « ses amis » le lui laissent croire car Jack est très riche.
Il habite dans un bel appartement et décoré par un architecte d’intérieur. Aux murs sont accrochées des œuvres d’art, des écoles flamandes mais aussi, des Rops, des Dufy et des lithographies de Dali, tout un trésor hérité d’un oncle collectionneur et sans enfant. Les meubles sont signés, et sur le parquet s’étalent de splendides tapis orientaux. Les bibliothèques sont remplies de livres qui n’ont jamais été ouverts. Jack aime aussi les ivoires et il est féru des dernières nouveautés en électronique ou autres nouveaux gadgets informatiques qui arrivent sur le marché.
Il roule dans une grosse voiture italienne.
Il vit dans ce luxe tape à l’œil, avec une vieille gouvernante qui a été sa nounou, elle déteste le désordre et elle ne parle que le patois d’Anvers. La ville de naissance de Jack.
Jack sait qu’il n’est pas très beau, ni très grand, ni très intelligent, il compense par toutes sortes d’artifices ou de, selon lui, de bons mots, ou de blagues idiotes suivies d’éclats de rire tonitruants.
Jack a le crâne dégarni qu’il nomme « Sa piste d’atterrissage pour mouches », je le répète, Jack se trouve drôle. Il porte des lunettes en écailles de tortue et une grosse montre suisse.
Sa démarche est raide et saccadée, quand on le voit de dos, on dirait qu’il a un cintre cloué sur les épaules. En fait, il a les tibias légèrement trop petits et il plie difficilement les genoux. Il a aussi les bras courts, il est obligé de faire raccourcir les manches de ses chemises neuves. Il a des soucis avec son poids, il se surveille continuellement. Car il aime manger, dévorer serait le mot juste. Il déteste tous les sports, même à la télé. Il suit un régime drastique pendant deux jours et le troisième, il craque. Il se tape un repas pantagruélique bien arrosé au restaurant étoilé du quartier. Il fume des cigarettes russes enroulées dans du papier noir au bout doré qu’il allume avec un briquet de marque.
Jack est aussi, comme il en est persuadé : « Très classe ».
C’est presque vrai. Il possède une certaine élégance trompeuse. Cela vient de son éducation bourgeoise, jésuite et très britannique. Il pense qu’il est un homme intéressant, et qui sait se mettre en avant de manière stylistique.
Il s’habille « à l’anglaise », il porte toujours une cravate ou un foulard, des chemises blanches ou d’un bleu très clair. Des pantalons gris aux plis bien marqués et des blazers bleus foncés.
Jack a un toc. Les chaussettes hautes, noires en soie qu’il achète par lots et des chaussures noires en cuir fabriquées sur mesure.
Jack n’est pas le Casanova qu’il voudrait être, c’est pourquoi, il se la joue au look. Un homme qui s’habille bien, est un homme qui a du goût, et donc c’est un homme captivant.
Jack veut faire croire qu’il a du recul et de la maturité dans la vie.
Pourtant, Jack n’est pas l’homme superbe, élégant et généreux qu’il laisse paraître.
Jack est un homme de la pire espèce.
Jack est: mythomane, despotique, monomane, vénal, sadique, raciste, narcissique, obsédé, vicieux, alcoolique, gourmand, lubrique, tourmenté et d’un égoïsme dépassant les bornes de la normalité.
Jack n’est pas drôle, il est seulement un drôle de type.
Si, ses deux ex-femmes ont accepté le divorce par consentement mutuel, c’est pour être libérées de ce monstre, plus que pour la pension alimentaire ou tout autre arrangement financier.

La première, qui avait été poussée au mariage par sa famille, union arrangée, était très jeune et sans expérience, elle a quitté Jack après trois années de déception, de harcèlement et de souffrances psychiques et physiques.
Elle s’est enfuie un soir, avec sa fille de deux ans. Elle n’a jamais osé raconter ses souffrances, car elle avait peur des réactions de Jack.
Heureusement quelques années plus tard, elle a rencontré un homme charmant et tendre qui a élevé la petite comme la sienne. Ils sont partis aux Etats-Unis et Jack n’a jamais revu ni son ex, ni sa fille.
Pour lui, elles n’existent plus et cela l’arrange très bien.
Il n’a pas d’éducation à gérer, et plus de pension alimentaire à payer.
Cette expérience matrimoniale, n’est nullement un échec pour Jack, c’était seulement une mauvaise passe.

Jack est un malade mental.
Jack sait très bien pourquoi, même s’il fait preuve de déni.
Son problème?
Son père. Comme pour beaucoup de fils héritiers d’une grande famille.
Un homme brillant pour qui tout réussissait. Un homme qui n’a eu de cesse de rabaisser sa femme et ses enfants.
Jack a toujours détesté son père.
Jack est pourtant le clone de son père.
Sa maman, faible, de santé fragile et dépressive, s’est suicidée lentement grâce au laudanum.
Un lundi de Pâques, elle ne s’est pas réveillée.
C’est Jack qui a découvert sa mère inanimée.
Coup dur pour un adolescent en révolution permanente.
Sa maman, tellement aimée, admirée, si douce, si tendre, si belle, si cultivée…n’avait pas supporté les concepts extrémistes de son époux.
Le père de jack, durant la seconde guerre mondiale avait préféré être « collaborateur » avec les allemands afin de sauver ses affaires florissantes et internationales de négociant en grains.
Il partageait certainement les idées du dictateur, car Jack a découvert, après sa mort, des photos de son père déguisé en Mussolini, lors d’un bal masqué. Fallait oser.
Le père de Jack n’a jamais été inquiété, car il jouait un double jeu avec le département de l’agriculture et de plus il avait été un héros de la grande guerre. Alors, dans ces milieux là…On ferme facilement les yeux quand les bourses s’ouvrent.
Après le décès, de son épouse, le père a envoyé Jack, terminer ses études secondaires à Londres, sous prétexte de parfaire son éducation en anglais.
A cette époque, être interne dans ce genre d’établissement, comportait, certes une excellente éducation, mais aussi beaucoup d’humiliations.
Quand il est revenu à Anvers, il était devenu désabusé et arrogant.
Son père s’était remarié avec une ancienne maîtresse, l’ex épouse de son meilleur ami…
C’est la sœur de Jack, son aînée de cinq ans qui lui a conseillé de suivre des études en psychiatrie à Bruxelles.
La sœur de Jack éduquée dans un pensionnat suisse, s’est mariée très jeune, elle a épousé un riche armateur anversois qui, pour avoir la paix, lui a fait trois filles en six ans. Il voyage beaucoup pour ses affaires. Il trompe sa femme avec tout ce qui porte jupe et joue en bourse et au casino.
Elle n’est pas une épouse heureuse, elle a reporté tout son amour sur ses filles et son cher frère et sa vie de grande bourgeoise nantie avec domestiques et toutes les distractions et réceptions que l’argent lui procure, semble lui suffire.

Lors de ses études en psychiatrie Jack s’est libéré de ses problèmes par son analyse personnelle. Il a pu mettre au jour son besoin de reconnaissance sur le divan de son maître, un professeur « somaticien » distingué.
Tout était clair pour Jack. Il haïssait son père.
Après la validation de son cursus par la Commission d’Enseignement. Grâce à ses relations dans le monde de la haute bourgeoisie et l’appui d’un haut dignitaire de la franc-maçonnerie, psychiatre de renom pour qui il a travaillé pendant deux ans. Jack s’est fabriqué un beau carnet d’adresses. Après son premier divorce, il a acheté un bel hôtel particulier avenue Louise, l’a transformé et y a ouvert sa clinique.
Il ne lui restait plus qu’à trouver sa seconde épouse.
Il s’est inscrit dans une agence matrimoniale.
Après quelques aventures et frasques en tous genres, Jack est reparti en chasse pour découvrir une autre perle rare.
Il lui faut une femme pour assouvir ses besoins sexuels, mais aussi pour avoir auprès de lui, une représentante de sa condition, de sa bonne fortune, de son standing. Jack est un snob pédant.
Il veut une épouse, car Jack aime convoler, sa femme doit être une merveille que l’on expose comme une œuvre d’art et que l’on admire.
Il la veut; très classe pour le monde, mais soumise à l’époux.
Elle doit être belle, intelligente, cultivée, briller en société. Jack désire être reconnu.

En fait, sous le prétexte de chercher l’âme sœur, c’est la solution idéale pour des rencontres faciles.
Pas besoin de draguer dans les soirées, ou dans la rue, Jack abhorre les prostituées. Payer pour faire l’amour ! Une honte !
Par cette agence, il fait la connaissance de femmes dans le même esprit que lui, à la recherche du plaisir sexuel ou d’aventures extra conjugales.
Mais aussi des dames, veuves, séparées ou encore célibataires, en quête de tendresse et d’amour éternel…Du moins, dans l’espérance, je ne vais pas dire du prince charmant, mais certainement d’une vie à deux.
La directrice tient beaucoup à Jack malgré ses caprices, car, ils sont rares, les hommes riches et vraiment célibataires, qui s’inscrivent dans ce genre d’établissement…
Jack examine chaque dossier et chaque photo très sérieusement.
Curieusement, il fait étudier, par un ami astrologue, leur thème astral.
Il invite les « élues » dans des grands restaurants où il a une table d’habitué. Au théâtre, au concert, au cinéma, aux expositions, aux défilés de mode…Il demande l’avis de ses amis mâles.
Cela lui prend du temps, car il les étudie, elles doivent correspondre à ses vues, très particulières.
Il inspecte même leur façon de s’habiller, de se parfumer, de se coiffer, de se maquiller, de soigner leurs ongles, de s’asseoir, de manger, de marcher…
Pour Jack, une femme qui marche avec les pieds en dedans, est une femme frigide. Et les jambes écartées…une hystérique.
Il teste aussi leur sensibilité, leurs émotions…
Elles doivent tomber dans ses filets, être en empathie avec lui.
Il peut aussi, les émouvoir.
Il a un très bon truc pour cela.
Il raconte son premier mariage, catastrophique, son ex-femme, l’amour de sa vie, devenue « pithiatique ». Il adore ce mot, qu’elles ne comprennent pas toutes. Alors il explique, il n’est pas psychiatre pour rien…Cette affreuse névrotique est partie un jour, sans explication, avec un bellâtre, pour un pays lointain, en amenant son enfant chérie.
Il verse une larme. C’est facile, il approche une cigarette près de ses yeux, la fumée le fait pleurer.
La dame émue, ne perçoit rien du stratagème.
Elle tombe dans le panneau. Elle sera « la » consolatrice.
Après une ou deux sorties, quelques cadeaux, des fleurs et des mots doux, il réussit toujours à les amener dans son antre.
Une garçonnière, rue saint-Bernard, proche de la place Stéphanie, (nom d’une autre princesse royale) réservée exclusivement pour ses ébats amoureux.
Enfin… amoureux…
Les rêveuses habilement apprivoisées par les belles paroles et les promesses d’un avenir enchanteur s’abandonnent, mais déchantent, aussi vite.
Car la proie étant arrivée, où il voulait, Jack montre qui il est véritablement.
Un homme inassouvi. Avec tout ce que cela comporte dans les jeux de l’amour, voulus par Jack! Sodomie, bondage, fétichisme et tutti quanti.
Elles ne se plaindront pas à l’agence, car il ne les a pas vraiment brutalisées ni forcées. Elles n’avaient pas à accepter de le suivre, c’est tout…
Certaines l’insulteront, d’autres pleureront, toutes s’enfuiront.
Sauf une.
Celle qui deviendra sa deuxième épouse.
C’est une femme très intéressante et aussi très intéressée.
Elle a tout de suite enregistré que Jack a des défauts mais aussi quelques qualités.
Elle a deux projets en tête.
Le premier est, qu’elle puisse profiter de la vie mondaine et des facilités qu’il peut lui offrir. Ce sont les qualités de Jack.
Le second, elle pense et croit fermement pouvoir le changer, le calmer, le rendre plus raisonnable…
Grâce à ses qualités, disons de femme et d’amante experte dans les plaisirs de l’amour physique, elle réussit pour un temps, à le modérer.
Pendant deux ou trois ans, Jack imagine qu’elle est la femme idéale.
Elle est une très bonne collaboratrice et les affaires marchent bien!
Ils ouvrent une nouvelle clinique, avenue Molière, à quelques kilomètres de la première. Il y passe tous les jours, pour rendre visite à ses patients.
Tout va bien. Jack est très occupé et paraît avoir trouvé un certain équilibre.
Sauf que, Jack a une nouvelle lubie. Il veut un héritier.
Et cela ne marche pas.
Ils découvrent que Madame est stérile.
Quand Jack n’a pas ce qu’il désire, les démons se réveillent, il retombe dans ses mauvais penchants.
Il trouve que l’assistante de Madame est très jolie et Madame est obligée de licencier.
Jack boit de plus en plus, il sort aussi, sans Madame.
Il a découvert, non loin de sa clinique, un « Etablissement de soins et de relaxation ». Il va se faire « masser » tous les jours.
Jack passe beaucoup trop de soirées dans son antre. Ce qui ne plaît pas à Madame. Elle se plaint, le menace, l’injurie, pleure, hurle, fait une tentative de suicide en s’injectant de l’insuline, elle le trompe avec un kinésithérapeute aux mains douces. Il ne s’en soucie guère.
Elle n’est plus pour lui, qu’un ventre infécond.
Si elle n’est pas heureuse, elle peut le quitter. C’est ce que décide Madame. Sous condition de garder la seconde clinique en pleine propriété. Madame n’est pas sotte.
Il accepte. C’est le prix de sa liberté.
Pour se consoler, Jack achète un chien.
Un barzoï, un lévrier russe, le chien des tsars.
Une femelle qu’il nomme « Barynia », l’épouse du Seigneur en Russie.
Il la promène partout en ville, ce chien est rare et suscite la curiosité des femmes.
Jack s’est réinscrit dans une autre agence matrimoniale, plus sélective.
Il recherche une troisième épouse!
Jamais deux sans trois! « Un clou chasse l’autre » comme il dit…
Une femme fertile!
Il a 42 ans. Ce n’est pas encore trop tard.
Il doit absolument trouver la mère de son enfant.
Cela devient une obsession.
Il est tellement obnubilé par cette idée, qu’il devient détestable, même avec le personnel de la clinique.
A tel point que sa gouvernante, excédée par ses caprices et ses colères, le quitte pour prendre une retraite bien méritée.
Le voilà à la recherche d’une femme et d’une gouvernante.
Jack est très contrarié. Une épouse on peut la perdre mais une gouvernante. C’est bien ennuyeux !
C’est un confrère, qui « La » lui présente.
Dès qu’elle entre dans le bureau.
C’est la grâce! Le coup de foudre !
Jack est subjugué par cette apparition.
Les yeux, la chevelure, le sourire, la voix, le maintien!
C’est de la folie!
Ce n’est pas possible!
Cette femme est le sosie de sa mère!
Il n’écoute même plus son confrère.
Il ne voit qu’Elle.
La chienne s’est levée et est allée s’asseoir près d’Elle.
Sans crainte, Elle pose la main sur la tête de Barynia.
C’est un signe. C’est Elle.
Il la veut.

C’est moi…
Je suis veuve depuis trois trop longues années, mon mari s’est tué dans un accident de la route.
Une tragédie pour nous.
Pas facile de se retrouver seule avec un bébé.
Heureusement, il avait une assurance vie, nous ne sommes pas sans rien. Mais je veux, je dois travailler pour me changer les idées qui ne sont ni bonnes pour ma fille, ni pour moi. J’ai un diplôme d’infirmière et j’ai travaillé dans un service d’urgences avec des horaires difficiles. Un ami médecin a donc parlé de mon cas à Jack qui a accepté de me recevoir.
Il me demande si je peux travailler comme gouvernante et aussi responsable du personnel de la clinique.
Je réponds que « Nul n’est tenu à l’impossible sauf peut-être quand on a un mauvais patron »
Il éclate de rire… Il est amusant ce type…

Depuis huit jours, je suis installée dans l’appartement de fonction de la gouvernante.
Jack a accepté tout ce que je lui ai demandé, le salaire, les horaires, la voiture, ma fille et mon chat.
Je suis satisfaite de mon patron, il est charmant.

Je ne le connais pas encore…
Je suis devenue et je ne le devine pas, sa nouvelle raison de vivre.
Un jour je l’ai entendu.
Il parlait de moi, au téléphone avec je ne sais qui…
– Elle est adorable, consciencieuse dans son travail…Elle est parfaite, attentionnée et polyvalente. « The right woman, in the right place »

Jack revit.
Il s’est transformé en chasseur, tous les jours il est aux aguets.
Il espionne le moindre de ses faits et gestes.
Il est aux anges.
Pour un peu, il chanterait dans les couloirs.
Il n’entend que des compliments et des louanges de la part des patients.
Cette fois il est certain. C’est bien la femme qu’il lui faut.

Je suis satisfaite de mon sort, le travail est intéressant car maintenant je gouverne toute la clinique. J’ai reçu une belle augmentation. Ma petite Aude est dans une bonne école maternelle. Je fais tout mon possible pour satisfaire mon patron et les pensionnaires de l’établissement. J’aime mon travail.
Cela fait dix mois que je travaille pour Jack.
Le personnel m’apprécie. Je quitte rarement la clinique, Ce travail me prend tout mon temps et mon énergie et c’est bien cela m’évite d’être triste.
Le soir, à l’arrivée des gardes de nuit, je regagne mon appartement et passe la soirée avec Aude. J’ai remarqué, depuis quelques temps, que Jack ne sait que faire pour attirer mon attention. C’est plutôt flatteur.
Je suis polie, correcte avec le patron qu’il est. Je ne suis pas certaine mais je crois que je l’attire, bien sûr je sais qu’il est divorcé. Il voit toujours son ex. pour des affaires en commun et cela à l’air de bien se passer.
Elle est sympathique.
Elle m’a seulement mise en garde en souriant, sur le pouvoir séducteur et incorrigible de mon patron. Elle est peut-être encore un peu amoureuse ou meurtrie ou jalouse. Je ne peux pas juger.
Je suis loin de me douter, de ce que je provoque dans le subconscient de Jack.

Jack devient fou d’amour.
Il ne se reconnaît plus.
Il ne sort plus, ne boit plus, et évite de fumer devant elle.
Il a un but.
Cette adorable personne est capable de faire un enfant !
Mais, pour cela il doit la séduire!
Il a un plan. Il l’invite au restaurant avec quelques amis.
Il s’occupe de trouver une baby-sitter pour la petite.
Elle hésite.
Jack insiste. Il prend son air autoritaire. Il est le patron.
Elle accepte…
Il respire.
Le premier pas est accompli.
Durant toute la soirée, il n’a de cesse de la charmer.
Elle semble amusée et flattée mais pas plus intéressée que cela.
Il est devenu dingue de cette femme !
Au retour, elle le remercie gentiment. C’est tout.

Jack est à bout de nerf. Cela fait maintenant des semaines qu’il tourne autour de moi comme un lion en cage.
Cela devient gênant. Le personnel me taquine de plus en plus.
J’ai bien compris que je lui plaisais.
Il ne m’est pas indifférent.
Ce que je ressens… ce n’est pas de l’amour, du moins pas celui que je connaissais pour le père de ma fille. C’est une sorte d’inclination, comment expliquer… un peu de tendresse, de protection, être dans les bras d’un homme me feraient du bien.
J’ai cogité toute la nuit.
Je suis seule, désespérément seule.
La petite a besoin d’un père.
J’ai une bonne situation, elle pourrait être encore meilleure.
Il a 42 ans. Il est mature. Il a eu plusieurs vies.
Il a l’expérience de ses erreurs.
J’ai 28 ans, il est un peu vieux et je crains les amours ancillaires.
Sans remonter jusqu’à la Célestine du Journal d’une femme de chambre d’Octave Mirbeau, j’ai un peu peur de la tradition nationale du troussage de domestique… Mon amie Rose, me dit de faire gaffe, que je recherche peut-être… plus un père, qu’un amant…
Cette nuit, j’ai pris ma décision. Je me jette à l’eau
Je vais mettre les choses au clair.

Elle vient de pénétrer dans le bureau, sans frapper.
Il la regarde. Surpris.
Elle est magnifique.
Elle lui dit en souriant:
– J’accepte.
Il lui demande:
– Quoi ?
– De vous épouser, mais dans deux ans.
Jack en est presque tombé de son fauteuil.

J’étais au purgatoire.
J’ai amorcé ma descente aux enfers.
Ma vie a basculé.
Nous avons vécu en union libre durant ces deux années.
Nous avons travaillé, voyagé, élaboré des projets pour l’avenir.
Tout était rose entre nous avec la petite Aude.
Un seul point noir.
J’ai fait la connaissance de la sœur de Jack.
J’ai entendu la femme cracher son venin.
– Elle est trop jeune pour toi. Elle va t’occasionner bien des soucis.
Jack a rigolé et dit à sa sœur qu’elle était jalouse.
La sœur s’est fâchée.
Jack ne la voit plus.
Le mariage a eu lieu en janvier dans l’intimité, seulement avec Aude et deux témoins amis.
Nous avons acheté une jolie maison, avec un jardin, en banlieue pas trop loin de la clinique
Je l’ai décorée avec amour. Je suis bien. Nous sommes au printemps.
Je suis enceinte. Il est heureux.
Je suis malade. Il est attentionné.
Je dois rester alitée pour garder le bébé. Je ne peux plus travailler.
Je suis défendue de tout rapport sexuel. Il est désolé.
L’échographie a révélé un garçon. C’est ce qu’il désirait. Un héritier.
Il faut fêter cela.
Je ne peux pas sortir. Je dois éviter la voiture.
Je reste à la maison avec Aude et les animaux.
Il est parti annoncer la bonne nouvelle aux amis.
Il est rentré tard.
Il a bu.
Il revient tous les jours, un peu plus tard.

Pas de sexe, revoilà Jack inassouvi.
Il compense son manque, avec une jolie infirmière.
Ni vu, ni connu.
L’enfant naît en décembre.
C’est un garçon. Victoire !
On l’appelle Charles comme le père de Jack.
Il est satisfait.
Elle a bien travaillé.
Pour la remercier, il lui offre un manteau en vison et un diamant.

Du vison et du diamant, je n’en ai que faire.
Je déteste la fourrure et les bijoux. Quand je me regarde dans le miroir affublée de ce manteau, je m’imagine arpentant les trottoirs de l’avenue Louise comme ces belles de nuit que j’aperçois dans la lumière de mes phares.
Je viens de me rendre compte, que je ne suis qu’un giron.
Je me remets difficilement de ma grossesse.
Je dois subir une opération qui me rend stérile.
Jack est de plus en plus absent.
Le petit a maintenant 3 ans. Je ne travaille plus.
Je suis devenue une femme au foyer. Une femme entretenue.
Je m’occupe essentiellement de la maison et des enfants.
C’est mieux pour eux.
J’ai à ma disposition, une bonne, une nounou, un jardinier.
J’ai tout pour être heureuse. C’est ce que tout le monde pense.
Je suis un oiseau en cage, dorée certes, mais en cage.
Jack a eu ce qu’il voulait, un héritier mâle. C’est tout.
Jack a arrêté son jeu du meilleur mari et père du monde.
Les enfants ne l’intéressent pas ou peu.
Il m’impose des jeux érotiques abrutissants et humiliants.
Il veut que je participe, à des partouzes, dans des clubs glauques.
Je fuis. Je l’attends jusqu’à l’aube, dans la voiture, en sanglotant.

Elle n’aime pas les clubs ! Pas de problème.
Il invite des  » couples amis » à la maison pour s’adonner à l’échangisme.
Elle refuse. Quelle garce !
Elle s’invente une grippe. Une mycose.
N’importe quoi.
Il trouve une autre solution.
Il ramène un inconnu pour une partie à trois.
Elle se révolte.
Elle le gifle.
L’inconnu s’en va.
Il se fâche, il lui casse une côte en la frappant.
Elle est perdue.
Elle lui dit qu’elle a fait une grosse erreur en acceptant cette union.
Il devient fou.
Il frappe et refrappe…
Il tue le chien, Il voulait seulement défendre sa maîtresse.
Puis il la menace plusieurs fois de son arme.
Pour la violer.
Quand elle hurle et demande sa pitié.
Il la serre dans ses bras.
Il pleure
Il lui demande pardon.
Il promet de ne plus recommencer.
Il lui offre des bijoux, des fleurs…mais aussi…Un manuel sur la frigidité des femmes.
Il la traite de folle, de malade.
C’est Elle, qui est mauvaise.
Elle est coupable de ne pas l’aimer.
Elle n’est plus bonne à rien.
Il la fait appeler par un confrère psychiatre.
Qui lui demande de venir en consultation.
– Votre mari s’inquiète pour votre santé mentale.
Elle raccroche brutalement.
Il devient jaloux.
Il propose à un de ces amis de la séduire afin de pouvoir lui reprocher de le tromper. Elle n’est pas tombée dans le piège.
Elle est tellement dégoûtée.
Elle est blessée, harcelée, désespérée.

Jack rentre tous les soirs très tard, à moitié ivre.
Ses vêtements sont imprégnés de parfums féminins.
Pour éviter qu’ils vivent mon cauchemar et mes craintes
Je mets les enfants au lit avant son retour.
Il ne demande même pas de leurs nouvelles.
Nous dînons en silence.
Il ingurgite une bouteille de vin.
Il achève sa soirée, avec plusieurs verres de cognac.
Tous les soirs, après les reproches et les insultes.
L’alcool aidant, il s’endort dans le canapé.
Je laisse la télé allumée.
Je file me coucher, la peur au ventre.
Les yeux grands ouverts dans l’obscurité.
J’écoute.
J’ai peur pour les enfants et moi.
Il monte.
Il passe à la salle de bain.
Il revient dans la chambre.
Il s’allonge, sa respiration est forte.
Sa sueur, son souffle, son haleine.
Tout est malodorant.
Il soupire, se racle la gorge.
J’évite de bouger.
Malgré la nausée.
J’attends…
Les ronflements d’ivrogne me rassurent.
Je peux m’endormir. Je me bouche les oreilles.
Je rêve que je le pousse dans l’escalier de la cave.
Qu’il se fracasse le crâne sur ses bouteilles de vin.

Dans six jours Jack a cinquante ans.
Il a décidé de fêter son anniversaire entre hommes.
Il part en Corse avec cinq amis.
Cinq tordus comme lui.
Bourrés de fric. Lubriques et débauchés.
Leurs désirs comme bagages, aussi crasseux qu’une fosse à purin.
Ils ont loué pour quinze jours, une grande maison près de Calvi.
Ils vont s’éclater !
Faire la foire !
Jack a un ami médecin qui connaît de très bonnes adresses.
Ils ont pris l’avion ce matin.

Enfin, un peu d’air !
Avec les enfants.
Je décide de partir pour Paris et leur montrer la ville.
Charles est encore petit mais il est content, on visite la tour Eiffel, et on s’offre la vue de Paris.
Je souffle !
J’aime les regarder gambader sur les quais.
Je me régénère le cœur et l’esprit.
Nous contemplons le fleuve qui passe sous les arches du pont-neuf.
Jamais, Jack ne me laissera partir.
Comment? Avec quel argent?
J’ai quelques économies mais pas assez pour recommencer une vie.
Il faut que je retrouve du travail.
Comment faire avec les enfants?
Tout en marchant. Je ne vois pas la boite à livres d’un bouquiniste.
Je la renverse et manque de tomber.
Les enfants rient.
C’est vrai que je suis distraite.
Je m’excuse auprès du marchand et ramasse les livres.
Je remarque, un vieux grimoire.
Un manuscrit sur vélin, contenant un herbier et des diagrammes astronomiques qui paraissent incompréhensibles. Des formules magiques.
C’est écrit dans un très vieux français. Mais c’est compréhensible.
Le bouquiniste, m’informe que la datation du vélin indique que ce manuscrit remonterait au début du quinzième siècle.
Une lettre d’un jésuite atteste de son existence en 1639.
Cela m’intéresse, j’ai toujours été attirée par les vieux livres,
Je ne sais pas pourquoi. Je l’achète.

Ces deux jours à Paris avec les enfants m’ont requinquée.
Ils sont au lit.
Ce soir, bien calée dans le canapé.
J’ouvre le vieux livre.
Il est très étrange.
Une chose est certaine.
Il excite ma curiosité.
Surtout un chapitre…que je traduis plus ou moins.
Il est écrit:
Que pour être délivré d’un être malfaisant.
Il suffit:
« De prendre un œuf de poule, d’y faire un léger trou.
D’y introduire quelques cheveux ou ongles du mauvais personnage.
De boucher ce trou avec les fils, d’un tissu qui a touché son corps.
De copier avec un fusain, les signes cabalistiques indiqués.
D’enterrer cet œuf au nord, au pied d’un chêne centenaire, une nuit de pleine lune.
D’en faire le tour dix fois, dans le sens contraire des aiguilles d’une montre.
En psalmodiant. « Il doit mourir, je le veux »
Tous les matins au lever du soleil.
Pendant trois jours.
Recommencer le rite.
Alors « Dans l’œuf, le jaune pourrira et le vœu s’exaucera. »

Je referme le livre.
Cette lecture me laisse pensive et dubitative.
Ce grimoire, est-il l’œuvre d’un fou?
Et si c’était vrai?
Je pourrais essayer.
Je n’ai plus rien à perdre.
Si c’est un canular.
Il n’y a que moi qui serai prise.
Je deviens démente.
Comment puis-je croire à de telles méthodes, je n’ai donc plus de cervelle ? Ou tant de désespérance ? Pour échafauder n’importe quoi ?
Pourtant…
J’ai pris ma décision.
Le calendrier lunaire est avec moi.
Nous sommes lundi.
Cette nuit, c’est pleine lune.
Jack rentre dans cinq jours.
Si cela ne marche pas.
Je prendrai une vraie décision.

J’ai tout fait, comme c’était écrit, dans le grimoire. Il n’y avait pas de cheveux sur son peigne, mais j’ai récupéré des poils dans le rasoir électrique qu’il utilise quand il est pressé.
Hier, il a appelé, pour m’ordonner de préparer un dîner pour ses amis.
Ils reviennent demain.
Mon acte de sorcellerie n’a pas fonctionné.

Le temps est à l’orage, je regarde par la fenêtre les nuages qui s’amoncellent.
Soudain, un éclair zèbre le ciel, puis un coup de tonnerre et au même moment, une voiture s’arrête devant la maison.
Une portière claque, une deuxième.
Me suis-je trompée de jour ? Jack serait déjà revenu ? Le carillon de la porte d’entrée retentit.
Ce n’est pas lui !
J’ouvre.
Deux gendarmes, l’air sévère, me saluent.
– Madame Jack S. ?
– Oui, c’est moi.
– Nous sommes désolés. Madame, nous avons une très mauvaise nouvelle à vous annoncer concernant votre époux.
Pouvons-nous entrer ?

– Mamy Lou tu viens ? Ou tu rêves encore ? Et cette balade ? Cela fait dix minutes que je t’attends !!!
– J’arrive lulu et si on allait saluer le vieux chêne ?

FIN

_________________
Vivi: Texte protégé.
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Jack le loup

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