Les Mots Z’Arts Voyageurs (Voyagination)

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 Théophile

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Tsu



Date d'inscription : 31/01/2017

27042017
MessageThéophile

[size=32]Théophile [/size]
(Bientôt danseur)


J'aurai dû apprendre le Tango. Ni trop peu, ni...trop trop. Juste assez pour pouvoir danser comme il faut. Le vendredi, au club, je n'ai jamais de problèmes pour rentrer, non, je connais les gars de l'entrée, eux aussi me reconnaissent, je connais le barman, les serveurs et je regarde les danseurs. Je vais toujours à la même table, un peu en retrait de la piste de danse, un peu plus à l'ombre que l'ombre elle-même. En règle générale, en fait, à chaque fois, j'arrive vers les vingt et une heure, et je repars vers une heure du matin, rarement ivre et toujours seul. Je suis celui qui ne danse pas.

Pourquoi, donc me direz-vous ? C'est arrivé comme ça, un vendredi quelconque je suis rentré. Je me suis assis à ce qui allait presque devenir ma table et j'ai commandé une bière, j'ai demandé au barman si il y en avait d'argentine comme c'était une boite de Tango et il m'a dit « oui ». Et voilà comment un soir qui n'avait rien de particulier, j'ai bu ma première : Quilmes, une blonde, environ cinq degrés d'alcool.

Depuis environs huit ou neuf fois, c'est mon petit rituel du vendredi, je quitte la morgue vers dix-sept heures, parfois plus tard si c'est nécessaire, je rentre, je prends une douche assez longue, histoire de ne plus sentir la mort, je m'installe sur la chaise dans ma cuisine, et je fume ma seule cigarette de la journée avec un peu de musique. Quand arrive dix-neuf heure je mets une demi pizza au four et après je regarde les lumières de la ville. Je m'habille et je vais au Club. C'est devenu une nécessité, les autres jours de la semaine, après avoir mangé, je prends un livre ou je mets un disque, et malgré mes efforts pour les oublier, je repense aux corps que j'ai préparés dans la journée, au petit détail auquel j'aurai dû penser pour que les familles soit, peut-être, un peu moins tristes, qu'elles retrouvent leur être cher tel qu'il était lorsqu'il vivait encore. J'ai de plus en plus de mal avec ce boulot, il m'arrive parfois des rêver la nuit que je me prépare moi-même. Alors, j'attends le vendredi.

Pantalon et veste noir, avec une chemise blanche et une cravate assortie à mon costume. Une fois à ma table, je ne parle à personne, je ne sais pas si au moins une fois quelqu'un à remarqué ma présence, pourtant, difficile de passer inaperçu avec mon mètre quatre-vingt quinze et mes cent quarante kilos. Sur le pilier, juste à coté, il y a des affiches avec les adresses, les tarifs et les horaires pour les cours, je l'ai regarde mais je n'ai jamais osé y aller. J'entends déjà les commentaires, les regards tournés vers moi pour savoir si je viens déménager le piano ou si c'est moi la nouvelle contrebasse. Non, vraiment, c'est bon pour moi, j'ai eu ma dose de blagues pour mes deux ou trois prochaines vies.

Et puis, il y a les femmes. Si, jamais je la serrais trop et qu'elle se cassait, je veux dire...si je la cassais! Je les regardes, les autres gars, ils sont minces, ils ont toujours le sourire aux lèvres, et ils ont tenus de milliers de filles dans leurs bras. Moi, je ne fais que regarder les couples qui dansent, et j'évite de croiser les regards, si jamais, ils y en avaient posés sur moi en riant… Alors je me dis qu'il faudrait que je fasse du sport, que je me force à parler aux gens. Si ça se trouve, il y a des écoles pour les gens comme moi. Mais le sport, il faut que je trouve des endroits où personne ne va, ils rigoleraient s'ils me voyaient courir en jogging. Et puis, c'est une truc hormonale, pourtant à par la pizza du vendredi, je fais très attention, mais on a tous un petit truc qui nous fait chier dans la vie, notre croix.

Normalement, il y a un groupe qui joue pendant un mois, enfin, c'est ce que j'ai vite remarqué, depuis que je viens, mais comme le club est ouvert les autres jours de la semaine, il y a peut-être une rotation, je ne sais pas trop. Là, le groupe qui joue depuis trois semaines est vraiment bon, et ce soir, si je ne me trompe pas c'est leur dernière foirs. Il y a deux guitaristes, un gars à l'accordéon, et il y a la chanteuse. J'ai beau essayer, je n'arrive pas à ne pas la regarder, heureusement que ma table est dans un coin sombre. Ils ne sont pas argentins, pas espagnols, non, ils sont d'ici, en tous les cas ils parlent français. Quand je dis : ils parlent, je devrai plutôt dire : elle . C'est à ces moments là que j'en ai marre de la vie, bon pas longtemps mais ils me faut bien le week-end pour m'en remettre. Elle n'a même pas besoin d'artifices, d'habitude les chanteuses qui passent ont des robes espagnoles, un éventail, des chaussures à talon. Elle, non. Elle est juste magnifique, incroyable, un t-shirt, un jean. Elle chante, elle sourit et regarde droit devant, des fois j'ai l'impression que c'est moi qu'elle regarde. La puce regarde l'éléphant.

Ce soir, je suis triste, il est bientôt une heure , le groupe va jouer une de ces dernières chansons et moi je vais rentrer. Il y a deux ou trois rappels, le show se termine, certains couples se séparent, chacun retourne à sa table, pour finir le dernier verre. Moi aussi d'ailleurs, pourtant d'habitude, je me lève directement, j'enfile ma veste et je m'en vais, mais ce soir je sirote lentement ma dernière ma dernière bière les yeux fixé sur la scène vide.

Tout aurait dû se passer normalement...je finissais mon verre, j'allais payer. Mais pas ce soir, et je ne sais pas comment je vais faire, je ne l'ai pas vu arriver. J'ai juste vu une silhouette, là , devant moi, et pas la peine de me planquer, c'était bien devant ma table qu'elle se tenait.

- Je n'aurais pas réussi à vous faire danser, alors ?

Je n'ai même pas su quoi répondre, j'ai souvent l'air un peu con quand quelqu'un me parle mais là, j'avais carrément l'air de rien.

- Notre groupe est d'ici, et je donne des cours de Tango...çà ne se voit pas sur scène mais c'est vrai.

La chanteuse s'est assis à ma table, a commandé deux bières, et m'a regardé en souriant. Je ne me souviens plus de quand date ma dernière discussion, et autant dire que c'est la première fois qu'une fille pareille me regarde et vient me parler. En plus, je n'ai pas le choix, je suis, comment dire, convoqué à sa salle de danse mardi.

Demain, elle m'a demandé si on pouvait se voir, je ne pense plus à la personne que j'ai préparé aujourd'hui. Elle est merveilleuse, je parle de la chanteuse, pas de la morte. Elle trouve que grâce à moi, les peines des familles doivent être atténuées et que ce que j'arrive à faire pour elles est un don du ciel.

Lundi, j'appelle mon chirurgien, c'est décidé, je me fais poser un anneau gastrique.


D.C
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